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Dossier : StreetPress, site-vitrine mais entreprise réelle de formatage Idéologique

3 novembre 2014

Temps de lecture : 8 minutes
Accueil | Pascal Houzelot | Dossier : StreetPress, site-vitrine mais entreprise réelle de formatage Idéologique

Dossier : StreetPress, site-vitrine mais entreprise réelle de formatage Idéologique

Né en décembre 2009, StreetPress veut jouer dans la cour des grands « nouveaux médias », comme Médiapart ou Rue89. Dans le monde des tout-en-ligne, il fait pourtant figure de petit poucet, et mise sur des formats rares à l’écran : les articles publiés nécessitent en moyenne cinq minutes de lecture, à l’image des articles au long cours publiés dans les magazines.

Street­Press ne réag­it pas à l’actualité ; fonc­tion­nant avec une équipe plutôt réduite, il ne pour­rait pas rivalis­er avec la nom­breuse con­cur­rence. Au con­traire, le site préfère dérouler une ligne édi­to­ri­ale « jeune » (pour ne pas dire jeu­niste) avec des sujets qui revi­en­nent comme des obses­sions.

L’information anecdotique tient aussi une place étonnamment importante chez StreetPress.

L’information anec­do­tique tient aus­si une place éton­nam­ment impor­tante chez Street­Press.

La dénon­ci­a­tion de « l’extrême droite » est l’un de des thèmes les plus étudiés. Chaque mois, ou plus sou­vent, selon son humeur, la rédac­tion pro­pose un flo­rilège du « pire de la presse d’extrême droite ». Street­Press se gausse des ennuis judi­ci­aires et financiers de ces con­frères haïs et met en exer­gue des phras­es cen­sées décrédi­bilis­er les idées sup­posées « patri­otes » ou tout sim­ple­ment d’inspiration chré­ti­enne.

À l’inverse, les clan­des­tins que Street­Press préfère appel­er « sans-papiers », béné­fi­cient de toute la bien­veil­lance du site. Branché (ou croy­ant l’être), Street­Press s’attache à tout ce qui est jeune, ou plutôt à tout ce qui « fait jeune ». Les jour­nal­istes y pren­nent assez explicite­ment par­ti pour les voy­ous des ban­lieues con­tre les policiers, comme dans un arti­cle récent inti­t­ulé Le busi­ness des out­rages.

L’information anec­do­tique tient aus­si une place éton­nam­ment impor­tante chez Street­Press. La rédac­tion n’hésite pas à con­sacr­er par exem­ple un arti­cle assez long à une vente de cas­settes audio qui, de son pro­pre aveu, n’attire que quelques dizaines d’amateurs. C’est comme cela que Street­Press entend hiérar­chis­er l’information.

Les phénomènes de société, comme l’immigration — tou­jours présen­té sous le même angle lau­datif — le sexe, l’homosexualité, sont beau­coup plus sou­vent traités que les ques­tions économiques. Les arti­cles cul­turels, eux, sont réservés au seul art (très) con­tem­po­rain.

Un succès en demi-teinte

Les for­mats longs peinent à trou­ver leur pub­lic sur Inter­net. Ceux de Street­Press dans lesquels quelques rares infor­ma­tions sont sou­vent per­dues au milieu d’un long réc­it ne sem­blent pas faire excep­tion à la règle.

Pour se faire une idée de l’audience du site, il faut aller sur les réseaux soci­aux. Eux seuls, avec les nom­bres d’abonnements et les men­tions “j’aime”, peu­vent nous don­ner une idée de l’influence de Street­Press. Les quelques 10 000 “j’aime” récoltés sur Face­book par le site font pâle fig­ure à côté des 70 000 men­tions de Boule­vard Voltaire, le site fondé par Robert Ménard d’inspiration opposée et pour­tant plus récent. Rue89, auquel Street­Press voudrait se com­par­er, évolue car­ré­ment dans une autre galax­ie avec plus de 420 000 “j’aime”.

Sur Twit­ter, l’audience de Street­Press n’est pas plus impor­tante. Pour un site qui entend s’adresser aux jeunes urbains, en pointe sur les réseaux soci­aux, c’est une piètre per­for­mance.

Au-delà du suivi de la page, l’écho des arti­cles pris indi­vidu­elle­ment est lui aus­si lim­ité. Sur Face­book, les arti­cles pub­liés par Street­Press peinent à rassem­bler plus de trente men­tions “j’aime”, tan­dis que les com­men­taires restent rares. À titre de com­para­i­son, Boule­vard Voltaire récolte quo­ti­di­en­nement plus de cent men­tions sur cer­tains de ses arti­cles.

Un modèle économique étrange

L’accès aux arti­cles de Street­Press est entière­ment gra­tu­it. Alors com­ment, en dépit d’une fréquen­ta­tion plutôt mod­este, le site peut-il rémunér­er une équipe de neuf per­son­nes et pay­er ses frais de fonc­tion­nement ?

Offi­cielle­ment, Street­Press vit de la pub­lic­ité. Le directeur du site, Johan Weisz-Myara, évoque des parte­nar­i­ats avec des annon­ceurs qui, au lieu d’acheter des espaces pub­lic­i­taires comme cela se fait régulière­ment, paieraient pour des lots d’articles met­tant en valeur leurs pro­duits ou leur cause. Le tout sans droit de regard sur le con­tenu pro­duit. À la lec­ture du site, la réus­site ne saute pas aux yeux, tant on peine à trou­ver ces arti­cles pub­lic­i­taires.

Il y a bien, sur le site, plusieurs plac­ards pub­lic­i­taires. Mais l’audience appar­ente fait douter de la via­bil­ité d’un mod­èle pub­lic­i­taire qui ne per­met pas même de faire vivre les cham­pi­ons du secteur.

Pour faire fonc­tion­ner son site et pay­er toutes ses charges, Street­Press sem­ble avoir trou­vé un autre mod­èle, sans vrai­ment l’avouer.

Abel Mestre chez StreetPress.

Abel Mestre, le jour­nal­iste du Monde spé­cial­isé dans la chas­se aux sor­cières et au FN, chez Street­Press. DR

Street­Press a en effet mis sur pied un pro­gramme de for­ma­tion pour appren­tis jour­nal­istes : la Street School. Il ne s’agit pas vrai­ment d’une école de jour­nal­isme, même si le terme est util­isé par ses pro­mo­teurs. La Street School est plutôt un pro­gramme de for­ma­tion très accélérée, avec des cours unique­ment organ­isés le same­di, quinze semaines par an. Les par­tic­i­pants au pro­gramme béné­fi­cient de cours dis­pen­sés par les jour­nal­istes de Street­Press et par des inter­venants extérieurs, comme par exem­ple le 10 juin 2014, Abel Mestre, le jour­nal­iste du Monde spé­cial­isé dans la chas­se aux sor­cières et au FN…

Jour­nal­iste engagé, Mestre ne craint pas les rac­cour­cis. Devant les audi­teurs de la Street School, il démon­trait en effet que le FN était un par­ti « extrémiste » parce que la préférence nationale, qu’il défend, « a été con­sid­érée comme illé­gale par un tri­bunal admin­is­tratif ». Un raison­nement étrange. Le tri­bunal admin­is­tratif de Paris ayant inter­dit le tra­vail du dimanche chez Sépho­ra en juil­let 2013, fau­dra-t-il con­sid­ér­er comme « extrémiste » tout élu défen­dant le tra­vail domini­cal ?

Gra­tu­ite, la for­ma­tion est spon­sorisée par des parte­naires. Et ce sont ces parte­naires qui sem­blent pou­voir con­stituer une source impor­tante de revenus la plus fiable pour la petite entre­prise de Johan Weisz.

Des sponsors engagés

La liste de ceux qui sou­ti­en­nent la Street School, et donc Street­Press, est affichée sur le site du pro­gramme de for­ma­tion, sans qu’apparaisse claire­ment la nature ou le niveau de con­tri­bu­tion de cha­cun. Par­mi ces sou­tiens fig­urent des médias : le gra­tu­it Metronews, le mag­a­zine So Foot ou Radio Cam­pus. Tous ces parte­naires médias ne dis­posent pas de la même force de frappe et il est dif­fi­cile de con­naître la nature de leur sou­tien.

Mais le pro­gramme est aus­si soutenu par des parte­naires dont la puis­sance finan­cière ne fait aucun doute. Free, l’opérateur de télé­com­mu­ni­ca­tions du mil­liar­daire Xavier Niel, fait par­tie de la liste. L’homme, co-action­naire du Monde et du Nou­v­el Obser­va­teur, est con­nu pour inve­stir des sommes con­sid­érables dans les médias.

À côté de Free fig­ure la fon­da­tion Evens, du nom d’un cou­ple de phil­an­thropes belges pas­sion­nés par la con­struc­tion européenne. Sur son site, la fon­da­tion explique qu’elle sou­tient des pro­jets « qui con­tribuent au pro­grès et au ren­force­ment d’une Europe fondée sur la diver­sité cul­turelle et sociale ». Un vrai petit man­i­feste poli­tique en une phrase.

Un autre phil­an­thrope, beau­coup moins dis­cret que la famille Evens, appa­raît égale­ment par­mi les sou­tiens de la Street School : George Soros.. Le mil­liar­daire améri­cain, qui a fait for­tune en spécu­lant sur les devis­es, s’est fait une spé­cial­ité de soutenir des caus­es poli­tiques par l’intermédiaire des Open Soci­ety Foun­da­tions. Soros est notam­ment con­nu pour avoir offert un tré­sor de guerre 100 mil­lions d’euros à Human Rights Watch, une asso­ci­a­tion qui, sous cou­vert de pro­mo­tion des droits de l’homme, avait cri­tiqué la loi française inter­dis­ant le port du voile inté­gral dans la rue. Le mil­liar­daire se vante égale­ment d’avoir financé l’insurrection de la place Maï­dan, fin 2013 en Ukraine. Soros est aus­si sou­vent asso­cié au grou­pus­cule Femen qu’il financerait. Enfin son nom est régulière­ment évo­qué comme un « parte­naire » de la CIA (une de ses fon­da­tions dirige aujourd’hui radio Free Europe/Radio Lib­er­ty, la radio de la CIA pen­dant la guerre froide ! voir ici pour en savoir plus : Soros, le maîtres des ONG) Autant de par­tis pris qui pour­raient intro­duire un véri­ta­ble biais dans l’analyse jour­nal­is­tique de Street­Press.

Des mercenaires du journalisme

StreetPress est éditeur de H, le magazine des jeunes médecins

Street­Press est édi­teur de H, le mag­a­zine des jeunes médecins.

En lisant atten­tive­ment les pages du site, on apprend que Street­Press est édi­teur de H, le mag­a­zine des jeunes médecins. Éma­na­tion de l’Inter-syndicat Nation­al des Internes (ISNI), ce trimestriel gra­tu­it a été con­fié à Street­Press à l’occasion de sa refonte, à l’automne 2013. Le ton de H est calqué sur celui de Street­Press : urbain et branché, c’est un out­il de séduc­tion pour le syn­di­cat pro­fes­sion­nel.

L’ours du mag­a­zine pré­cise que la rédac­tion est dirigée par Johan Weisz, sec­ondé par Elsa Bastien et d’une bonne par­tie de l’équipe de Street­Press. Autant de per­son­nes rémunérées, au moins par­tielle­ment, par l’ISNI. De quoi ques­tion­ner l’indépendance de Street­Press le jour où le site trait­era cer­tains sujets liés à la san­té.

Street­Press ressem­ble finale­ment davan­tage à une vit­rine des­tinée à van­ter une équipe de rédac­teurs qui vendent leurs ser­vices pour la for­ma­tion ou l’édition, qu’à un véri­ta­ble média qui rechercherait l’équilibre économique dans un parte­nar­i­at avec ses lecteurs et, éventuelle­ment, des annon­ceurs attirés par ces lecteurs.

La for­ma­tion en école de com­merce du patron du site, Johan Weisz-Myara, n’y est peut-être pas étrangère. Diplômé de l’ESSEC, Weisz — con­nu à l’état-civil sous le nom de Jonathan Myara — est né en 1983. Il a com­mencé sa car­rière Jour­nal­is­tique à Radio Shalom, une radio com­mu­nau­taire juive de gauche. À cette époque, il a co-signé un livre, OPA sur les juifs de France (Cécila Gabi­zon et Johan Weisz, OPA sur les Juifs de France. Enquête sur un exode pro­gram­mé 2000–2005, Gras­set, 2006, 264 pages) dans lequel il enquê­tait sur un exode de la dias­po­ra juive de France vers Israël organ­isé par l’État hébreu. Weisz y dénonçait notam­ment le rap­proche­ment de la com­mu­nauté avec « le rad­i­cal­isme de droite pour mieux s’op­pos­er au dan­ger islamiste perçu comme pri­or­i­taire ».

Johan Weisz, un homme de réseaux

Johan Weisz-Myara

Johan Weisz-Myara. Crédit : DR

Entre­pre­neur, Johan Weisz est un homme de réseaux. Il est notam­ment lié à l’historien social­iste Patrick Weil à plusieurs titres. Celui-ci est d’abord action­naire de Street­Press. Weil a aus­si accueil­li Street­Press pen­dant plusieurs mois dans les locaux de Bib­lio­thèques sans fron­tières, une ONG qu’il pré­side. Weil a enfin colonnes ouvertes chez Street­Press, où il exprime assez régulière­ment ses idées sur l’immigration ou l’intégration. Ancien mem­bre de la com­mis­sion Stasi et du Haut Con­seil à l’Intégration, c’est un par­ti­san déclaré de l’extension du droit du sol.

Le nom de Johan Weisz est aus­si sou­vent asso­cié à celui de Cécil­ia Gabi­zon. Jour­nal­iste expéri­men­tée, elle est aujourd’hui rédac­trice en chef de la ver­sion en ligne de Madame Figaro. C’est notam­ment avec elle que Johan Weisz a écrit OPA sur les juifs de France. C’est égale­ment avec Cécil­ia Gabi­zon qu’il a fondé Street­Press, puis la Street School. Elle appa­raît aujourd’hui en tant que direc­trice péd­a­gogique du pro­gramme de for­ma­tion en jour­nal­isme. Elle donne des cours qui peu­vent être écoutés en ligne, sur les plate­formes d’hébergement de vidéos.

Dans la droite ligne édi­to­ri­ale de Street­Press, Cécil­ia Gabi­zon défend un jour­nal­isme de ter­rain. Fière d’être née de par­ents étrangers, elle explique que les gens ont « une per­cep­tion étroite du monde ». Aux jour­nal­istes, donc, de leur ouvrir les yeux. Elle invite vive­ment ses ouailles à se ren­dre en ban­lieue, son ter­rain préféré lorsqu’elle était grand-reporter au Figaro. Et quand elle racon­te un reportage au cours duquel, en octo­bre 2001, elle avait enten­du des jeunes de ban­lieue lui dire que « Ous­sama [Ben Laden] il est trop fort », c’est pour expli­quer à son pub­lic que c’est pour eux une façon de faire enten­dre la « sit­u­a­tion sociale trop dif­fi­cile » de « ces gamins ». Une façon assez per­son­nelle d’interpréter les faits.

Entouré de ses influ­ents financiers, Street­Press est sans doute un out­il de for­matage plus influ­ent qu’il n’y paraît, en par­ti­c­uli­er grâce à ses activ­ités de for­ma­tion. Der­rière le site, c’est finale­ment une entre­prise dis­crète mais vraisem­blable­ment effi­cace d’un point de vue financier que nous avons décou­verte. Une entre­prise où libéral­isme socié­tal et libéral­isme économique marchent main dans la main.

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