Philippe Cohen

Télécharger en PDF

Philippe Cohen,
dernier hussard du journalisme d’investigation

Philippe Cohen était un journaliste d’investigation et essayiste français, né en octobre 1953 à Béni Saf en Algérie et décédé le 20 octobre 2013 à l’âge de 60 ans des suites d’un cancer. Il a exercé les fonctions de rédacteur en chef d’Infomatin et de rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Marianne. Venu de l’extrême gauche, il s’est rapproché à partir des années 1990 des souverainistes et des chevènementistes, tout en gardant toujours ses distances avec l’extrême droite.

Parcours professionnel

Au début des années 80, Philippe Cohen entre au quotidien Libération comme documentaliste avant d’épouser la carrière de journaliste. Il rejoint ensuite Le Monde de l’Éducation avant de créer sa propre agence de presse, Zelig, puis entre au quotidien Infomatin (fondé en 1994) dont il devient le rédacteur en chef et enfin à L’Événement du Jeudi. En 1997, il participe à la fondation de l’hebdomadaire Marianne en compagnie de Jean-François Kahn et Maurice Szafran. En 2003, il publie avec Pierre Péan une enquête sur les dessous du quotidien de référence de l’establishment français, intitulée La face cachée du Monde. Ce livre-réquisitoire sera à l’origine d’un mini-scandale qui aboutira à l’éviction de l’ancienne équipe dirigeante du journal, à savoir Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc. En 2005, Philippe Cohen publie tour à tour une biographie critique de Bernard Henri Levy (BHL, une biographie) et un essai sur les conséquences du tournant libéral en Chine (La Chine sera-t-elle notre cauchemar ?). L’année suivante, en 2006, il est l’auteur avec le scénariste Richard Malka et le dessinateur Riss d’une bande dessinée politique, « La face karchée de Sarkozy », laquelle s’est vendue à plus de 200 000 exemplaires. De 2007 à 2012, il est rédacteur en chef de la version Internet de Marianne, Marianne2.fr. Pendant cette période, il faut mentionner une interruption entre octobre 2008 et mai 2009 pendant laquelle l’intérim est assuré par Eric Dupin, puis Bénédicte Charles. A partir d’octobre 2008, il devient le rédacteur en chef de Vendredi, un hebdomadaire diffusant des textes issus d’Internet, qui a cessé de paraître en juin 2009. Suite à un désaccord avec Maurice Szafran sur la stratégie à adopter concernant le numérique, il quitte ses fonctions de rédacteur en chef de Marianne2.fr pour le site internet du magazine à l’été 2012. La même année, il publie avec son confrère Pierre Péan une biographie polémique de Jean-Marie Le Pen, « Le Pen : Une histoire française ». A cette occasion, le PDG de Marianne Maurice Szafran l’accusera dans une tribune publiée le 24 novembre 2012 d’œuvrer à la réhabilitation de Jean-Marie Le Pen en minimisant, notamment, son antisémitisme supposé et lui refusera même le droit de répondre à ces critiques dans son propre journal. Précisons que le livre faisait alors parallèlement l’objet d’une plainte en diffamation de la part de Jean-Marie et de Marine Le Pen ! Philippe Cohen demande alors un droit de réponse dans le journal, puis décide de démissionner de ses fonctions au sein de Marianne en janvier 2013. Il récuse l’accusation de complaisance envers l’extrême droite qui lui est faite mais accepte dans le même temps l’invitation d’Emmanuel Ratier à témoigner sur les ondes de Radio Courtoisie le 9 janvier 2013. Lors de cette offensive de l’establishment à l’encontre de Philippe Cohen, ce dernier est défendu par l’intellectuel Marcel Gauchet puis par Jean-François Kahn. Le 1er septembre 2013, alors que son cancer est en phase terminale, il est réhabilité par Marianne qui décide de le réembaucher. Le 20 octobre 2013, Philippe Cohen s’éteint des suites d’un cancer et est enterré au père Lachaise. À ses obsèques étaient notamment présents les hommes politiques Jean Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan, Régis Debray et Paul-Marie Couteaux ainsi que les journalistes Natacha Polony et Jean-François Kahn ou encore l’ancien avocat général Philippe Bilger.

Parcours militant

Pied-noir, Philippe Cohen est né en Algérie à la veille de la guerre d’indépendance dans une famille de petits commerçants socialistes. Il milite dans sa jeunesse à la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) où il croise notamment Edwy Plenel. À 23 ans, il en est exclu lors d’une séance dont il gardera le souvenir humiliant toute sa vie. Il rompt ensuite progressivement avec l’extrême gauche. En 1992, à la suite du référendum de Maastricht sur l’Euro (auquel il avait pourtant voté oui), il s’érige contre l’émergence d’une « pensée unique, démocratique, libérale et pro-européenne », incarnée selon lui par la Fondation Saint Simon. Le 2 mars 1998, en compagnie de la journaliste Élisabeth Levy, il crée la Fondation Marc Bloch, devenue plus tard la Fondation du 2 mars, sorte de « think tank » qui se veut le pendant républicain de la Fondation Saint Simon et regroupe des républicains de droite et de gauche, tous militants du non à Maastricht et opposés au néo-libéralisme et à la social-démocratie. On trouve parmi eux Henri Guaino, Emmanuel Todd ou Pierre-André Taguieff. Attaqué par les héritiers de Marc Bloch, il pense tout d’abord rebaptiser son club la fondation Orwell (en référence à l’écrivain britannique opposé au totalitarisme) avant d’opter pour la Fondation du 2 mars. Il en sera le premier secrétaire général de 1998 à 2000. Par la suite, Philippe Cohen soutiendra tout naturellement la candidature souverainiste de Jean-Pierre Chevènement aux présidentielles de 2002. C’est à partir de ce moment que Philippe Cohen sera catalogué par les médias dominants comme nationaliste de gauche, ce qui lui sera vivement reproché.

Sa nébuleuse

Philippe Cohen a été proche d’intellectuels comme Emmanuel Todd et d’hommes politiques considérés comme des souverainistes de gauche comme Jean-Pierre Chevènement. Il était marié à Sandrine Palussière, éditrice, directrice de la collection Mille et une nuits chez Fayard, passée par ATTAC, qu’il avait d’ailleurs rencontrée lors du Forum Social Mondial de Porto Alegre. Philippe Cohen a également été très proche de la journaliste Élisabeth Levy, fondatrice de Causeur, et de Jean-François Kahn, fondateur de Marianne.

Publications

  • Le bluff républicain : à quoi servent les élections ?, Arléa, 1997
  • Protéger ou disparaître : les élites face à la montée des insécurités, Gallimard, 1999
  • La face cachée du Monde : du contre-pouvoir aux abus de pouvoir (avec Pierre Péan), Mille et une nuits, 2003
  • BHL, une biographie, Fayard, 2005
  • La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? Les dégâts du libéral-communisme en Chine et dans le monde (avec Luc Richard), Mille et une nuits, 2005
  • La face karchée de Sarkozy (avec Richard Malka et Riss), Vents d’Ouest, 2006
  • La face karchée de Sarkozy, la suite, 2007
  • Carla et Carlito ou la vie de château, Fayard, 2008
  • Notre métier a mal tourné : deux journalistes s’énervent, Mille et une nuits, 2008
  • Le vampire du milieu (avec Luc Richard), Mille et une nuit, 2010
  • Le Pen : Une histoire française (avec Pierre Péan), Robert Laffont, 2012

Ils ont dit

« Le procès contre le livre Péan et Cohen est le fruit d’un contresens. La gauche, qui a abandonné depuis longtemps toute ambition, a besoin de Le Pen comme faire-valoir. En désossant Le Pen, Péan et Cohen laissent tout le monde à nu », Jean-François Kahn

« Ses adversaires devraient le regretter tout autant. Car il était le digne fils de cet esprit des Lumières qu’ils bafouent en préférant l’accusation à l’argumentation, la condamnation à l’explication. Il était plus facile de lui coller l’étiquette « facho » (et facho de gauche, autant dire « social traître ») que de lui répondre. Ils ont perdu un adversaire intègre et courageux dont ils n’ont pas su être dignes », Élisabeth Levy, Causeur, N°7 (Novembre 2013)

« Marianne lui doit beaucoup. Il en fut l’un des cofondateurs. Il contribua à l’ancrer dans son combat contre toutes les formes de terrorisme de la bien-pensance. A la pseudo dictature du bien, il chercha toujours, ce en quoi il représentait la quintessence du journalisme, à opposer une dictature du vrai. Il lui arrivait de se tromper, mais avec une telle honnêteté, parfois une telle naïveté, que cela lui permettait très vite de corriger », Jean-François Kahn, Marianne2.fr, 21 octobre 2013

« Philippe s’est heurté fortement à ce conformisme, à l’esprit d’inféodation et à la dévotion aux maîtres de l’Argent de ceux qui aujourd’hui devraient ruminer leur honte devant son cercueil, s’ils étaient capables d’en éprouver », Jean-Pierre Chevènement, octobre 2013

« Au vu du CV de M. Ratier, c’est peu dire que la présence de Philippe Cohen, qui revendique une trajectoire politique venant de la gauche, est étonnante. Le ton de l’émission, qui a durée une heure trente et était diffusée en direct, était d’ailleurs très cordial, M. Ratier rappelant qu’il avait déjà rencontré M. Cohen dans le cadre du livre de ce dernier. M. Cohen, lui, prenait ses distances à chaque fois qu’Emmanuel Ratier ou un autre animateur, évoquait le rôle supposé de « lobbys » », Abel Mestre sur le blog Droite(s) Extrême(s) à propos du passage de Philippe Cohen à Radio Courtoisie le 9 janvier 2013.

Il a dit

« Ce n’est pas seulement ma bio qui a fait que je quitte Marianne. Je suis entré dans un journal iconoclaste, censé dire la vérité aux lecteurs, et Marianne est devenu un journal de gauche qui a du mal à trouver sa place entre Les Inrocks et Le Nouvel Obs et je ne m’y retrouvais plus », Radio Courtoisie, 9 janvier 2013

« Nous accuser de « blanchir » Le Pen a une autre conséquence, éviter de s’attarder sur toutes les informations à charge figurant dans le livre et qui, souvent accablantes pour Le Pen, n’ont pas été évoquées dans une approche « psychologisante », qui le dédouanerait prestement de sa nocivité politique. Ce qui n’a au demeurant pas échappé au « réhabilité » Le Pen, qui a annoncé à deux reprises son intention de porter plainte contre le livre. Et plusieurs lecteurs de cette biographie ont compris le coup porté, tel Jean-Louis Bourlanges pour qui elle « est un progrès de la lucidité sur les amalgames et les fantasmes » », Philippe Cohen, Droit de réponse à Maurice Szafran.

Crédit photo : capture d’écran vidéo Les Tomcasts via Youtube (DR) – Philippe Cohen en 2007

Vous appréciez le travail de l'OJIM et vous avez apprécié cet article, aidez-nous !

Aidez l'Ojim à se développer !

Le travail de l’Ojim se développe avec des correspondants en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Pologne et bientôt en Hongrie. Nous avons pu vous proposer des analyses de la presse européenne sur les viols de Cologne, sur la véritable situation des médias en Pologne, des dossiers fournis sur les censures et les auto censures des grands médias. Nous frôlons les 200 portraits de journalistes et ceux ci sont de plus en plus lus y compris à l’université et dans les écoles de journalisme. Mais le nerf de la guerre ne suit pas toujours, si vous voulez nous aider c’est facile et vous bénéficiez d’une déduction fiscale :
En donnant 30 euros vous financez les brèves d'une journée de publication et ceci ne vous coûte que 10 euros après déduction fiscale
En donnant 100 euros vous nous aidez à couvrir les frais d'un portrait et ceci ne vous coûte que 33 euros après déduction fiscale
En donnant 200 euros vous financez un dossier et ceci ne vous coute que 66 euros après déduction fiscale
En donnant 400 euros vous financez une infographie ou une vidéo et ceci ne vous coûte que 133 euros après déduction fiscale.
Vous pouvez payer en ligne ci-dessous ou nous envoyer un chèque à OJIM 48 bd de la Bastille 75012 Paris. Pour ceux qui veulent recevoir le reçu fiscal de déduction merci de nous indiquer votre adresse physique.
Le petit cochon de l'Ojim vous remercie et vous souhaite une grande année 2016.


Claude Chollet
Président de l'OJIM

Si vous ne souhaitez pas utiliser PayPal

Vous trouverez ci-dessous notre IBAN :
FR76 3000 3030 5200 0505 4097 265 (Société Générale)
Bénéficiaire : OJIM, 48 bd de la Bastille 75012 Paris.