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Une chronique « islamophobe » dans Libération ?

10 décembre 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Une chronique « islamophobe » dans Libération ?

Libération accusé de racisme et de sexisme ? L’épisode est assez inhabituel pour être souligné, d’autant qu’il révèle à nouveau les tensions qui existent au sein de la rédaction de ce journal en désuétude.

Dans une chronique se voulant poé­tique inti­t­ulée « La femme voilée du métro », Luc Le Vail­lant, rédac­teur en chef du ser­vice Por­trait de Libé, décrit son malaise après avoir croisé une femme por­tant une abaya (voile recou­vrant entière­ment le corps à l’ex­cep­tion du vis­age). « Elle porte une abaya couleur cor­beau. La tenue traîne jusqu’au sol et bal­aie la pous­sière des anx­iétés alen­tour. Les mains sont gan­tées et on ne saura jamais si les paumes sont moites. Cette autre soutane monothéiste lui fait la cuisse éva­sive, la fesse envasée, les seins restreints. Les cheveux sont dis­traits à la con­cu­pis­cence des abom­inables per­vers de l’Occident déca­dent », racon­te le jour­nal­iste, pour qui cette femme est « la sœur désolée et désolante des beurettes sonores et tapageuses qui égaient les soirées RATP ».

Et celui-ci d’a­jouter que « si l’œil du voisin de strapon­tin se fait inquisi­teur, ce n’est pas pour pin­cer le bour­relet charmeur mais pour palper la pos­si­bil­ité d’une cein­ture de chasteté explo­sive ». Con­fi­ant avoir quit­té pré­maturé­ment la rame de métro, Luc Vail­lant con­clut : « Tant qu’elle ne rafale pas les ter­rass­es à la kalach, elle peut penser ce qu’elle veut, croire aux bobards qui la réjouis­sent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’elle évite de me pren­dre pour une buse. »

La réac­tion des réseaux soci­aux ne s’est pas faite atten­dre. Rapi­de­ment, le mot-dièse #LibéRacisme a fait par­tie des sujets les plus abor­dés sur Twit­ter. Out­re les inter­nautes, des jour­nal­istes de Libé ont égale­ment réa­gi via la plate-forme. Willy Le Devin con­fie ain­si avoir eu « mal et honte » à la lec­ture de cet arti­cle.

Devant cette polémique nais­sante, la société des jour­nal­istes du quo­ti­di­en s’est fendue d’un com­mu­niqué pour rap­porter qu’« au sein de l’équipe, de très nom­breux jour­nal­istes ont égale­ment fait part ce mar­di de leur dés­ap­pro­ba­tion sur un con­tenu qui ne reflète pas, à leurs yeux, les valeurs du jour­nal et leurs con­vic­tions per­son­nelles ». Et les jour­nal­istes de rap­pel­er « qu’il s’agit d’une chronique qui, de par ce statut, engage l’opinion de son auteur et non celles d’autres jour­nal­istes ».

D’après Les Inrocks, l’am­biance est actuelle­ment très ten­due au sein de la rédac­tion. Pour un jour­nal­iste anonyme, cette chronique donne l’im­pres­sion de « faire 50 pas en arrière, surtout après avoir fait des dou­bles pages sur l’islamophobie, encore pas plus tard que la semaine dernière ».

Si l’au­teur de l’ar­ti­cle, Luc Le Vail­lant, n’a pas encore réa­gi, c’est Lau­rent Jof­frin, directeur de la pub­li­ca­tion du jour­nal, qui a volé à son sec­ours. Dans un édi­to, ce dernier juge que « l’ac­cu­sa­tion de racisme ou de sex­isme qui court ici et là est évidem­ment ridicule quand on con­naît un tant soit peu notre chroniqueur et notre jour­nal ». Pour lui, cette chronique n’est que « la resti­tu­tion lit­téraire et ironique de préjugés et d’angoisses que l’au­teur se reproche lui-même, comme il l’écrit, d’avoir ressen­tis ».

Pour con­clure cette polémique, Lau­rent Jof­frin adresse des excus­es à ceux que l’ar­ti­cle aurait pu bless­er, et souligne que « toutes nos pris­es de posi­tion, toute notre his­toire, tout notre tra­vail mon­tre que ‘Libéra­tion’ s’at­tache en per­ma­nence à lut­ter con­tre les dis­crim­i­na­tions, de quelque nature qu’elles soient ».

Nul doute que cette expéri­ence restera dans les mémoires. Lorsqu’on sait que d’habi­tude, Libéra­tion se situe plutôt dans le camp de ceux qui par­ticipent au tri­bunal inquisi­to­r­i­al du poli­tique­ment cor­rect, l’in­ver­sion soudaine des rôles a un petit côté pour le moins ironique…

Lire également notre dossier : « 40 ans de Libération : des maos aux bobos »

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