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Un Renaud Camus peut en cacher un autre. Troisième partie
Publié le 

4 décembre 2019

Temps de lecture : 5 minutes
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Un Renaud Camus peut en cacher un autre. Troisième partie

Il n’y a qu’un seul écrivain Renaud Camus, dont les prises de position choquent assez les médias convenus pour être régulièrement rappelées chaque fois qu’un tueur ou terroriste autre que musulman, une petite minorité à l’échelle du monde, comparativement aux meurtres de masse en cours, assassine quelqu’un. Un seul écrivain mais en cas de portraits, il semble qu’il y ait plusieurs Camus. Tout est dans la présentation. Illustration avec Le Monde et Valeurs Actuelles.

Renaud Camus dans Valeurs Actuelles

Le choix de Valeurs Actuelles, dans son numéro paru le jeu­di 28 novem­bre 2019, est dif­férent (de celui du Monde). D’abord, l’hebdomadaire envoie un jour­nal­iste qui est aus­si un écrivain, Olivi­er Maulin, recon­nu par ses pairs, ce qui peut aider à la com­préhen­sion de la per­son­nal­ité de Renaud Camus. Un écrivain jour­nal­iste qui a sans doute lu Bar­rès.

Enracinement

  • Titre : « Renaud Camus, le mau­dit lumineux »
  • Accroche : « A l’occasion de la réédi­tion de six textes « poli­tiques » fon­da­men­taux, nous avons ren­du vis­ite à l’écrivain en son château de Plieux. Por­trait d’un com­bat­tant prêt au sac­ri­fice pour la défense de son pays ».

Dans les pre­miers mots tout ce que Le Monde ne peut, à l’instar des autres médias con­venus, com­pren­dre. A com­mencer par l’amour d’un lieu où l’on est enrac­iné, au point de se bat­tre pour sa défense.

* Le début de l’article vaut son pesant d’écriture. On souhaite à Lucie Souli­er de ne pas l’avoir lu, pour éviter des dépens­es phar­ma­ceu­tiques trop impor­tantes : « C’est un petit pays de collines entre la val­lée de la Garonne et les coteaux de Gascogne. La Lomagne, cette « Gascogne bossue », se car­ac­térise par un relief mar­qué. Sur l’une de ces collines, à Plieux (Gers), se dresse une forter­esse bâtie au XIVe siè­cle sur le mod­èle du château gas­con, avec ses deux tours car­rées, son corps cen­tral rec­tan­gu­laire et ses deux salles par étage ».  

La dif­férence entre des médias tels que Le Monde etc et cer­tains de ceux dits de « droite » ne tient pas qu’aux idées mais aus­si à la qual­ité de l’écriture. Ce n’est pas nou­veau, l’on con­statait déjà cela aux 19e et 20e siè­cle, c’est moins noté aujourd’hui tant une cer­taine gauchi­sa­tion, et la faib­lesse de l’écriture domi­nent.

Censures

 

  • Olivi­er Maulin insiste sur un point essen­tiel : la cen­sure dont est vic­time Renaud Camus. Il fait paraître un livre en librairie début novem­bre 2019, disponible au moment du por­trait de Lucie Souli­er dans Le Monde, laque­lle prend soin de ne pas en par­ler — cen­sure évi­dente et scan­daleuse. Maulin le sig­nale, notant dès la pre­mière colonne cette occul­ta­tion par Souli­er.
  • Camus n’a plus d’éditeurs, sinon main­tenant Pierre-Guil­laume de Roux, « édi­teur courageux » qui ose éditer l’un de ses ouvrages pour la pre­mière fois depuis bien longtemps ? Qu’à cela ne tienne, il s’auto-édite et ses livres sont des suc­cès.
  • « L’homme est élé­gant et cour­tois, il a les yeux vifs et rieurs. Nous con­staterons au cours des longues heures passées en sa com­pag­nie qu’il a une qual­ité dont on fait trop peu de cas : l’humour. Oh, pas celui de Cyril Hanouna, bien sûr, lequel con­siste à rem­plir les slips de nouilles en glous­sant. Ain­si : « L’apocalypse est par­fois joyeuse », nous con­fiera-t-il à pro­pos d’Hervé Le Bras qui, le matin même de notre ren­con­tre, venait, mal­gré lui, de valid­er à la radio la réal­ité du grand rem­place­ment ».
  • Valeurs Actuelles mon­tre que Renaud Camus est aus­si un artiste et un ama­teur d’art qui organ­ise dans son château des expo­si­tions d’art con­tem­po­rain. « Ce qui frappe le vis­i­teur, c’est l’absolue coïn­ci­dence entre l’homme, son oeu­vre et son logis. Une forter­esse bâtie sur les hau­teurs, d’un abord austère, un lieu de résis­tance d’où l’on voit l’ennemi arriv­er de loin, des murs irrem­plaçables abri­tant un extérieur calme, beau et raf­finé, sans luxe ni osten­ta­tion, un intérieur qui mêle passé, présent et avenir, d’un équili­bre par­fait, un petit morceau de civil­i­sa­tion ».

Identifier les causes du désastre

Le jour­nal­iste de Valeurs Actuelles rend compte de ce qu’il voit, de ce qu’il a sous les yeux — des faits. Ce que Lucie Souli­er du Monde n’a pas vu, sans doute à cause de son idée pré­conçue, venue en sachant d’avance ce qu’elle écrirait. Ce qui gêne ? « Cet amour de la civil­i­sa­tion, et plus encore la volon­té de la défendre, voilà ce que l’on ne par­donne pas à Renaud Camus, comme à Zem­mour, il ne faut jamais se fier aux dénom­i­na­tions stal­in­i­ennes libel­lées dans les plaintes qui l’accablent. Les grotesques « inci­ta­tions à la haine raciale » con­ti­en­nent autant de vérité que les accu­sa­tions de sab­o­tage en URSS. C’est parce que, mieux qu’aucun autre, il a réus­si à iden­ti­fi­er les caus­es du désas­tre actuel, parce qu’il pro­pose des solu­tions à ce désas­tre et parce que ses solu­tions vont rad­i­cale­ment à l’encontre de l’idéologie de l’époque, que Renaud Camus représente un dan­ger mor­tel pour le sys­tème, qui par retour le traite en enne­mi, et tente de le musel­er par tous les moyens ».

Juste­ment le rôle d’une Lucie Souli­er en son « por­trait » à charge.

  • Les médias présen­tant les choses autrement sont peu nom­breux : « la dernière mode est de le présen­ter comme l’instigateur de l’attentat de Christchurch, en Nou­velle-Zélande, sous pré­texte que le ter­ror­iste ayant abat­tu 51 musul­mans en mars dernier a employé le terme de « grand rem­place­ment ». Et tant pis si son oeu­vre entière (dont Lucie Souli­er n’a sans doute pas lu une ligne, NdA) répudie la vio­lence, tant pis surtout si l’auteur de l’attentat n’a pas lu son livre sur le sujet, lequel n’est pas traduit en anglais, et n’a fait que repren­dre une expres­sion qui par son suc­cès plané­taire a échap­pé à son auteur ».

Des faits, sim­ple­ment des faits. Quelle preuve Lucie Souli­er peut-elle fournir de l’influence de Renaud Camus sur ce genre de drames ? Aucune.

  • Valeurs Actuelles indique aus­si qu’au départ Renaud Camus était un « per­son­nage branché du petit milieu parisien et new-yorkais, ami de Frédéric Mit­ter­rand, fréquen­tant Aragon… ». Pour lui, dès 2000, l’écriture doit inté­gr­er la forme, le respect de la forme, qual­ité du style, et cela va avec la tenue de qui écrit, son habit, sa façon d’être. La forme est un tout. « La forme, c’est l’Autre, écrira-t-il bien­tôt, car c’est par elle que passe le respect de l’Autre ».

Qui au sein du quo­ti­di­en Le Monde, aujourd’hui, est en capac­ité intel­lectuelle de com­pren­dre une idée pareille ? Comme Renaud Camus devient résis­tant, comme il s’en prend au « rem­place­ment de la cul­ture par l’industrie cul­turelle et le diver­tisse­ment, au soi-mêmisme car­ac­térisant l’époque, cette volon­té de coïn­cider avec ce que l’on est déjà », les bien-pen­sants en font un réac, bien­tôt un anti­sémite et un raciste…

* L’écrivain se penche sur les caus­es du désas­tre et impose le con­cept de « rem­placisme glob­al » : « le fait que tout soit rem­plaçable, jusqu’à l’homme lui-même ». Au coeur, il y a le grand rem­place­ment mais ce dernier est un des élé­ments du rem­placisme, pas le tout. Car « pour que ce grand rem­place­ment soit pos­si­ble, il a fal­lu au préal­able que soit opéré celui qu’il appelle le petit rem­place­ment, autrement dit la décul­tur­a­tion, l’enseignement de l’oubli, l’industrie de l’hébétude, la répu­di­a­tion de la cul­ture générale ».

C’est pré­cisé­ment l’objet du Petit rem­place­ment, juste paru, et dont l’acquisition appa­raît du coup comme un acte de résis­tance face au par­ti des médias con­venus.

Les Rien-Pensants

Ici, le noeud gor­di­en. Eliz­a­beth Lévy a forgé le con­cept de « Rien-Pen­sants ». Tan­dis qu’Olivier Maulin et Valeurs Actuelles s’interrogent sur l’écriture, la pen­sée, les raisons et les impli­ca­tions de cette dernière, chez Renaud Camus, qu’ils pensent en somme, Le Monde et Lucie Souli­er se dépla­cent avec un arti­cle men­tale­ment déjà écrit en poche, inca­pables d’appréhender la pen­sée d’autrui, sauf à la trans­former en la pen­sée enne­mie dont ils ont besoin. Leur bouc-émis­saire. C’est en cela que la presse forme majori­taire­ment aujourd’hui un par­ti (qua­si unique) des médias face aux­quels se tien­nent droit quelques résis­tants. Et Valeurs Actuelles de con­clure : « Chaque jour qui passe, hélas, donne rai­son à ce vision­naire ». A lire les deux enquêtes, de tailles iden­tiques, com­ment ne pas se ren­dre compte de la très grande faib­lesse atteinte par cer­taines pages, (pas toutes) du Monde. Celles con­fiées à Lucie Souli­er ne redorent pas le méti­er de jour­nal­iste, mais là ce n’était pas son objec­tif.

Renaud Camus, Le Petit rem­place­ment, Pierre-Guil­laume de Roux éd, 496p, 28 €

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