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So Good, pour un monde meilleur ?

15 juillet 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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So Good, pour un monde meilleur ?

So Press n’arrête pas de lancer des magazines, comme So foot, Society, So film, So Lonely, Pédale !… Le dernier en date ? So Good. Comme ses petits camarades, So Good se singularise… ou plutôt justement ne se singularise pas par sa trame de fond : un magazine dans l’air qui temps, traitant de l’air du temps, sur tous les sujets, bêtement et même avec des bêlements (de mouton suiviste). Un coup d’œil respectueux de la nécessaire (dans ce cas précis) distanciation sociale.

So Press vu par l’OJIM, c’est par ici.

Comme ses cama­rades du même bord bobo libéral lib­er­taire, type Libéra­tion, urbain des métrop­o­les, électeur de Macron en 2017 puis des verts ou d’Hidalgo lors des récentes élec­tions munic­i­pales, heureux de voir nom­mer un adjoint à l’agriculture à Paris, sans doute, So Good ne fait pas dans le détail (à moins qu’il fasse au con­traire dans ses pro­pres points de détails idéologiques) et marche résol­u­ment dans le sens du vent. La cou­ver­ture du pre­mier numéro de ce nou­veau trimestriel (juin/juillet/août 2020) a tout, con­sciem­ment ou incon­sciem­ment, d’une affiche de type sovié­tique. Con­sciem­ment, probablement.

Fond rouge clair, per­son­nal­ités statu­fiées à la sovié­tique, une femme poli­tique fin­landaise de 34 ans, un « ado améri­cain qui inter­vient à l’ONU et attaque l’État améri­cain pour pro­téger la planète » et un noir « geek français qui se sert de la tech pour prévenir les prochaine crises ». Deux mem­bres des minorités vis­i­bles (au moins). Des per­son­nal­ités libérales lib­er­taires en dia­ble, cette con­cep­tion du monde qui a con­duit là où nous en sommes, néan­moins présen­tées comme des activistes de l’opposition à ce même monde. Incon­sciente ou pas, en effet, cette cou­ver­ture a tout de l’ancienne Prav­da, « la vérité », le quo­ti­di­en offi­ciel du par­ti com­mu­niste de l’URSS, celui qui dis­ait « la vérité » qu’il con­ve­nait de croire en masquant le réel der­rière une réal­ité inven­tée. Aujourd’hui, c’est So Good au pays des soviets.

D’ailleurs, une page com­plète l’affirme (page 63) : So good, c’est « plus qu’un mag­a­zine, un mou­ve­ment ».

Les accroches de cou­ver­ture : « hack­er, activiste cli­ma­tique, femme poli­tique, la généra­tion solu­tion ». Une sec­onde de frayeur chez le lecteur qui crût furtive­ment qu’il était écrit « solu­tion finale ». Il n’y a pas les mots mais l’idée est dans toutes les pages, une sorte de « ce sera nous et les autres dis­paraîtront car ils ont tort ».

116 pages, sans pub­lic­ité, co-édité avec la plate­forme de finance­ment par­tic­i­patif Ulule, So Good veut se con­sacr­er « aux ini­tia­tives citoyennes », lesquelles seraient par nature de gauche et social libérale (au-delà, c’est le Mor­dor). Il s’agirait donc de com­bat­tre « pour un monde meilleur » comme à la bonne et belle époque du cama­rade Staline.

Le fond ?

On le touche en effet, le fond. Après, une dou­ble page de « MERCI » aux abon­nés, le som­maire est édi­fi­ant. Le lecteur crois­era donc :

  • L’ado qui veut faire pli­er l’État améri­cain ? Un Amérin­di­en évidem­ment, sans quoi ce n’est pas assez légitime, qui lutte entre deux con­certs de hip hop. Son nom ? Xiuhtezctl Martinez.
  • Nadia Murad, prix Nobel de la paix, l’« esclave sex­uelle à 19 ans » de l’État islamique (là, on ne com­prend plus, c’est bien l’idéologie que l’Europe laisse tran­quille­ment se dévelop­per sur son ter­ri­toire, l’islamisme rad­i­cal ?), qui le dit : « par­fois il suf­fit d’une femme qui par­le », presque du Adèle Haenel dans le texte.
  • « En Fin­lande, la pre­mière (sic) min­istre San­na Marin est à peine trente­naire et a déjà 85 % d’opinions favor­ables. Com­ment fait-elle ? ». Où l’on com­prend que les opin­ions favor­ables et l’âge seraient liés ? Éton­nant, non ? En tout cas, « La Fin­lande est le pays le plus heureux du monde » et c’est nor­mal, c’est une femme qui le dirige non mais. Notons que « au gou­verne­ment comme sur Insta­gram elle innove et réforme pour plus d’égalité et de sol­i­dar­ité ». Il est vrai qu’une pre­mier min­istre qui réforme… sur Insta­gram, cela décoiffe. De quoi chang­er la vie. On rêverait presque d’un Sibeth Ndi­aye prési­dente en France, pour être meilleurs que les Finlandais.es.
  • Le hack­er noir est glo­ri­fié à par­tir de la page 82.
  • En Inde ? « Les femmes qui ont ravivé la riv­ière pour ramen­er la vie ». Ouf !
  • À Dakar ? « Les jeunes sur­fent pour rêver ». Re-Ouf !
  • Un reportage sur « La Croix Rouge détec­tive » qui œuvre à « rétablir les liens famil­i­aux » entre per­son­nes séparées par des cat­a­stro­phes (si l’on en croit les dessins, cela con­cerne seule­ment l’Afrique).
  • Une petite larme aus­si pour les koalas d’Australie, heureuse­ment sauvés par des chiens.

Ce sont les prin­ci­paux reportages. Femmes, ani­maux, gens de la diversité.
Il y a aus­si une foul­ti­tude de petites rubriques, des brèves, un peu chao­tiques comme savent le faire les mag­a­zines des­tinés non pas à être lus (le fond de l’encre est faible) mais feuil­letés d’un œil dis­trait, néan­moins heureux de se sen­tir chez soi dans ces pages.

Ain­si :

  • « Make your style great again » (vous aurez remar­qué la fine référence à Trump ?), c’est au sujet de votre look. Sans mau­vais esprit, une page que le directeur de l’OJIM devrait lire.
  • « Good test », « 5 ques­tions opti­mistes » car il faut se la jouer feel good, c’est même l’objet de toute une « lit­téra­ture » aujourd’hui et de ce So Good.
  • « Les change mak­ers de So Good. Make good things hap­pen » (pour mémoire, c’est un trimestriel français). Ce sont quelques pages des­tinées à vous con­va­in­cre d’aller rem­plir des cagnottes sur Ulule. Par exem­ple, le pro­jet « nique pas ta mer », des­tiné à trans­former les bouteilles plas­tiques en bas­kets ou « Les P’tits doudous », for­cé­ment, on est entre bobos.
  • Bien sûr, le con­traire était impos­si­ble : une page, la 71, vous invite à aller cagnot­ter pour le « Pro­jet SOS Méditer­ranée » sur Ulule pour « agir pour sauver des vies ». Sur ce dernier point, les avis seront évidem­ment partagés et qui pense que l’association en ques­tion par­ticipe du traf­ic d’êtres humains, ain­si que de leur mort, ne devra pas se sen­tir obligé de don­ner de l’argent. Il pour­ra s’orienter plutôt vers 1083, le jean 100 % français. Avec So Good, tout est égal : la vie des gens et les jeans.
  • Page 90, on vous ori­ente vers la coopéra­tive agri­cole la plus proche de chez vous parce que « demain c’est main­tenant ». C’est de l’agriculture, c’est du bio mais ce n’est, à en croire la carte pro­posée par le mag­a­zine, qu’en ville… Pour­tant… pour­tant, la rumeur affirme que dans le monde rural…

Finale­ment, So Good est un vrai bon moyen, vrai­ment, de com­pren­dre son prochain électeur de Macron, de la gauche et/ou des verts. Vu de l’extérieur, il est facile de se tromper et de croire qu’il est cul­tivé, fin, intel­li­gent et qu’il vote selon son esprit cri­tique. Il n’en est rien : il vote en suiv­ant la doc­trine offi­cielle, dont So good est main­tenant l’un des sup­ports agrées.

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