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Tareq Oubrou, l’imam « exemplaire » de Bordeaux selon le Süddeutsche Zeitung

4 mars 2021

Temps de lecture : 3 minutes

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Tareq Oubrou, l’imam « exemplaire » de Bordeaux selon le Süddeutsche Zeitung

Tareq Oubrou, l’imam « exemplaire » de Bordeaux selon le Süddeutsche Zeitung

Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a publié le 7 février un article très élogieux sur l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou. Celui-ci serait un « prédicateur exemplaire ». L’hebdomadaire Courrier international a trouvé l’article tellement intéressant qu’il l’a repris le 23 février dans sa revue de revue de presse internationale. Mais qui trop embrasse mal étreint. En s’appuyant sur l’imam de Bordeaux pour critiquer « le manichéisme réducteur du débat sur l’islam » en France, le quotidien allemand ferme les yeux sur les critiques à l’encontre du personnage.

Quand le Süddeutsche Zeitung confond portrait et éloge dithyrambique

C’est prob­a­ble­ment le débat par­lemen­taire en France sur la loi sur le séparatisme qui a amené le Süd­deutsche Zeitung à con­sacr­er un arti­cle à Tareq Oubrou. La loi — désor­mais adop­tée — serait selon le quo­ti­di­en alle­mand « un texte qui se focalise sur la répres­sion et les restric­tions ». Le ton est don­né : on aura com­pris qu’il s’agit en fait de vilipen­der l’islamophobie en France, un pays où l’on met­trait dans le même sac islam, « ter­ror­isme, immi­gra­tion, exclu­sion, séquelles du colo­nial­isme et iden­tité de la République ».

Le por­tait de Tareq Oubrou est du même acabit. « À quoi pour­rait ressem­bler un islam de France si ce n’est à celui prôné par l’i­mam de Bor­deaux? », s’interroge Nadia Pan­tel dans le Süd­deutsche Zeitung. Tareq Oubrou serait selon le quo­ti­di­en alle­mand un imam comme on en voudrait : il encour­age ses fidèles à douter, il n’encourage pas les femmes à porter le voile. Il con­damne les atten­tats islamistes et il fig­ure lui-même «  sur la liste noire des islamistes ». Ses prêch­es iraient dans le sens de l’apaisement. C’est du bout des lèvres que la jour­nal­iste alle­mande men­tionne l’engagement passé de Tareq Oubrou dans la mou­vance islamiste.

Tareq Oubrou décoré de la légion d’honneur en 2014

La côté d’amour de Tareq Oubrou auprès d’une cer­taine intel­li­gentsia n’est pas nou­velle. En févri­er 2014, Ouest France nous appre­nait que l’imam de Bor­deaux avait été fait cheva­lier de la Légion d’honneur par Alain Jup­pé. Le 8 jan­vi­er 2016, sur France cul­ture Anne Fauquem­ber­gue dres­sait le por­trait de « celui qui voudrait plaire à tous les Français ». Ses liens passés avec les islamistes seraient de l’histoire anci­enne, car depuis son mariage à 27 ans, il se serait con­ver­ti « au réal­isme de la société ». Puisque la radio affil­iée à l’État français nous le dit…

Con­damna­tion de la décap­i­ta­tion de Samuel Paty, comme le souligne Téléra­ma, défense des car­i­ca­tures « qui font par­tie de la cul­ture française » selon Europe 1 le 1er sep­tem­bre 2020 : les pris­es de posi­tion de Tareq Oubrou en feraient un imam exem­plaire, selon non seule­ment le Süd­deutsche Zeitung mais aus­si nom­bre de médias français, mais…

Le travail d’investigation de Mohamed Louizi

Mohamed Louizi est un ancien mem­bre des Frères musul­mans qui con­sacre désor­mais une par­tie de son temps libre à met­tre à jour les réseaux islamistes. Il ne se con­tente pas des déc­la­ra­tions des uns et des autres dans les médias. Il mène un tra­vail d’investigation qui devient si rare en cette péri­ode d’articles en ligne rédigés à la hâte par des sta­giaires ou des jour­nal­istes débordés.

Dans un arti­cle paru sur son blog le 1er décem­bre 2020 inti­t­ulé « Tareq Oubrou, une colombe qui cou­ve des vau­tours ? », Mohamed Louizi entend démon­tr­er que l’« on peut bel et bien quit­ter une asso­ci­a­tion frériste sans rompre pour autant avec l’idéologie fréros­alafiste qui l’alimente ».

En voici quelques extraits :

Tareq Oubrou « est tou­jours «imam» à Bor­deaux, salarié d’une mosquée con­trôlée par les Frères musul­mans de l’association FMG. (…) Il sem­ble être tou­jours asso­cié au CAPRI (Cen­tre d’Action et de Préven­tion con­tre la Rad­i­cal­i­sa­tion des Indi­vidus) créé par ses Frères musul­mans à Bor­deaux (…). Aus­si, au nom de sa non-rup­ture assumée avec sa famille frériste, Tareq Oubrou répond tou­jours aux invi­ta­tions des Frères musul­mans pour ani­mer des con­férences. (…) Tareq Oubrou est tou­jours admin­is­tra­teur au sein du con­seil d’administration de l’organisation frériste Sec­ours Islamique ».

« Com­ment pré­ten­dre que Tareq Oubrou ait rompu avec les Frères musul­mans ? », s’interroge Mohamed Louizi qui estime que « son par­a­digme est une pure ruse lan­gag­ière, une stratégie de con­quête ».

On attend, pour le moment en vain, une réponse point par point de l’intéressé.

D’autres travaux d’investigation ont été menés par une jour­nal­iste libanaise, Lina Murr Nehme. Dans un livre paru en 2017 inti­t­ulé « Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur, ce qu’ils cachent », elle « met à nu ces auteurs qui se plaisent à par­ler dans les médias en France sans ren­con­tr­er de per­son­nes capa­bles de les démas­quer » selon le site Riposte Laique, un des rares médias à avoir cou­vert la sor­tie de l’ouvrage.

« Lina Murr Nehmé dévoile, à la lumière de ses activ­ités, de ses écrits, de ses déc­la­ra­tions publiques et offi­cieuses, l’art et le génie de la force de manip­u­la­tion et de dis­sim­u­la­tion d’Oubrou, et l’habileté avec laque­lle il escamote son pro­pre passé, ses rela­tions et ses con­vic­tions ». On est loin du dithyra­mbe du jour­nal allemand…

En con­clu­sion de son inter­view, Tareq Oubrou déclare au Süd­deutsche Zeitung :

« Les dis­cus­sions les plus con­flictuelles ne por­tent (…) pas sur la reli­gion, mais sur un fan­tôme ». Le Süd­deutsche Zeitung ne serait-il pas passé à côté d’un fan­tôme en nég­ligeant un point de vue con­tra­dic­toire pour dress­er le por­trait du « prédi­ca­teur exem­plaire »?

Pour aller plus loin : voir le doc­u­men­taire réal­isé en 2013 par Michael Prazan inti­t­ulé « La Con­frérie, enquête sur les Frères Musul­mans »

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