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Emmanuel Ratier

Toujours pillé, jamais cité

Personnalité discrète, mais travailleur acharné, Emmanuel Ratier s’évertuait, depuis la création de sa lettre bimensuelle Faits & Documents, à mettre en lumière les collusions de milieux et les conflits d’intérêt ayant cours dans les sphères politique, médiatique et financière. Un travail méticuleux de nomenclateur qu’il a effectué pendant près de vingt ans, dans des écrits dont l’objectivité factuelle n’était que très rarement discutée, même par ses opposants.

Issu de mou­ve­ments nation­al­istes et se récla­mant du néo-pagan­isme, il s’inscrivait dans la fil­i­a­tion de deux autres grandes fig­ures du jour­nal­isme d’investigation, spé­cial­istes des milieux poli­tiques, financiers et com­mu­nau­taires : Hen­ry Cos­ton et Yann Mon­comble. Con­tin­u­a­teur de ces derniers, il fût lui-même clas­si­fié dans la caté­gorie infamante de « l’extrême-droite » par les instances médi­a­tiques dom­i­nantes, qui lui envi­aient sa rigueur tout en regret­tant de ne pou­voir l’affubler d’une autre éti­quette du prêt-à-penser : celle du « com­plo­tiste » qui a recours à la con­spir­a­tion comme expli­ca­tion sys­témique. Au con­traire, le tra­vail d’Emmanuel Rati­er se voulait épuré de tout par­ti-pris idéologique, préférant s’appuyer sur une assise doc­u­men­taire extrême­ment pré­cise plutôt que sur des spécu­la­tions édi­to­ri­ales ou des sous-enten­dus malveil­lants.

Son tra­vail, à car­ac­tère avant tout ency­clopédique, était très con­sulté par les jour­nal­istes et les acteurs de la vie poli­tique française, ce qui ne l’empêchait évidem­ment pas d’être sys­té­ma­tique­ment passé sous silence. Son ouvrage biographique dédié à Manuel Valls (La Face cachée de Manuel Valls, Fac­ta) paru l’an dernier, dis­til­lait de nom­breuses infor­ma­tions sur les allégeances secrètes de l’actuel Pre­mier Min­istre, dépeint comme un oppor­tuniste com­mu­nau­taire. Pour autant, ce tra­vail biographique d’ampleur inédite n’avait que très peu attiré l’attention des médias nationaux, qui avaient préféré le bro­carder sur des critères rel­e­vant du procès d’intention, sans jamais en décon­stru­ire l’argumentaire, ni même le restituer sans malveil­lance intel­lectuelle.

Cette réal­i­sa­tion finale illus­tre de la meilleure manière ce qu’était Emmanuel Rati­er : un homme d’investigation jamais cri­tiqué sur son tra­vail, pré­cisé­ment parce qu’avec patience et pro­fes­sion­nal­isme, il le met­tait au ser­vice de con­vic­tions hétéro­clites et incom­pat­i­bles avec celles con­stam­ment émis­es par ceux-là même dont il révélait les facettes inavouables.

Biographie & parcours professionnel

Emmanuel Rati­er est né en sep­tem­bre 1957 à Avi­gnon d’une mère chimiste et d’un père archi­tecte.

Il com­mence ses études à l’Université de Rouen en 1973, et milite au sein du Front de la Jeunesse, mou­ve­ment anti­com­mu­niste de sen­si­bil­ité nation­al­iste. Emmanuel Rati­er est alors à la tête du men­su­el Balder de 1976 à 1979. Il est par ailleurs proche du GRECE (Groupe­ment de Recherche et d’Études pour la Civil­i­sa­tion Européenne), sous la houlette du philosophe Alain de Benoist. Il intè­gre l’IEP de Paris dès 1980, où il rejoint l’Union des Étu­di­ants de Droite, pour laque­lle il édit­era un péri­odique, Réplique. En 1982, il entre au Cen­tre de For­ma­tion des Jour­nal­istes (CFJ). Dans la foulée, il com­mence à sign­er des arti­cles pour Le Figaro Mag­a­zine et Valeurs Actuelles. En 1984, il intè­gre Minute. Il en sera licen­cié en 1986 par Patrick Buis­son, après la vente de l’hebdomadaire par Yves Mon­te­nay. Qu’il s’agisse de ses écrits mil­i­tants pour des pub­li­ca­tions étu­di­antes ou de ses réal­i­sa­tions jour­nal­is­tiques, Emmanuel Rati­er démon­trait alors une envie d’en découdre avec la gauche mais aus­si avec cer­tains opposants de droite. A ce moment de sa car­rière, la démarche doc­u­men­taire qui devien­dra la sienne n’est pas encore affir­mée, bien qu’il soit en charge des grandes enquêtes au sein de Minute.

C’est à par­tir de 1989 qu’il entame son tra­vail d’investigateur, en devenant le rédac­teur de la Let­tre de Mag­a­zine-Heb­do, avant de devenir co-action­naire de la société d’édition Faits & Doc­u­ments, créée par Yann Mon­comble (1953–1990) en 1980. La revue bimen­su­elle Faits & Doc­u­ments con­tient à chaque numéro plusieurs rubriques, par­mi lesquelles, des por­traits con­sacrés à des per­son­nal­ités poli­tiques ou médi­a­tiques en vue et une rubrique poli­tique com­pi­lant des anec­dotes sur l’actualité récente. La rubrique « lob­bies » a quant à elle don­né sa notoriété à la revue, en pro­posant des enquêtes sur les dif­férents groupes de pres­sion com­mu­nau­taires, cul­turels, poli­tiques, financiers, etc. Depuis plusieurs années, la revue était par­tielle­ment dif­fusée sur le site d’Alain Soral, « Égal­ité et Réc­on­cil­i­a­tion », per­me­t­tant de famil­iaris­er des inter­nautes plus nom­breux avec son tra­vail de biographe.

En marge de telles activ­ités édi­to­ri­ales, Emmanuel Rati­er a su déclin­er ses apti­tudes d’enquêteur dans des ouvrages dédiés à des ques­tions divers­es. Il s’est ain­si intéressé pêle-mêle aux mil­ices sion­istes en France (Les guer­ri­ers d’Israël, 1995), au club très influ­ent « Le Siè­cle » (Au cœur du pou­voir : Enquête sur le club le plus puis­sant de France, 1995) ou aux grou­pus­cules vio­lents d’extrême-gauche (Ras l’Front : Anatomie d’un mou­ve­ment antifas­ciste, 1995). Il est aus­si l’auteur d’une colos­sale Ency­clopédie poli­tique française, dont la paru­tion a débuté dans les années 1990. Cette somme de biogra­phies poli­tiques, fût, à l’instar de tout son tra­vail, une source appré­ciée des jour­nal­istes, qui ne créditèrent néan­moins jamais Emmanuel Rati­er dans leurs pro­pres réal­i­sa­tions.

Il est décédé le 19 août 2015, à l’âge de 57 ans, des suites d’un arrêt car­diaque. Un mois plus tard, le 19 sep­tem­bre, 900 per­son­nes lui rendaient un hom­mage pub­lic salle Équinoxe, dans le 15e arrondisse­ment parisien.

Parcours militant

Front de la Jeunesse, Union des Étu­di­ants de Droite.

Sa nébuleuse

Groupe­ment de Recherche et d’Études pour la Civil­i­sa­tion Européenne (GRECE), Égal­ité & Réc­on­cil­i­a­tion, Hen­ry Cos­ton, Yann Mon­comble…

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Bibliographie sélective

  • Ency­clopédie poli­tique française, Faits & Doc­u­ments, 1992.
  • Mys­tères et secrets du B’naï B’rith : la plus grande organ­i­sa­tion juive inter­na­tionale, Fac­ta, 1993.
  • Ency­clopédie des pseu­do­nymes, tomes 1 & 2, Faits & Doc­u­ments, 1993–1994.
  • Les guer­ri­ers d’Israël : enquête sur les mil­ices sion­istes, Fac­ta, 1995.
  • Le vrai vis­age de Jacques Chirac : les secrets d’un prési­dent, Fac­ta, 1995.
  • Ency­clopédie des change­ments de nom, tomes 1 & 2, Faits & Doc­u­ments, 1995–1998.
  • Au cœur du pou­voir : enquête sur le club le plus puis­sant de France, Fac­ta, 1996.
  • Ras l’front : anatomie du mou­ve­ment antifas­ciste, la nébuleuse trot­skyste Fac­ta, 1998.
  • Ency­clopédie poli­tique française, tome 2, Faits et Doc­u­ments, 2005.
  • Le vrai vis­age de Manuel Valls, Fac­ta, 2014.

Il l’a dit

« Je ne me con­sid­ère pas du tout comme com­plo­tiste, c’est-à-dire que, d’après les infor­ma­tions dont je dis­pose […] je n’ai jamais trou­vé aucun doc­u­ment récent, ou jamais eu d’entretien avec des per­son­nal­ités haut placées, qui me per­me­t­traient de démon­tr­er qu’il y ait une espèce d’organisation pyra­mi­dale, qui serait dirigée par un mar­i­on­net­tiste puis­sant qui aurait fait du monde un théâtre où il manip­ulerait les gens à sa guise. Je pense plutôt qu’il y a un sys­tème de cer­cles con­cen­triques, avec des satel­lites autour, qui regroupent des gens puis­sants ou qui cherchent à avoir plus de pou­voir. Et bien sûr, et ça peut paraître une évi­dence, des groupes de pres­sion et des lob­bys », Le Choc du Mois, 4 sep­tem­bre 2006.

Ils l’ont dit

«Emmanuel Rati­er était sans doute un anti­sion­iste assez con­séquent, mais son dis­cours était dépourvu de la dimen­sion haineuse évi­dente chez d’autres auteurs. Il était per­suadé que l’essentiel de la poli­tique con­sis­tait en jeux d’influence et de lob­bies, mais sans désign­er lui-même un agent cen­tral du com­plot. Quant à la méth­ode, c’était un homme assez pru­dent avec une réelle capac­ité pro­fes­sion­nelle de jour­nal­iste, en dépit d’erreurs mineures », Jean-Yves Camus, Libéra­tion, 20 août 2015.

« Tra­vailleur acharné, très appré­cié des jour­nal­istes pour ses dossiers, Emmanuel Rati­er pré­parait un ouvrage his­torique sur Paris », David Doucet, 20 août 2015.

« Faits et Doc­u­ments com­prend por­traits, “indis­crets” poli­tiques ou encore une veille sur l’activité des “lob­bies”. Cette dernière rubrique accorde une atten­tion par­ti­c­ulière aux organ­i­sa­tions juives et franc-maçonnes. Si Faits et Doc­u­ments se car­ac­térise par un ton factuel et un niveau d’information assez remar­quable, elle lais­sait transparaître les con­vic­tions de son auteur », Libéra­tion, 20 août 2015.

« Le défunt entrete­nait enfin une très riche doc­u­men­ta­tion per­son­nelle sur de nom­breuses per­son­nal­ités, asso­ciées ou non à l’extrême droite. Des dossiers par­fois mis à dis­po­si­tion de ses amis poli­tiques ou de jour­nal­istes, même représen­tants de cette “presse du sys­tème” hon­nie. » Ibid.

Crédit pho­to : Faits & Doc­u­ments

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