L’affaire Théo : une fake news d’État ?

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Rediffusion. Première diffusion le 8 février 2018

À l’orée d’une élection présidentielle, il n’est pas rare que la France connaisse une hystérie médiatique liée à un fait divers. C’est même devenu la norme. L’approche des présidentielles de 2017 n’a pas fait exception, avec l’affaire Théo. La vidéo de l’interpellation récemment rendue publique fait douter de la version jusqu’alors officielle.

Un an après, l’affaire Théo ressemble plus à un symptôme idéologique qu’à une affaire véritable. Ce que les médias dits de « réinformation » et supposés moins professionnels que les médias officiels du pouvoir disaient déjà à l’époque semble se vérifier. Maintenant que la vidéo de l’interpellation de Théo a été rendue publique, par Europe 1, le lundi 29 janvier 2018, il semble bien qu’il n’y ait pas eu d’affaire Théo. Ou plutôt, que si affaire Théo il y a eu ce serait celle d’une manipulation politico-médiatique : l’utilisation à des fins électorales et sensationnelles de ce qui apparaît de plus en plus comme le mensonge d’un jeune délinquant de banlieue. Un seul menteur potentiel issu de l’immigration pourrait ainsi suffire pour influer sur l’ensemble de la société française et sur des élections présidentielles ? Théo, où le symbole du Mal idéologique qui gangrène la République française ?

Le jour d’avant : retour sur une prétendue affaire

Résumons les faits survenus le jeudi 2 février 2017 : Théodore L, « fan de foot et respecté dans tout le quartier », si l’on en croit Le Parisien du 6 février 2017, est interpellé et arrêté par les forces de l’ordre dans le quartier de la Rose des Vents à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, plus précisément sur une de ces grandes dalles de béton qui caractérisent certaines cités du territoire français. Dans un département qui semble de plus en plus au bord de la partition, le quartier est connu comme étant l’un de ces « territoires perdus » de la République où règne plus la violence que l’État de droit et où, de notoriété publique autant que médiatique, la police a du mal à intervenir. Le récent exemple des violences de Champigny suffit à le démontrer. Le 2 février 2017, quatre policiers arrivent sur la dalle pour contrôler les personnes s’y trouvant. L’ambiance est loin d’être sereine mais les représentants de l’ordre sont rompus à l’exercice : ils sont pour le moins mal accueillis, en règle générale. Maîtrisé par les policiers, Théo est blessé au niveau du bas du dos. Selon le jeune délinquant, les policiers l’auraient abreuvé d’insultes à caractère raciste, tabassé sur la dalle et ensuite dans le véhicule de service et l’un des fonctionnaires, l’aurait volontairement violé avec une matraque. Se présentant comme « éducateur de quartier », le jeune homme de 22 ans devient immédiatement un symbole des violences policières à caractère raciste dont seraient victimes comme par nature les « jeunes » des banlieues, dont la responsabilité dans les violences et trafics en tout genre, quel que soit leur âge, est régulièrement passée sous silence par les médias officiels, au même titre que leurs origines ethniques. C’est pourtant la raison principale pour laquelle ces « jeunes » peuplent les prisons.

Depuis le début, les policiers ne racontent pas la même histoire, indiquant que Théo, comme d’autres, aurait tenté d’empêcher l’interpellation d’un dealer, puis aurait résisté à sa propre interpellation, frappant l’un des policiers et refusant de se laisser mettre les menottes. La version de Théo est celle qui a été retenue par l’ensemble du monde médiatique officiel les jours suivant les événements, mais aussi par l’État puisque le président de la République d’alors, François Hollande, a rendu une visité très médiatisée à Théo sur son lit d’hôpital. Hollande envisageait alors toujours de se présenter aux présidentielles. Ainsi, Théodore L. est apparu comme une victime innocente de violences policières en même temps que de ce que des intellectuels et universitaires de gauche considèrent comme un « racisme d’État » : la politique menée dans les banlieues françaises, laquelle serait de type « colonial ». De quoi ramener des électeurs dans les isoloirs, un tel fait divers, un peu comme lorsque l’on affronte une candidate supposément d’extrême droite et que l’on se rend en visite à Oradour-sur-Glane. Le seul problème dans cette affaire ? La vidéo diffusée le 29 janvier 2018 par Europe 1 montre clairement que d’affaire Théo il n’y a pas eu. Et surtout, que la version des policiers est la bonne, une version à laquelle il eut été responsable, de la part des élus de la République et des médias officiels, de donner un peu plus de crédit. Après tout, la parole de policiers de la République n’a-t-elle pas au moins autant de valeur que celle d’un jeune délinquant ?

Le jour d’après ?

La question de la crédibilité de Théo et de la réalité de cette affaire pouvait déjà être mise en doute il y a un an, certains médias ayant discrètement signalé, tout en appelant à ne pas faire d’amalgame, que la famille de Théo n’était pas blanche comme neige. Sa famille ayant créé une association (Aulnay Events) au sujet de laquelle le parquet de Bobigny avait ouvert dès 2016 une enquête pour escroquerie et abus de confiance. Les gentils « éducateurs de rue » auraient détourné, au fil des ans, près de 700 000 euros versés en subventions au titre des « emplois aidés », et de la politique voulue par le président Hollande. Le tout s’élèverait en réalité à environ un million d’euros — l’association ayant oublié de verser 300 000 euros de cotisations sociales. Alors escroquerie organisée en famille et en profitant des largesses clientélistes d’une partie de la classe politique ? Avec le soutien d’une ample majorité de médias toujours prêts à voir une victime en la personne d’un homme de couleur, au nom d’un antiracisme devenu inconscient de vectoriser, justement, une nouvelle forme de racialisme ? En tout cas, ce que révèle la vidéo est clair : la version policière saute aux yeux, et en effet, devant la résistance de Théo, l’un des policiers fait un geste habituel dans ce type de cas. Il cherche à mettre le jeune délinquant au sol en le frappant à l’arrière du corps. Le coup ne frappe pas au bon endroit, il faut dire que les policiers agissent sous la menace et les insultes d’autres « jeunes » issus de l’immigration, mais plus haut. Il est cependant évident, à voir cette vidéo, que le policier ne « viole » aucunement Théo.

Qu’en disent les médias en ce début 2018 ?

Pour Europe 1, les choses sont claires : la version de Théo est « invalidée » par la vidéo. Cependant, le média signale que le policier ayant été l’auteur de violences devra s’expliquer. L’observateur ne peut que se demander comment les policiers pourraient faire régner l’ordre en des endroits à ce point laissés entre les mains de délinquants s’ils ne peuvent pas forcer l’un de ces derniers à obéir en usant de la matraque. Peut-être devrait-on envisager d’équiper les policiers de la République de bouquets de fleurs ? BFM donne quant à elle la parole à l’avocat de Théo, Mr Dupond-Moretti, par ailleurs avocat du frère de Mohamed Merah, qui insiste sur le fait que le « jeune homme a été violé ». Pour Le Monde, après la diffusion de la vidéo, l’affaire prendrait une tournure encore plus grave, mettant « en lumière le tabou des violences sexuelles dans les cités ». Ce ne serait que la face cachée d’un iceberg. Pour 20 Minutes, la cité des 3000 « a la mémoire à vif », tandis que L’Obs reste fort neutre. Ce n’est pas le cas de France 3 qui choisit de rencontrer Théo Luhaka chez lui. Il en va de même aux Inrocks, où l’on demande à Théo de « raconter sa vie un an après ». Le 31 janvier, Libération va plus loin en se demandant si les images de la vidéo diffusée par Europe 1 n’auraient pas été « volontairement » dégradées, autrement dit rendues « floues » quand elles montrent la scène du coup ! Afin de masquer la violence policière qui semble alors comme évidente ou naturelle pour le quotidien de la gauche caviar ? Libération n’accuse pas, se contentant de s’interroger sur la différence de qualité des images… Le quotidien veille à se maintenir à distance de toute fake news potentielle. Il est partout supposé que Théo a été victime d’une violence policière et qu’il est une victime, jamais que les policiers puissent dire la vérité et avoir simplement tenté de faire leur travail dans des conditions difficiles, ces mêmes conditions subies chaque jour par la police en ces cités et face à des jeunes tels que Théo. Aucun de ces médias ne signale plus la procédure en cours à l’encontre de la famille Luhaka en son ensemble, y compris de Théo.

Par contre, Le Figaro insiste le 30 janvier 2018 sur « la colère des policiers », excédés d’être considérés comme des délinquants ayant affaire à des victimes angéliques par origine et nature, tandis que Valeurs Actuelles rapporte les propos de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot, les trois considérant que la vidéo fait « éclater la vérité au grand jour ». Une vérité qui avait pourtant déjà été proclamé par la directrice de l’IGPN en février 2017. La grande leçon de la prétendue affaire Théo est peut-être là, dans ce fait qu’il n’y a pas d’affaire Théo mais une haine généralisée de la France, dont la police est la première victime, et certains médias les premiers complices.

Qui contrôle qui et comment ?

Avec une telle « affaire », il va être délicat de mener la politique contre les fake news demandée par le président de la République : comment empêcher l’ensemble des médias officiels de s’exprimer lors d’une campagne électorale ? Quand ce sont ces médias qui influent sur l’élection en propageant en continu la fake news du « viol » d’un jeune délinquant par les forces de l’ordre de la République ? Quand le monde médiatico-politique croit plus un glandeur dealer, soupçonné d’escroquerie à grande échelle à l’encontre de l’État, que des forces de l’ordre, au sujet desquelles la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, source de la Constitution, indique pourtant clairement combien elles sont nécessaires à l’existence même d’une société ? Une existence à laquelle il semble a contrario qu’un Théo contribue fort peu.

Crédit photo : benjamin jan via Flickr (cc)