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Ukraine : Quand Elle tresse les louanges d’une combattante néonazie

5 janvier 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Ukraine : Quand Elle tresse les louanges d’une combattante néonazie

Dans son édition du 14 novembre dernier, le magazine Elle se risquait à la géopolitique et consacrait un dossier à la gloire des combattantes ukrainiennes.

Ukraine : Quand Elle tresse les louanges d'une combattante néonazie

Ukraine : Quand Elle tresse les louanges d’une com­bat­tante néon­azie

L’heb­do­madaire pub­li­ait ain­si des por­traits de jeunes femmes, « étu­di­antes, secré­taires ou jour­nal­istes de mode », passées « de la révo­lu­tion de Maï­dan à la guerre con­tre les séparatistes russ­es ». Comme le notait Olivi­er Berruy­er sur son blog, le mag­a­zine com­mençait par se mon­tr­er très mal­adroit en par­lant non de séparatistes « pro-russ­es » mais car­ré­ment « russ­es ».

Mais le pire réside dans le por­trait con­sacré à Sve­ta, une jeune blonde de 19 ans, « secré­taire et engagée volon­taire dans un groupe d’au­todéfense ». Celle-ci annonce la couleur : « Si les Russ­es ren­trent dans ma ville, je tire ! » Mais au fait, qui est Sve­ta ? Une vail­lante com­bat­tante pour la lib­erté et l’u­nité de son pays ? Le mag­a­zine se serait bien con­tenté de ce pro­fil.

C’é­tait sans compter sur la vig­i­lance des inter­nautes qui se sont empressés de révéler la vraie nature de la jeune femme. Sur des pho­togra­phies pub­liées sur son pro­fil Vkon­tak­te (le Face­book “russe”), on peut voir Vita Zaver­oukha (de son vrai nom) bras ten­du, exhibant fière­ment des croix gam­mées, des sym­bol­es nazis, un dra­peau con­fédéré, des pho­togra­phies à la gloire du Troisième Reich ou encore des dessins anti­sémites. Vita appar­tient au batail­lon Aïdar, coupable selon l’OSCE de nom­breux crimes de guerre. Elle est bien loin, la Jeanne d’Arc ukraini­enne…

Vita appartient au bataillon Aïdar, coupable selon l'OSCE de nombreux crimes de guerre.

Vita appar­tient au batail­lon Aïdar, coupable selon l’OSCE de nom­breux crimes de guerre.

Devant la polémique gran­dis­sante, Elle n’a pas eu d’autres choix que de réa­gir. « Suite à la pub­li­ca­tion le 14 novem­bre dernier dans notre mag­a­zine d’un reportage inti­t­ulé “Les femmes ukraini­ennes s’engagent”, trai­tant du rôle de femmes au par­cours très divers dans le con­flit à l’est de l’Ukraine, nous avons appris, fin décem­bre, qu’une des jeunes femmes, inter­viewée et pho­tographiée, était une activiste d’extrême-droite, dif­fu­sant sur les réseaux soci­aux des pho­togra­phies faisant l’apologie du néo-nazisme », explique le mag­a­zine dans un com­mu­niqué pub­lié fin décem­bre.

Et celui-ci d’as­sur­er que, « lors du reportage, la jeune femme incrim­inée, com­bat­tante du Batail­lon Aidar, ren­con­trée le 2 octo­bre dernier, sur la ligne de front près de la ville de Lougan­sk, aucun élé­ment, aucun signe extérieur dis­tinc­tif, aucune parole dans l’interview, ne lais­sait com­pren­dre ce jour-là que cette jeune femme était néo-nazie ».

Pour­tant, comme le souligne RFI qui prend la défense de son con­frère, le jour­nal­iste auteur de l’ar­ti­cle « est cor­re­spon­dant per­ma­nent sur place pour de nom­breux médias et enquête régulière­ment sur les batail­lons de volon­taires ». Cela étant, com­ment celui-ci pou­vait-il ignor­er (pour le moins) le risque de mau­vaise pioche dans un batail­lon réputé pour abrit­er son lot de néo-nazis ? Selon Elle, le batail­lon Aïdar « com­prend dans ses rangs des com­bat­tants d’origine et d’obédience poli­tique très divers­es » ; une expli­ca­tion qui ne con­va­in­cra guère les obser­va­teurs atten­tifs de ce con­flit.

Et l’heb­do­madaire féminin de con­clure : « La rédac­tion de ELLE ain­si que les deux jour­nal­istes ayant réal­isé le reportage, ont été choqués d’apprendre, à pos­te­ri­ori, le véri­ta­ble pro­fil idéologique de cette jeune femme, et con­damnent bien enten­du toute idéolo­gie prô­nant la xéno­pho­bie, l’antisémitisme ou l’apologie du nazisme. »

La prochaine fois, Elle y réfléchi­ra à deux fois avant de s’at­ta­quer à des sujets aus­si sen­si­bles, bien loin des crèmes bron­zantes de l’été ou des meilleures épi­la­tions du mail­lot ! Ça tombe bien : selon RFI, la mal­adresse du mag­a­zine fait « par­faite­ment le jeu de la pro­pa­gande pro-Russe ». Et la pro­pa­gande occi­den­tale faisant pass­er une néon­azie pour un mod­èle de résis­tance à l’op­pres­sion, on en par­le ?

Voir notre portrait d’Olivier Berruyer

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