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Retour sur l’affaire Théo une fake news des médias dominants

6 juin 2018

Temps de lecture : 6 minutes
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Retour sur l’affaire Théo une fake news des médias dominants

L’interpellation de Théo avait fait la une de l’actualité en février 2017 et l’avait transformé en héros des médias. Le mardi 6 juin 2018, Théo lui-même et plusieurs membres de sa famille ont été interpellés à leur domicile familial d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) par des enquêteurs du département, selon des informations du Parisien. Cinq personnes, Théo inclus, sont en garde à vue, soupçonnées de détournement de subventions. Nous revenons sur l’affaire avec notre article sur le sujet, publié le 8 février et repris le 8 avril 2018.

L’affaire Théo : une fake news d’État ?

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 8 févri­er 2018

À l’orée d’une élection présidentielle, il n’est pas rare que la France connaisse une hystérie médiatique liée à un fait divers. C’est même devenu la norme. L’approche des présidentielles de 2017 n’a pas fait exception, avec l’affaire Théo. La vidéo de l’interpellation récemment rendue publique fait douter de la version jusqu’alors officielle.

Un an après, l’affaire Théo ressem­ble plus à un symp­tôme idéologique qu’à une affaire véri­ta­ble. Ce que les médias dits de « réin­for­ma­tion » et sup­posés moins pro­fes­sion­nels que les médias offi­ciels du pou­voir dis­aient déjà à l’époque sem­ble se véri­fi­er. Main­tenant que la vidéo de l’interpellation de Théo a été ren­due publique, par Europe 1, le lun­di 29 jan­vi­er 2018, il sem­ble bien qu’il n’y ait pas eu d’affaire Théo. Ou plutôt, que si affaire Théo il y a eu ce serait celle d’une manip­u­la­tion politi­co-médi­a­tique : l’utilisation à des fins élec­torales et sen­sa­tion­nelles de ce qui appa­raît de plus en plus comme le men­songe d’un jeune délin­quant de ban­lieue. Un seul menteur poten­tiel issu de l’immigration pour­rait ain­si suf­fire pour influer sur l’ensemble de la société française et sur des élec­tions prési­den­tielles ? Théo, où le sym­bole du Mal idéologique qui gan­grène la République française ?

Le jour d’avant : retour sur une prétendue affaire

Résumons les faits sur­venus le jeu­di 2 févri­er 2017 : Théodore L, « fan de foot et respec­té dans tout le quarti­er », si l’on en croit Le Parisien du 6 févri­er 2017, est inter­pel­lé et arrêté par les forces de l’ordre dans le quarti­er de la Rose des Vents à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, plus pré­cisé­ment sur une de ces grandes dalles de béton qui car­ac­térisent cer­taines cités du ter­ri­toire français. Dans un départe­ment qui sem­ble de plus en plus au bord de la par­ti­tion, le quarti­er est con­nu comme étant l’un de ces « ter­ri­toires per­dus » de la République où règne plus la vio­lence que l’État de droit et où, de notoriété publique autant que médi­a­tique, la police a du mal à inter­venir. Le récent exem­ple des vio­lences de Champigny suf­fit à le démon­tr­er. Le 2 févri­er 2017, qua­tre policiers arrivent sur la dalle pour con­trôler les per­son­nes s’y trou­vant. L’ambiance est loin d’être sere­ine mais les représen­tants de l’ordre sont rom­pus à l’exercice : ils sont pour le moins mal accueil­lis, en règle générale. Maîtrisé par les policiers, Théo est blessé au niveau du bas du dos. Selon le jeune délin­quant, les policiers l’auraient abreuvé d’insultes à car­ac­tère raciste, tabassé sur la dalle et ensuite dans le véhicule de ser­vice et l’un des fonc­tion­naires, l’aurait volon­taire­ment vio­lé avec une matraque. Se présen­tant comme « édu­ca­teur de quarti­er », le jeune homme de 22 ans devient immé­di­ate­ment un sym­bole des vio­lences poli­cières à car­ac­tère raciste dont seraient vic­times comme par nature les « jeunes » des ban­lieues, dont la respon­s­abil­ité dans les vio­lences et trafics en tout genre, quel que soit leur âge, est régulière­ment passée sous silence par les médias offi­ciels, au même titre que leurs orig­ines eth­niques. C’est pour­tant la rai­son prin­ci­pale pour laque­lle ces « jeunes » peu­plent les pris­ons.

Depuis le début, les policiers ne racon­tent pas la même his­toire, indi­quant que Théo, comme d’autres, aurait ten­té d’empêcher l’interpellation d’un deal­er, puis aurait résisté à sa pro­pre inter­pel­la­tion, frap­pant l’un des policiers et refu­sant de se laiss­er met­tre les menottes. La ver­sion de Théo est celle qui a été retenue par l’ensemble du monde médi­a­tique offi­ciel les jours suiv­ant les événe­ments, mais aus­si par l’État puisque le prési­dent de la République d’alors, François Hol­lande, a ren­du une vis­ité très médi­atisée à Théo sur son lit d’hôpital. Hol­lande envis­ageait alors tou­jours de se présen­ter aux prési­den­tielles. Ain­si, Théodore L. est apparu comme une vic­time inno­cente de vio­lences poli­cières en même temps que de ce que des intel­lectuels et uni­ver­si­taires de gauche con­sid­èrent comme un « racisme d’État » : la poli­tique menée dans les ban­lieues français­es, laque­lle serait de type « colo­nial ». De quoi ramen­er des électeurs dans les isoloirs, un tel fait divers, un peu comme lorsque l’on affronte une can­di­date sup­posé­ment d’extrême droite et que l’on se rend en vis­ite à Oradour-sur-Glane. Le seul prob­lème dans cette affaire ? La vidéo dif­fusée le 29 jan­vi­er 2018 par Europe 1 mon­tre claire­ment que d’affaire Théo il n’y a pas eu. Et surtout, que la ver­sion des policiers est la bonne, une ver­sion à laque­lle il eut été respon­s­able, de la part des élus de la République et des médias offi­ciels, de don­ner un peu plus de crédit. Après tout, la parole de policiers de la République n’a‑t-elle pas au moins autant de valeur que celle d’un jeune délin­quant ?

Le jour d’après ?

La ques­tion de la crédi­bil­ité de Théo et de la réal­ité de cette affaire pou­vait déjà être mise en doute il y a un an, cer­tains médias ayant dis­crète­ment sig­nalé, tout en appelant à ne pas faire d’amalgame, que la famille de Théo n’était pas blanche comme neige. Sa famille ayant créé une asso­ci­a­tion (Aulnay Events) au sujet de laque­lle le par­quet de Bobigny avait ouvert dès 2016 une enquête pour escro­querie et abus de con­fi­ance. Les gen­tils « édu­ca­teurs de rue » auraient détourné, au fil des ans, près de 700 000 euros ver­sés en sub­ven­tions au titre des « emplois aidés », et de la poli­tique voulue par le prési­dent Hol­lande. Le tout s’élèverait en réal­ité à env­i­ron un mil­lion d’euros — l’association ayant oublié de vers­er 300 000 euros de coti­sa­tions sociales. Alors escro­querie organ­isée en famille et en prof­i­tant des largess­es clien­télistes d’une par­tie de la classe poli­tique ? Avec le sou­tien d’une ample majorité de médias tou­jours prêts à voir une vic­time en la per­son­ne d’un homme de couleur, au nom d’un antiracisme devenu incon­scient de vec­toris­er, juste­ment, une nou­velle forme de racial­isme ? En tout cas, ce que révèle la vidéo est clair : la ver­sion poli­cière saute aux yeux, et en effet, devant la résis­tance de Théo, l’un des policiers fait un geste habituel dans ce type de cas. Il cherche à met­tre le jeune délin­quant au sol en le frap­pant à l’arrière du corps. Le coup ne frappe pas au bon endroit, il faut dire que les policiers agis­sent sous la men­ace et les insultes d’autres « jeunes » issus de l’immigration, mais plus haut. Il est cepen­dant évi­dent, à voir cette vidéo, que le polici­er ne « vio­le » aucune­ment Théo.

Qu’en disent les médias en ce début 2018 ?

Pour Europe 1, les choses sont claires : la ver­sion de Théo est « invalidée » par la vidéo. Cepen­dant, le média sig­nale que le polici­er ayant été l’auteur de vio­lences devra s’expliquer. L’observateur ne peut que se deman­der com­ment les policiers pour­raient faire régn­er l’ordre en des endroits à ce point lais­sés entre les mains de délin­quants s’ils ne peu­vent pas forcer l’un de ces derniers à obéir en usant de la matraque. Peut-être devrait-on envis­ager d’équiper les policiers de la République de bou­quets de fleurs ? BFM donne quant à elle la parole à l’avocat de Théo, Mr Dupond-Moret­ti, par ailleurs avo­cat du frère de Mohamed Mer­ah, qui insiste sur le fait que le « jeune homme a été vio­lé ». Pour Le Monde, après la dif­fu­sion de la vidéo, l’affaire prendrait une tour­nure encore plus grave, met­tant « en lumière le tabou des vio­lences sex­uelles dans les cités ». Ce ne serait que la face cachée d’un ice­berg. Pour 20 Min­utes, la cité des 3000 « a la mémoire à vif », tan­dis que L’Obs reste fort neu­tre. Ce n’est pas le cas de France 3 qui choisit de ren­con­tr­er Théo Luha­ka chez lui. Il en va de même aux Inrocks, où l’on demande à Théo de « racon­ter sa vie un an après ». Le 31 jan­vi­er, Libéra­tion va plus loin en se deman­dant si les images de la vidéo dif­fusée par Europe 1 n’auraient pas été « volon­taire­ment » dégradées, autrement dit ren­dues « floues » quand elles mon­trent la scène du coup ! Afin de mas­quer la vio­lence poli­cière qui sem­ble alors comme évi­dente ou naturelle pour le quo­ti­di­en de la gauche caviar ? Libéra­tion n’accuse pas, se con­tentant de s’interroger sur la dif­férence de qual­ité des images… Le quo­ti­di­en veille à se main­tenir à dis­tance de toute fake news poten­tielle. Il est partout sup­posé que Théo a été vic­time d’une vio­lence poli­cière et qu’il est une vic­time, jamais que les policiers puis­sent dire la vérité et avoir sim­ple­ment ten­té de faire leur tra­vail dans des con­di­tions dif­fi­ciles, ces mêmes con­di­tions subies chaque jour par la police en ces cités et face à des jeunes tels que Théo. Aucun de ces médias ne sig­nale plus la procé­dure en cours à l’encontre de la famille Luha­ka en son ensem­ble, y com­pris de Théo.

Par con­tre, Le Figaro insiste le 30 jan­vi­er 2018 sur « la colère des policiers », excédés d’être con­sid­érés comme des délin­quants ayant affaire à des vic­times angéliques par orig­ine et nature, tan­dis que Valeurs Actuelles rap­porte les pro­pos de Marine Le Pen, Nico­las Dupont-Aig­nan et Flo­ri­an Philip­pot, les trois con­sid­érant que la vidéo fait « éclater la vérité au grand jour ». Une vérité qui avait pour­tant déjà été proclamé par la direc­trice de l’IGPN en févri­er 2017. La grande leçon de la pré­ten­due affaire Théo est peut-être là, dans ce fait qu’il n’y a pas d’affaire Théo mais une haine général­isée de la France, dont la police est la pre­mière vic­time, et cer­tains médias les pre­miers com­plices.

Qui contrôle qui et comment ?

Avec une telle « affaire », il va être déli­cat de men­er la poli­tique con­tre les fake news demandée par le prési­dent de la République : com­ment empêch­er l’ensemble des médias offi­ciels de s’exprimer lors d’une cam­pagne élec­torale ? Quand ce sont ces médias qui influ­ent sur l’élection en propageant en con­tinu la fake news du « viol » d’un jeune délin­quant par les forces de l’ordre de la République ? Quand le monde médi­ati­co-poli­tique croit plus un glan­deur deal­er, soupçon­né d’escroquerie à grande échelle à l’encontre de l’État, que des forces de l’ordre, au sujet desquelles la Déc­la­ra­tion des Droits de l’Homme et du citoyen, source de la Con­sti­tu­tion, indique pour­tant claire­ment com­bi­en elles sont néces­saires à l’existence même d’une société ? Une exis­tence à laque­lle il sem­ble a con­trario qu’un Théo con­tribue fort peu.

Crédit pho­to : ben­jamin jan via Flickr (cc)

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