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Wikipédia est-il fiable ou orienté idéologiquement ?

19 août 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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Wikipédia est-il fiable ou orienté idéologiquement ?

Oui qui ? Wikipédia, le wiki presque quotidien… Quand le pain est-il apparu en Europe ? Le coronavirus touche-t-il les cockers ? Qui était Vasco de Gama ? Qu’est-ce que l’Ojim ? Si ce n’est chaque jour, les internautes utilisent Wikipédia au moins chaque semaine. Mais l’encyclopédie est-elle aussi « neutre » qu’elle le prétend ? Réponse dans un article repris de notre confrère L’Antipresse du 9 août 2020.

Faut-il bouder Wikipédia ?

Nous sommes très sat­is­faits de pou­voir puis­er dans Wikipé­dia, l’encyclopédie ouverte en ligne, pour retrou­ver des infor­ma­tions de base sur une mul­ti­tude de sujets et de per­son­nes. Mais est-ce une source entière­ment fiable et « neu­tre » ?

Le remar­quable site d’enquête Swiss Pol­i­cy Research pro­pose une vis­ite syn­thé­tique et bien doc­u­men­tée des couliss­es de Wikipé­dia qui incite à la pru­dence, au moins sur cer­tains sujets « chauds ». Je l’ai traduite ci-dessous avec l’autorisation des édi­teurs.

En somme, on pour­rait con­clure que le pro­jet Wikipé­dia est solide­ment arrimé à une vision du monde glob­al­iste et, opéra­tionnelle­ment, aux ser­vices secrets bri­tan­niques. Le cas le plus élo­quent ayant per­mis de révéler le « pot aux ros­es » a été l’« affaire Philip Cross », du nom de ce rédac­teur (indi­vidu­el ou en nom col­lec­tif) de Wikipé­dia qui s’en était pris en par­ti­c­uli­er à l’ex-diplomate, lanceur d’alerte et chercheur anti-impéri­al­iste Craig Mur­ray. Il vaut la peine de dérouler le fil « Philip Cross » à par­tir des liens ci-dessous. C’est même fasci­nant, comme exem­ple de guerre d’influence. On pour­rait en tir­er un roman de cyber­ma­nip­u­la­tion.

À une échelle bien plus mod­este, ma pro­pre expéri­ence — con­cer­nant ma page per­son­nelle ou celle de per­son­nes avec qui j’ai pu tra­vailler — con­firme qu’il est très facile de « charg­er » les infor­ma­tions dans un cer­tain sens — et très dif­fi­cile de les rec­ti­fi­er dans l’autre, les rédac­teurs de Wikipé­dia étant arbi­tres ultimes et ne ren­dant de comptes à per­son­ne. Mais le sujet dépasse le cadre de cet arti­cle.

Tout ceci ne veut pas dire qu’il ne faille plus con­sul­ter Wikipé­dia pour sa doc­u­men­ta­tion botanique ou les règles du jeu de go. Au con­traire, la bonne fia­bil­ité de la plate­forme sur les sujets « neu­tres » crédi­bilise le par­ti pris sur cer­tains enjeux stratégiques. Une opéra­tion d’intox réussie, on le sait, se com­pose de 90% d’informations val­ables pour un petit dix­ième de dés­in­for­ma­tion. Comme lorsqu’on marche sur un glac­i­er, il suf­fit de savoir où se trou­vent les crevass­es.

En somme, rien d’exceptionnel là-dedans. Ency­clopédies et dic­tio­n­naires sont tou­jours des reflets fidèles de l’idéologie et de la vision du monde de leurs auteurs. Le cas le plus spec­tac­u­laire — et suc­cu­lent — étant celui du grand philo­logue Samuel John­son, qui tout en com­pi­lant le pre­mier dic­tio­n­naire de la langue anglaise (42.000 entrées !) s’employa à fer­railler à coups de déf­i­ni­tions con­tre les per­son­nes, les nations et les idées qu’il détes­tait. L’avantage du bon Samuel est qu’il le fai­sait ouverte­ment — jusqu’à cracher sur ses pro­pres mécènes. Les rédac­teurs de Wikipé­dia n’auraient jamais de telles impo­litesses !

Wikipédia côté coulisses (tiré de swprs.org)

La Wikipé­dia anglo­phone, avec ses 9 mil­liards de pages vues par mois dans le monde, est gérée par seule­ment 500 admin­is­tra­teurs act­ifs, dont la véri­ta­ble iden­tité reste sou­vent incon­nue.

Des études ont mon­tré que 80 % du con­tenu de Wikipé­dia est écrit par 1% seule­ment de tous les rédac­teurs. Il ne s’agit ici encore que de quelques cen­taines de per­son­nes, pour la plu­part incon­nues.

Une struc­ture aus­si opaque et hiérar­chisée est évidem­ment sus­cep­ti­ble de cor­rup­tion et de manip­u­la­tion, les fameux « rédac­teurs payés » engagés par les entre­pris­es n’en étant qu’un exem­ple.

En effet, dès 2007, des chercheurs ont décou­vert que des employés de la CIA et du FBI mod­i­fi­aient des arti­cles de Wikipé­dia sur des sujets con­tro­ver­sés, notam­ment la guerre en Irak et la prison mil­i­taire de Guan­tanamo.

Tou­jours en 2007, des chercheurs ont décou­vert que l’un des admin­is­tra­teurs anglais de Wikipé­dia les plus act­ifs et les plus influ­ents, appelé(e) « Slim Vir­gin », était en fait un ancien infor­ma­teur des ser­vices de ren­seigne­ment bri­tan­niques.

Plus récem­ment, un autre rédac­teur très pro­lifique de Wikipé­dia, du nom de « Philip Cross », s’est avéré lié aux ser­vices de ren­seigne­ment bri­tan­niques, ain­si que plusieurs jour­nal­istes de grands médias.

En Alle­magne, l’un des rédac­teurs de Wikipé­dia les plus agres­sifs a été démasqué, après une bataille juridique de deux ans, en tant qu’agent poli­tique ayant servi dans l’armée israéli­enne en tant que volon­taire étranger.

En Suisse même, des employés du gou­verne­ment non iden­ti­fiés ont été pris la main dans le sac en train de « net­toy­er » des entrées Wikipé­dia sur les ser­vices secrets suiss­es juste avant un référen­dum pub­lic sur l’agence.

Nom­bre de ces Wikipé­dia per­sonæ rédi­gent des arti­cles pra­tique­ment à temps plein, chaque jour, ce qui indique qu’elles sont soit des per­son­nes très dévouées, soit des pro­fes­sion­nels.

En out­re, les arti­cles édités par ces per­sonæ ne peu­vent être aisé­ment révisés, puisque les admin­is­tra­teurs sus­men­tion­nés peu­vent tou­jours annuler les mod­i­fi­ca­tions ou sim­ple­ment blo­quer les util­isa­teurs en désac­cord.

Le but pre­mier de ces cam­pagnes secrètes sem­ble être de légitimer les posi­tions des gou­verne­ments occi­den­taux et israélien tout en com­pro­met­tant la répu­ta­tion des jour­nal­istes et des hommes poli­tiques indépen­dants. Les arti­cles les plus touchés par ce type de manip­u­la­tion touchent à des sujets poli­tiques, géopoli­tiques, à cer­tains sujets his­toriques ain­si qu’à des biogra­phies d’universitaires, de jour­nal­istes et de politi­ciens hors sys­tème.

Sans sur­prise, le fon­da­teur de Wikipé­dia, Jim­my Wales, ami de l’ancien Pre­mier min­istre bri­tan­nique Tony Blair et « young leader » du forum de Davos, a défendu ces opéra­tions à plusieurs repris­es.

En par­lant de Davos, la fon­da­tion Wiki­me­dia a elle-même amassé une for­tune de plus de 160 mil­lions de dol­lars, don­nés en grande par­tie non pas par des étu­di­ants faméliques, mais par des cor­po­ra­tions améri­caines de pre­mier plan et des fon­da­tions influ­entes.

L’actuelle PDG de Wikipé­dia, Kather­ine Maher, a tra­vail­lé au Con­seil améri­cain des rela­tions étrangères (CFR) ain­si qu’à un sous-groupe de la Nation­al Endow­ment for Democ­ra­cy (NED).

Les médias soci­aux et les plate­formes vidéo améri­caines se réfèrent de plus en plus à Wikipé­dia pour recadr­er ou réfuter les sujets «con­tro­ver­sés». Les faits évo­qués ci-dessus peu­vent aider à com­pren­dre pourquoi.

Edward Snow­den, le lanceur d’alerte de la NSA, avait révélé com­ment des agents d’influence manip­u­lent les débats en ligne ; plus récem­ment, un cadre supérieur de Twit­ter s’est avéré un offici­er « psy­ops » de l’armée bri­tan­nique.

Pour ajouter au moins un cer­tain degré de trans­parence, des chercheurs alle­mands ont mis au point un out­il de nav­i­ga­tion gra­tu­it appelé Wiki­Who qui per­met de repér­er par un codage col­oré qui a mod­i­fié quoi sur Wikipé­dia. Dans de nom­breux cas, le résul­tat paraît aus­si trou­blant qu’on se l’imaginait.

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