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Vous reprendrez bien un peu de « féminisme islamiste » sur France Inter ?

28 août 2019

Temps de lecture : 5 minutes
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Vous reprendrez bien un peu de « féminisme islamiste » sur France Inter ?

À force de vivre en commun, dans un entre-soi, avec qui a traîné ses guêtres sur les bancs de sciences po Paris ou d’universités devenues des repaires de militantes « intersectionnelles » et post-coloniales, le monde des médias est envahi par les théories qui s’y développent. Un exemple récent avec France Inter. 

Sociologue et féministe islamiste

Le dimanche 11 août 2019, Lau­ren Bastide inter­ro­geait Hanane Kari­mi « soci­o­logue et fémin­iste islamiste », enseignante à l’université de Stras­bourg, post-doc­tor­ante à celle de Créteil et chercheuse asso­ciée au Lab­o­ra­toire Sage Sociétés, Acteurs et Gou­verne­ment à l’université de Stras­bourg. C’est la présen­ta­tion pro­posée par la radio de ser­vice pub­lic. Mil­i­tante uni­ver­si­taire dont les com­bats sont cen­trés sur les luttes inter­sec­tion­nelles en faveur, en par­ti­c­uli­er, des femmes « racisées » et « vic­times » de la sit­u­a­tion « post-colo­niale » la radio ouvre sa porte aux ques­tions post-colo­niales, liées à celles de genre, prob­lé­ma­tiques qui ont peu à voir avec la sci­ence mais beau­coup avec un pro­jet poli­tique déconstructeur.

Rond de serviette à France Inter

En réal­ité Hanane Kari­mi a son rond de servi­ette sur France Inter où elle était déjà invitée pour la journée du 8 mars 2019. Plus tu porteras le voile ma soeur, plus tu seras une femme libérée ? On dirait. C’est une vraie habituée de la radio de ser­vice pub­lic : en 2017, elle défendait la néces­sité d’un fémin­isme islamiste antiraciste ; en 2016, elle affir­mait que porter le voile n’avait rien d’un prosé­lytisme religieux ni d’une mar­que d’un quel­conque patri­ar­cat musul­man… Elle était alors présen­tée comme « porte parole du col­lec­tif Les femmes dans la mosquée ». Elle a main­tenant pris du galon uni­ver­si­taire, c’est bien le prob­lème avec le néo colo­nial­isme fran­chouil­lard, cela con­tin­ue de for­mer des élites et de leur con­fi­er des postes peu acces­si­bles aux Français de souche. C’est bien d’une mil­i­tante dont il s’agit : l’auditeur attend donc un dis­cours un peu cri­tique (au sens de l’esprit cri­tique), ou alors un dis­cours avec un peu de contradiction.

Le retour des Femmes savantes

Une émis­sion de 56 min­utes, dans le cadre des « savantes ». Présen­ta­tion de France Inter : « Le tra­vail de Hanane Kari­mi porte sur les mobil­i­sa­tions poli­tiques des femmes musul­manes, il est venu éclair­er d’une lumière salu­taire tout un pan de l’action poli­tique qui, en France, vise, sans relâche, à la stig­ma­tis­er et à l’exclure de l’espace public ».

Dif­fi­cile de voir dans les mots de l’émission, acces­si­ble sur le site de la radio, autre chose qu’un dis­cours pure­ment mil­i­tant : France Inter con­sid­ère donc que les femmes musul­manes sont stig­ma­tisées en France ? Pourquoi ? Du fait de la loi sur le voile ? De la ques­tion du Burki­ni ? Et la loi… La radio publique est-elle fâchée avec la loi ? Il est du reste intéres­sant de not­er que ce sont pri­or­i­taire­ment les salariés du Sys­tème, ici une jour­nal­iste de France Inter et une uni­ver­si­taire d’origine étrangère, autrement dit les ultras béné­fi­ci­aires de ce Sys­tème, qui le con­sid­èrent comme oppres­sif. L’OJIM serait curieux de con­naître le niveau de vie et les émol­u­ments de tout ce beau monde féminin bobo-opprimé…

Mais pour­suiv­ons :

« Hanane Kari­mi est une fémin­iste, une militante… »

Au moins, les choses sont claires : enseigne­ment et recherche uni­ver­si­taires sont, en France, espace de mil­i­tan­tisme politique.

Pour­suiv­ons encore :

« Sa thèse, soutenue en sep­tem­bre 2018 était inti­t­ulée « assig­na­tion à l’altérité rad­i­cale et chemins d’émancipation: étude de l’agence de femmes musul­manes français­es ». En gros, vis-à-vis des femmes musul­manes, la France c’est l’Afrique du sud d’avant Mandela.

Les pro­pos tenus lors de cette émis­sion ont dû sur­pren­dre nom­bre de vacanciers, hors boboïsme et rad­i­cal­isme du 93 mil­i­tants, si par hasard ils écoutaient cela dans leur voiture. La com­plai­sance mil­i­tante de Lau­ren Bastide ne tient pas seule­ment au fait d’inviter une femme pré­ten­dant que la sit­u­a­tion d’oppression subie par les femmes musul­manes provient de ce que la France leur fait subir, mais aus­si de sa façon de défendre la minorité de femmes islamistes qui ten­tent de con­quérir l’espace pub­lic, et donc poli­tique, par exem­ple à Greno­ble. Pour la jour­nal­iste de France Inter, « c’est une action flam­boy­ante, courageuse, vis­i­ble ». Comme le « com­bat » orig­inel qui a mené Kari­mi a devenir une mil­i­tante ressem­blant à s’y mépren­dre à celles du Par­ti des Indigènes de la République : « À l’époque de la cir­cu­laire Bay­rou qui ouvre le grand cycle de har­cèle­ment con­tre les femmes musul­manes (les rues, n’est-ce pas, sont pleines de femmes harcelées pour rai­son ves­ti­men­taire) qui ne s’arrêtera pas et est encore en train de se pour­suiv­re aujourd’hui », elle aurait été oblig­ée d’arrêter ses études de BTS car il était inter­dit de porter le voile au lycée. Pata­tras ! Etre oblig­ée de… respecter la loi et les tra­di­tions cul­turelles de son pays d’accueil, c’est donc cela qu’une uni­ver­si­taire et qu’une jour­nal­iste con­sid­èrent comme un racisme etc. Bien sûr, une solu­tion serait pour madame Kari­mi de retourn­er vivre sa féminité libérée dans le pays d’origine de sa famille, cela deman­derait sans doute deux ou trois petits sac­ri­fices, dont celui d’être uni­ver­si­taire et recon­nue comme femme et intel­lectuelle, mais ce ne sem­ble pas être à l’ordre du jour tant il y aurait à faire pour sauver les femmes musul­manes de France de l’oppression, laque­lle ne s’exerce pas dans l’intimité du foy­er famil­ial visiblement.

Quand l’expression « mettons les voiles » change de sens

À quand, la libéra­tion des femmes par la bur­ka inté­grale ? C’est que Hanane Kari­mi le dit en direct : le voile est une lutte poli­tique éman­ci­patrice de classe, de race et de genre. Mazette ! Il y aurait donc des class­es sociales, cela peut se dis­cuter calme­ment, des gen­res, si on les dis­tingue, dis­cuter est encore pos­si­ble, mais des races ? Il n’y a plus de lois en France con­tre les per­son­nes qui pra­tiquent la pro­pa­gande racial­iste ? Celle-ci com­mençant, aux dernières nou­velles légales, par le fait de dis­tinguer les humains en races (« La race est un critère de dif­féren­ci­a­tion sociale » en France, dit-elle, ce en quoi elle n’a pas tort vu à quel point, si elle appar­tient à une « race », comme elle le dit, cette appar­te­nance paraît en effet éminem­ment prof­itable.) Pour­tant, ils sont légions ceux qui ont eu à subir les foudres de la jus­tice pour ce genre de raisons. Mais pas à « gauche » il est vrai.

Ce n’était ni une dis­cus­sion, ni un débat : il n’y avait pas de con­tra­dic­tion. Un sim­ple dis­cours mil­i­tant. Au nom de la tolérance, de l’humanisme, de l’universalisme, des valeurs dont la France se tar­gue d’être la gar­di­enne en somme, c’est une con­cep­tion total­i­taire et dog­ma­tique du monde qui avance, foulard sur la tête ou sur les yeux, à grandes enjam­bées dans les médias, les uni­ver­sités et la rue, cette dernière qui pul­lule de femmes « libérées » par le voile islamique. Bien­tôt un statut des non musul­mans en France ? A moins que la ques­tion des dif­férences d’identité ne con­duise à une solu­tion plus logique, et por­teuse d’avenir pour qui n’est pas musul­man : la recon­nais­sance que le séparatisme et le dif­féren­cial­isme sont plus logiques que le mul­ti­cul­tur­al­isme, du moins s’ils sont can­ton­nés dans des aires civil­i­sa­tion­nelles elles-mêmes logiques. Ce qui ne pose pas la ques­tion de la légitim­ité du « com­bat fémin­iste islamiste en France » mais plus sim­ple­ment celle de la rai­son de la présence de femmes musul­manes iden­ti­taires en France. Vous avez dit colonialisme ?

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