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Vaste opération de propagande US en Hongrie

4 mai 2023

Temps de lecture : 6 minutes
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Vaste opération de propagande US en Hongrie

Temps de lecture : 6 minutes

Depuis l’arrivée de David Pressman au poste d’ambassadeur des États-Unis en Hongrie en septembre 2022, le climat est passablement tendu entre Budapest et Washington. Les provocations de l’allié américain à l’encontre de la Hongrie de Viktor Orbán se multiplient. Dernière trouvaille en date : une campagne d’affichage sur tout le territoire hongrois financée par Washington dans le but « d’éduquer » les magyars réfractaires.

« Budapest 1956 — Ukraine 2023 »

Alors que le gou­verne­ment améri­cain était sur le point de sanc­tion­ner des per­son­nal­ités publiques hon­grois­es pour leurs pré­ten­dus liens avec la Russie, on appre­nait à Budapest, le 11 avril, le lance­ment d’une cam­pagne d’affichage nationale financée par des fonds publics américains.

L’oncle Sam en a man­i­feste­ment assez du mau­vais élève hon­grois qui tient une posi­tion atyp­ique sur le con­flit rus­so-ukrainien. Il entend le met­tre en face de ses réal­ités et n’hésite pas à touch­er à la mémoire des Hon­grois en faisant fig­ur­er sur ces affich­es le slo­gan « Ruszkik haza! » (Russ­es, ren­trez chez vous ! ») des insurgés de 1956.

Les Hongrois apprécieront…

Ces affich­es met­tent donc sur le même plan l’écrasement de la révo­lu­tion hon­groise de 1956 par les chars de l’Armée rouge et la sit­u­a­tion actuelle en Ukraine. Cette com­para­i­son pour le moins dou­teuse, surtout lorsqu’on sait que ce sont les ser­vices améri­cains qui avaient chauf­fé à blanc les Hon­grois avant de les aban­don­ner à l’automne 56 (et que dans les chars de l’Armée rouge se trou­vaient aus­si des Ukrainiens), s’accompagne d’un texte : « La paix peut se faire en Ukraine si l’armée d’occupation russe se retire ».

C’est pré­cisé­ment cette désil­lu­sion au sujet des grandes puis­sances — aus­si nour­rie par le trau­ma­tisme du traité de Tri­anon de 1920 — qui est à l’origine de la posi­tion hon­groise dans le con­flit actuel en Ukraine. Le gou­verne­ment plaide en faveur de la paix, et ne veut aucun cas ali­menter les ten­sions par des envois d’armes et un sou­tien sans con­di­tions à Kiev. La cam­pagne d’affichage est donc en par­fait décalage avec ce que pensent pro­fondé­ment une majorité de Hongrois.

Mais plus encore : les Hon­grois ne pour­raient en rien s’opposer à l’envoi de jeunes GI améri­cains sur le front rus­so-ukrainien. Une pure fic­tion, bien sûr. Pas plus que les Hon­grois, les Améri­cains ne veu­lent don­ner leur vie pour Bakhmout… Cette énième provo­ca­tion US en Hon­grie sonne comme une preuve écla­tante de l’hypocrisie des posi­tions US, et ne fait en réal­ité que ren­forcer les Hon­grois dans leurs positions.

L’opposition financée depuis Washington apprécie pour de bon

Les franges les plus rad­i­cales de l’opposition hon­groise ont en revanche applau­di. Telex, média financé en par­tie par des fonds publics améri­cains, a été le pre­mier à relay­er des images de ces affich­es en grande pompe. Le média 444, aux liens avec la galax­ie Soros, était quant à lui au courant des mesures de sanc­tions qui allaient être pris­es con­tre la Hon­grie par Wash­ing­ton avant l’annonce de ces sanctions.

L’opposition hon­groise, qui ne parvient tou­jours à com­pren­dre que sa reli­gion pro-Kiev est syn­onyme d’échec poli­tique en Hon­grie, a pu faire cam­pagne en 2022 grâce à de l’argent en prove­nance d’une ONG US, chose que les médias de grand chemin français se sont bien gardés de traiter.

Il existe désor­mais une telle con­nivence entre la gauche hon­groise et les Démoc­rates améri­cains que c’est à se deman­der si cette oppo­si­tion a une exis­tence pro­pre et autonome. Ses posi­tions sur la guerre sont des copi­er-coller des déc­la­ra­tions de l’administration Biden. À ce stade, ce n’est plus de l’ingérence mais bien une véri­ta­ble coloni­sa­tion d’une par­tie de l’échiquier poli­tique hon­grois. Cette nou­velle donne est telle­ment actée qu’on ne se pose mais plus la ques­tion de la légal­ité de cette immis­cion étrangère, y com­pris finan­cière, dans les affaires intérieures de la Hongrie.

Money ain’t a problem

Les États-Unis ne ten­tent du reste plus de dis­simuler le ver­sant financier de leurs ingérences en Hon­grie. Pour ce qui est de cette cam­pagne de pro­pa­gande, l’argent US tran­sité a par la société de droit hon­grois FLOW PR, Splen­didea Com­mu­ni­ca­tions Kft., et rien que 138 mil­lions de forints (env­i­ron 370 000 euros) ont été dépen­sés en pub­lic­ité Face­book, notam­ment par le biais de la page « Nyu­gati Pályán » (« Sur la voie de l’Ouest »), qui compte 35 000 abonnés.

De con­cert, toute la presse dite « libre et indépen­dante » hon­groise a relayé cette cam­pagne. Une affaire ron­de­ment menée, qui mon­tre à quel point Wash­ing­ton se sent chez soi en Hon­grie et par­ticipe directe­ment au jeu poli­tique hongrois.

Nouvelles provocations de David Pressman

Le 26 avril, l’ambassadeur US s’est à nou­veau plaint de la posi­tion hon­groise en faveur d’un cessez-le-feu et de la paix. Selon lui, la Hon­grie est le seul pays à blo­quer les négo­ci­a­tions d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.

Pour Press­man, la posi­tion de Budapest se fonde sur des fauss­es infor­ma­tions que le Krem­lin a pour habi­tude de relay­er. Il s’est en revanche dit prêt à se pencher sur la ques­tion de la minorité hon­groise de Sub­carpatie (oblast ukrainien à la fron­tière hon­groise) si cela « représen­tait un vrai problème ».

Cette expres­sion a mis le feu aux poudres dans la presse con­ser­va­trice hon­groise, dont cer­tains jour­nal­istes n’ont pas sup­porté que l’on se moque ain­si de la sit­u­a­tion haute­ment prob­lé­ma­tique des Hon­grois d’Ukraine.

Le lende­main, le 27 avril, Press­man s’est ren­du à la ren­con­tre de Péter Polt, pro­cureur général de Hon­grie réputé proche du Fidesz. Depuis sa prise de fonc­tion, il mul­ti­plie les ren­con­tres avec des mem­bres de la mag­i­s­tra­ture pour offi­cielle­ment ten­ter de com­pren­dre le sys­tème judi­ci­aire hon­grois et savoir s’il existe vrai­ment un prob­lème d’indépendance de la jus­tice comme le pré­tend Brux­elles. D’aucuns y voient bien plutôt des ingérences.

Ces ren­con­tres par­ticipent en tout cas d’une diplo­matie d’un genre nou­veau : la diplo­matie woke, qui met l’idéologie et la poli­tique par­ti­sane au cen­tre des rela­tions entre deux pays (en l’occurrence deux pays pré­ten­du­ment amis). L’Ojim est un des rares médias français à cou­vrir cette évo­lu­tion inquié­tante. La presse de grand de chemin est une fois de plus étrange­ment silencieuse.

Voir aus­si : À Budapest, les censeurs sont améri­cains et non hongrois

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