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Rachat partiel du Monde par Kretinsky : la bonne affaire de Matthieu Pigasse saltimbanquier

20 novembre 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Rachat partiel du Monde par Kretinsky : la bonne affaire de Matthieu Pigasse saltimbanquier

De nouvelles informations commencent à filtrer sur les conditions du rachat de 49% des parts du Monde appartenant à Pigasse par le tchèque Daniel Kretinsky cet automne. Il s’avère que Matthieu Pigasse aura fait une bonne opération… mais contraint et forcé par les autres déficits de ses investissements dans la presse. Pendant ce temps-là, l’opacité des conditions de la cession de ses parts suscite des inquiétudes au Monde et ailleurs.

Un prêt dans de bonnes conditions

Lau­rent Mauduit dans Medi­a­part explique en effet que pour pren­dre le con­trôle du Monde, Matthieu Pigasse, alors ban­quier chez Lazard qui gag­nait 3 à 6 mil­lions d’euros par an, avait entre 20 à 22M à pay­er. Grâce à des ami­tiés per­son­nelles avec le patron de la Caisse d’Épargne, Charles Mil­haud, il obtient un prêt d’une fil­iale, la banque Pala­tine, à des con­di­tions assez avan­tageuses : il ne règle que les intérêts pen­dant plusieurs années avant de rem­bours­er le cap­i­tal d’un seul coup. Or, à l’été 2018 François Per­ol (groupe Banque Pop­u­laire Caisse d’Épargne) qui quitte BPCE donne l’ordre de récupér­er la créance échue.

Mauvais tempo

Matthieu Pigasse doit finir par s’exécuter, mais l’échéance tombe au plus mal, comme le détaille Libéra­tion : « les Nou­velles Édi­tions indépen­dantes, sont en dif­fi­culté économique ou au ralen­ti : c’est le cas de l’hebdomadaire cul­turel les Inrocks (1,5 mil­lion d’euros de pertes en 2017), de la radio Nova ou du fes­ti­val Rock en Seine. Pigasse doit régulière­ment remet­tre au pot pour combler les déficits. Il en va de même au news­magazine L’Obs, que le financier codé­tient avec Niel en marge du groupe Le Monde. L’an dernier, un plan de départs volon­taires a coûté la bagatelle de 3 mil­lions d’euros ».

À cela s’ajoute le rachat des parts de Pierre Bergé dans le Monde Libre, soit 2 mil­lions d’euros par an sur cinq ans, trop lourd pour Pigasse qui n’est « que mil­lion­naire », relève Medi­a­part. Le Canard Enchaîné (7 novem­bre 2018) enfonce le clou : « En 2009 le saltim­ban­quier s’empare pour 4.2 mil­lions d’euros des Inrock­upt­ibles. En trois ans le titre accuse 8.2 mil­lions d’euros de pertes. Par la suite les comptes ne sont même plus pub­liés au greffe du tri­bunal de com­merce… En 2015 [il] s’empare de Radio Nova. Prix : ‘’entre 15 et 20 mil­lions d’euros’’ selon l’AFP. Après une mesure d’audience déce­vante – 1.1% en Ile-de-France, l’heure est aux économies (Libé, 2/10/2018) ».

Par ici la sortie

Finale­ment, la seule affaire qui tourne, c’est celle qu’il ne dirige pas – il s’agit du fonds d’investissement Medi­awan (AB Pro­duc­tions) où il est aux côtés de Xavier Niel et du pro­duc­teur Pierre-Antoine Cap­ton qui dirige l’affaire. Pigasse a aus­si échap­pé au pire en refu­sant d’investir dans Vice France, dont la nou­velle chaîne TV Vice­land est un four inté­gral.

Pour faire face à ses engage­ments, Matthieu Pigasse aurait envis­agé de céder ses parts dans le Monde à Kretinsky. Toutes ses parts. « Plusieurs doc­u­ments con­sultés […] et recoupés auprès de plusieurs sources, attes­tent qu’un accord pour une ces­sion à 100 % de LNM, la société de Pigasse, a été bouclé dès le mois de juil­let. Ce qui ouvrait les portes de la com­man­dite à Kretinsky et fai­sait de lui le nou­veau cogérant du Monde au côté de Niel. D’après deux sources proches de Pigasse, ce deal, qui aurait cham­boulé le sché­ma de déten­tion et de con­trôle du groupe de presse, a été passé à un prix val­orisant LNM autour de 100 mil­lions d’euros », écrit ain­si Libéra­tion.

Tranquille opacité

En réal­isant au pas­sage une jolie cul­bute, les 20 mil­lions du prêt inclus, il a investi en tout entre 45 mil­lions d’euros, selon Medi­a­part, et 52.5 mil­lions d’euros selon le Canard Enchaîné. Or, le rachat par Daniel Kretinsky, tel qu’il a été ren­du pub­lic, ne dit pas tout.

Medi­a­part bal­ance tout : « selon des sources ban­caires proches du Monde aux­quelles nous avons eu accès, l’accord va au-delà. Au total, Daniel Kretinsky aurait apporté près de 60 mil­lions d’euros à Matthieu Pigasse […] Or, comme la val­ori­sa­tion con­v­enue entre les deux pro­tag­o­nistes tourne autour de 100 mil­lions d’euros pour la total­ité des parts, cela veut donc dire que Daniel Kretinsky a apporté 50 mil­lions d’euros ou à peine moins pour les 49 % de LNM et a ver­sé une somme com­plé­men­taire d’un peu plus de 10 mil­lions d’euros [qui] prendrait la forme d’un prêt et aiderait Matthieu Pigasse à apur­er ses dettes ».

Et Medi­a­part de s’interroger sur un éventuel nan­tisse­ment des titres qui per­me­t­trait à Kretinsky de dis­pos­er d’une frac­tion du cap­i­tal du Monde bien plus impor­tante que celle qu’il a rachetée. Tout ça dans une opac­ité totale qui ne plaît guère au Monde, ni chez les jour­nal­istes, ni auprès de Xavier Niel qui s’entendrait beau­coup moins bien avec Pigasse qu’à l’époque de leur investisse­ment com­mun en 2010 .

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