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Revue de presse : morts en Méditerranée, l’Europe coupable pour les médias de grand chemin

22 avril 2019

Temps de lecture : 5 minutes
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Revue de presse : morts en Méditerranée, l’Europe coupable pour les médias de grand chemin

Pre­mière dif­fu­sion le 09/01/2019

À intervalles réguliers, les médias consacrent des articles au nombre de morts par noyade en Méditerranée et nous tiennent en haleine quand un bateau d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG) est à la recherche d’un port en Europe. En ce début d’année 2019, ces événements sont pour plusieurs médias l’occasion de désigner une nouvelle fois les pays européens coupables de ne pas ouvrir plus largement leurs frontières. Revue de presse commentée.

Radio France, tous sur la même ligne

Le 19 octo­bre 2018, sur France Inter, Thomas Bide­gain con­sacre une par­tie de sa chronique aux morts lors des tra­ver­sées de la Méditer­ranée. Un grand moment de con­tri­tion. « Le thème du jour dans le monde du sto­ry­telling, c’est un con­cept un peu abstrait, un peu souter­rain mais qui sous-tend un grand nom­bre d’histoires. C’est celui du cimetière indi­en. C’est une tache, un pêché orig­inel qui viendrait drama­tis­er les réc­its et les tein­ter comme une ombre portée sur un monde enchanteur. (…). On est à la fron­tière de l’horreur et de l’inconscient. (…). Nous avons aus­si notre cimetière indi­en et il est en Méditer­ranée. Emmanuel Macron peut nous dire ce qu’il veut, l’ensemble des faits et gestes pour­ra être lu sous le prisme de ces corps qu’on repêche en Méditer­ranée et du silence qu’il essaye d’imposer en refu­sant d’accorder un pavil­lon à l’Aquarius. (…) Cette honte-là elle nous sur­vivra ».

Tou­jours sur France Inter le 4 jan­vi­er 2019, le jour­nal « d’information » (7e minute) reprend le terme employé par les ONG pour qual­i­fi­er le délai avant qu’un pays européen ne laisse accoster le bateau Sea Watch III, qui a à son bord des clan­des­tins : « le record de la honte ». « 14 jours qu’un trentaine de migrants sont lais­sés pour compte au large de Malte. Le See Eye qui trans­porte 17 migrants est aus­si abrité dans les eaux mal­tais­es. (…). De quoi par­lons-nous au juste ? Moins de 50 per­son­nes à accueil­lir en Europe. Des villes alle­man­des et ital­i­ennes offrent de les accueil­lir. La France indique qu’elle veut bien en pren­dre quelques-uns en charge mais il faut trou­ver un port pour les débar­quer. Les 2 pays européens les plus proches, Malte et l’Italie, refusent ».

Le même jour, le jour­nal « d’information » de France Cul­ture reprend à son compte l’interpellation des ONG, qual­i­fi­ant de « hon­teuse » l’attitude des pays européens (8e mn). « L’Europe est-elle en passe de bat­tre le record de la honte ? Comme l’expriment aujourd’hui plusieurs ONG, con­sid­érant la sit­u­a­tion aux abor­ds des côtes du con­ti­nent. (…). Les sta­tis­tiques récentes mon­trent une diminu­tion des flux de migrants, alors que les bateaux blo­qués en Méditer­ranée ne sont man­i­feste­ment pas sur­chargés ces temps –ci ». « Par la Méditer­ranée cen­trale, le nom­bre de migrants a chuté de plus de 80%. (…). Cette diminu­tion rad­i­cale n’est que très peu due à l’attitude répres­sive de l’actuel gou­verne­ment ital­ien. Par l’Espagne, les chiffres ont été mul­ti­plié par deux, ce qui en fait la porte d’entrée prin­ci­pale de l’immigration illé­gale ».

Un peu de presse écrite, même tonalité

Le Cour­ri­er inter­na­tion­al con­sacre le 2 jan­vi­er un arti­cle aux tra­ver­sées de la Méditer­ranée. Le titre ne laisse pas de place aux doutes : « Com­ment l’Europe et la Libye lais­sent mourir les migrants en mer ». « En fer­mant les yeux sur les pra­tiques libyennes régulière­ment dénon­cées par les ONG, l’Europe con­tribue à aggraver la sit­u­a­tion et pré­cip­ite les migrants vers la noy­ade ». A l’appui de ces accu­sa­tions, le jour­nal d’articles de la presse inter­na­tionale, de préférence de gauche, met en ligne une enquête vidéo pub­liée dans la sec­tion Opin­ions du New York Times. On y voit des migrants en mer et des gardes côtes libyens à bord d’un bateau qui ne serait pas adap­té aux opéra­tions de sauve­tage.

L’Obs évoque le 3 jan­vi­er dans un arti­cle co-signé avec l’AFP « le ter­ri­ble bilan des migrants morts en Méditer­ranée en 2018 ». Le jour­nal repro­duit une déc­la­ra­tion de la porte-parole du Haut-Com­mis­sari­at aux Réfugiés : « En 2019, il est essen­tiel de sor­tir de l’im­passe actuelle et de met­tre fin à des approches au cas par cas, c’est-à-dire bateau par bateau, pour savoir où débar­quer les pas­sagers sec­ou­rus”, a‑t-elle ajouté, en plaidant pour un “mécan­isme région­al de débar­que­ment” ». Evo­quant la « crise européenne de l’accueil des migrants », le jour­nal men­tionne que « Médecins Sans Fron­tières avait alors pointé la respon­s­abil­ité des gou­verne­ments européens dans les décès en Méditer­ranée, “en sou­tenant les garde-côtes libyens pour inter­cepter les per­son­nes en mer” ».

Dans les dif­férents arti­cles, le point com­mun est la respon­s­abil­ité sup­posée des pays européens. Les morts en Méditer­ranée ? Ils sont « la honte »  des européens selon Thomas Bide­gain sur France Inter. L’attente des bateaux des ONG avant d’accoster en Europe ? c’est « le record de la honte » pour France Inter et France Cul­ture qui repren­nent les ter­mes des ONG. Pour Cour­ri­er Inter­na­tion­al, « l’Europe (…) laisse mourir les migrants en mer ».

Analyse des procédés rhétoriques

Plusieurs procédés sont util­isés dans les arti­cles pour démon­tr­er la respon­s­abil­ité des pays européens dans les risques encou­rus en Méditer­ranée :

  • La cul­pa­bil­i­sa­tion. Refuser d’accorder un pavil­lon français à l’Aquarius cou­vri­rait les européens de honte. Pour illus­tr­er sa théorie de « cimetière indi­en », Thomas Bide­gain évoque les meurtres d’indiens lors de la con­quête des Etats Unis. Curieux par­al­lèle : les européens sont-ils sur le sol africain pour y com­met­tre des exac­tions ? Les clan­des­tins sont-ils for­cés par des européens  de quit­ter leurs pays ?
  • La mino­ra­tion. Pour démon­tr­er l’indécence du refus de laiss­er accoster les bateaux des ONG, le jour­nal­iste de France Inter nous inter­pelle : « De quoi par­lons-nous au juste ? Moins de 50 per­son­nes à accueil­lir en Europe ». La mise en per­spec­tive est faite à par­tir des clan­des­tins en attente dans la rade mal­taise. Le jour­nal­iste se garde de men­tion­ner que ces 50 migrants vien­nent après « 113 482 per­son­nes (qui) ont tra­ver­sé la mer pour gag­n­er les côtes des pays Méditer­ranéens» en 2018, comme le relate l’Obs le 3 jan­vi­er. Une autre mise en per­spec­tive aurait été intéres­sante : les 500 000 migrants qui veu­lent gag­n­er l’Europe et atten­dent en Libye et au Maroc, selon le Huff­post­maghreb.
  • Le déni de réal­ité. Depuis l’arrivée au pou­voir de Mat­teo Salvi­ni, l’Italie n’accepte plus que des bateaux d’ONG arrivent sur ses côtes. Il est vrai qu’un véri­ta­ble pont mar­itime avait été mis en place par les ONG à par­tir des côtes libyennes. Cela a abouti à ce que plus 700 000 migrants arrivent clan­des­tine­ment en Ital­ie par la mer ces dernières années.

Depuis la déci­sion de Mat­teo Salvi­ni d’instaurer un « No way » (pas d’accostage) à l’image de l’Australie, le nom­bre d’arrivées en Ital­ie a reculé en 2018 de 80% par rap­port à 2017. Con­cer­nant la baisse des arrivées de clan­des­tins en Ital­ie, le jour­nal­iste de France Cul­ture affirme néan­moins docte­ment : « Cette diminu­tion rad­i­cale n’est que très peu due à l’attitude répres­sive de l’actuel gou­verne­ment ital­ien ». Fla­grant délit de men­songe, les chiffres mon­trent un lien évi­dent entre une poli­tique d’immigration ferme et le nom­bre d’arrivées de clan­des­tins.

  • Le sim­plisme. Les dif­férents points de vue exprimés dans les arti­cles plaident pour une voie mar­itime pérenne entre le Libye et l’Europe et pour une plus grande lib­erté d’action des bateaux des ONG. Selon une enquête parue dans le numéro d’octobre du men­su­el Causeur (numéro d’oc­to­bre 2018. « Migrants, à qui prof­ite le drame ? »), « les bateaux human­i­taires jouent le jeu des passeurs, trop heureux d’affréter des épaves». Chiffres à l’appui, on con­state que la mor­tal­ité en Méditer­ranée a bais­sé en 2018 quand les bateaux des ONG ont réduit leur activ­ité.

Une hypothèse n’est à aucun moment évo­quée dans les médias cités : et si la sécu­rité des migrants pas­sait par un mes­sage de fer­meté et un refus pur et sim­ple des bateaux clan­des­tins ? Une poli­tique que pra­tiquent l’Italie et de l’Australie. Les dogmes du clergé cathodique ont la vie dure…

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