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Création d’une association de journalistes « racisés »

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5 août 2023

Temps de lecture : 3 minutes
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Création d’une association de journalistes « racisés »

Temps de lecture : 3 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 6 avril 2023

Dans notre époque où l’antiracisme a une place de premier choix, il est logique que la presse soit le reflet de ces névroses raciales. C’est donc sans grande surprise que nous avons appris, le 21 mars 2023, la création de l’AJAR, l’association des journalistes antiracistes et racisés.

C’est dans une tri­bune pub­liée dans Libéra­tion que 170 per­son­nal­ités dénon­cent l’homogénéité des rédac­tions, com­posées en grande par­tie de blancs, ain­si que le manque de représen­ta­tiv­ité qui en découle. Des exem­ples vien­nent appuy­er le pro­pos, comme celui de cet étu­di­ant algérien qui a vu un de ses enseignants imiter Jean-Marie Le Pen devant lui, ou encore le cas d’Omar Sy qui, à l’occasion de la sor­tie du film Tirailleurs, où il tient l’un des pre­miers rôles, avait bro­cardé le racisme de la France.

Par­mi les références citées dans le papi­er, nous trou­vons l’association des jour­nal­istes LGBTI, Prenons la une, un col­lec­tif créé par des femmes jour­nal­istes, ou encore la DILCRAH. Afin de lut­ter con­tre ces dis­crim­i­na­tions et de per­me­t­tre une plus grande inclu­siv­ité des rédac­tions, la tri­bune con­clut : « Cela passe aus­si par le recrute­ment de per­son­nes racisées et pas unique­ment celles issues des milieux favorisés ». Dans les sig­nataires, au nom­bre de 160, nous trou­vons Rokhaya Dial­lo ou Sébastien Folin. Plus en détail, nous voyons pas mal de struc­tures, comme le ser­vice pub­lic, mais aus­si des syn­di­cats, notam­ment SNJ-CGT.

La question sociale transformée en question raciale

Out­re l’aspect redon­dant de cette tri­bune, car il n’y a aucune orig­i­nal­ité à évo­quer un racisme sys­témique des rédac­tions et des écoles à notre époque, nous pou­vons sug­gér­er qu’elle con­fond une ques­tion sociale pour la trans­former en ques­tion raciale. En effet, cer­tains porte-paroles de l’association, comme Iris Oué­drao­go, expliquent qu’il y a peu de noirs au sein des écoles. Mais com­bi­en de gens issus de milieux mod­estes ? Le jour­nal­isme est un entre-soi, ce n’est pas neuf. D’ailleurs, évo­quons les pro­fils de cer­tains porte-paroles. Nous par­lions d’Iris Oué­drao­go ; celle-ci est issue de l’école supérieure de jour­nal­isme de Lille, fait ses débuts au Jour­nal du Dimanche en 2018, y reste jusqu’en 2020 avant d’aller à Libéra­tion. Un autre porte-parole vient de l’ESJ : Khe­did­ja Zer­ouali, qui tra­vaille chez Medi­a­part. Par­lons enfin d’Arno Per­dram, diplômé de la City Uni­ver­si­ty of New York, qui tra­vaille pour des médias étrangers tels que Asso­ci­at­ed Press ou ABC. Notons aus­si un pas­sage chez France 24. Dans les trois cas, nous avons trois per­son­nes qui vien­nent du sérail jour­nal­is­tique. Elles ont fait l’une des plus grandes écoles, l’une d’entre elles a même pu aller à l’étranger, et tra­vaille pour de grandes rédac­tions. Cela laisse apercevoir soit un cap­i­tal économique, soit un réseau per­me­t­tant l’insertion. Avec cette homogénéité des pro­fils, le pro­jet de cette asso­ci­a­tion ne serait-il pas de rem­plac­er un entre-soi par un autre ?

En mai 2022, nous avions assisté à la con­férence nationale sur les métiers du jour­nal­isme. Nous avions pu enten­dre le soci­o­logue Jean-Marie Charon inter­venir sur les pro­grammes de diver­sité, en expli­quant que ceux-ci étaient un gâchis social qui met­tait des jeunes dans un milieu dont ils n’avaient pas les codes et, in fine, les dégoutait du méti­er. Encore une fois, nous pou­vons nous deman­der si la ques­tion de l’entre-soi soulevée par la tri­bune n’est pas plutôt sociale que raciale.

Con­clu­ons en posant cette ques­tion : à quand l’association des jour­nal­istes prolétaires ?