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Accueil | Portraits | Luc Bronner
Luc Bronner

1 mai 2021

Temps de lecture : 14 minutes

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Luc Bronner

Luc Bronner

Premier de cordée

« Je préfère lire un livre que d’aller sur un plateau télé », « L’état du Monde », France Cul­ture, 16/12/2018

Né le 14 mai 1974 à Gap, fils de médecins généralistes, il gagne une première reconnaissance en dressant un portrait informé et sans concessions des banlieues françaises, à une époque où peu de journalistes s’y risquaient. Discret dans les médias, dédaignant les dîners en ville tout en étant reconnu comme “un bosseur acharné” par ses collègues du Monde, où il a fait toute sa carrière, il fait le choix de rétrograder alors que la rédaction du Monde connaît une période faste sous sa direction. Tel Cincinnatus revenant à sa charrue, le natif des Alpes revient sans regrets au journalisme de terrain. Comme il le confie à Libération, “l’exercice du pouvoir transforme les gens et les abîme”. Portrait d’un perfectionniste.

Formation

Élève très moyen, de son pro­pre aveu, dans le sec­ondaire, il est diplômé du lycée Dominique-Vil­lars de Gap et s’oriente vers l’In­sti­tut d’Études Poli­tiques de Greno­ble (« À Sci­ences Po, on acquiert une cul­ture générale, qui m’est très pré­cieuse dans mon méti­er. Je mobilise au quo­ti­di­en les notions de droit, d’économie, d’histoire, de soci­olo­gie que j’ai décou­vert à l’IEP »). En 1995, une fois la licence obtenue, il aspire à pass­er les con­cours admin­is­trat­ifs et choisit en con­séquence la spé­cial­i­sa­tion Ser­vice Pub­lic. Suite à une con­ver­sa­tion avec une amie, il se ravise et opte pour l’É­cole supérieure de jour­nal­isme de Lille, dont il ressort diplômé deux ans plus tard.

Parcours professionnel

Le jeune homme effectue ses pre­mières piges pour La Voix du Nord, Nord-Éclair et La Dépêche du Midi. Il ren­tre dans le groupe Le Monde dès la fin de ses études, à 25 ans, en ver­tu d’un choix stratégique malin : « Pour aug­menter mes chances d’être pris, je demande un stage au ser­vice région, très peu pop­u­laire chez les jeunes jour­nal­istes ». Son stage de quinze jours, effec­tué pen­dant les vacances de Pâques, débouche sur un CDD, puis un CDI au Monde de l’éducation, de 1999 à 2001, avant d’être affec­té au ser­vice Édu­ca­tion de 2001 à 2005. Les émeutes de 2005 le mar­quent pro­fondé­ment, à une époque où peu de reporters se risquent à aller sur le ter­rain et pro­duire des enquêtes fouil­lées. Suite à cette prise de con­science, « il demande un change­ment et pro­pose à ses chefs la créa­tion d’un poste de reporter des­tiné à cou­vrir les angles morts du ser­vice Société, ces « thé­ma­tiques trans­ver­sales sur lesquelles les médias sont habituelle­ment aveu­gles ». Sans bégay­er, il égrène : le monde rur­al, les jeuness­es et les ban­lieues françaises.

« Le monde rur­al, j’en venais et j’ai tou­jours trou­vé ça peu ou mal traité ; les jeuness­es et les ban­lieues, j’ai vu un immense écart entre les dis­cours des experts et la réal­ité du ter­rain, quand j’étudiais le fonc­tion­nement des col­lèges et des lycées en périphérie de Paris ».

Il cou­vre alors les ban­lieues pen­dant six ans, récoltant au pas­sage le pres­tigieux prix Albert Lon­dres pour une série d’articles sur « Les jeunes et la ban­lieue » parus dans le quo­ti­di­en, arti­cles qui avaient pour toile de fond la ville de Tremblay-en-France.

Son essai postérieur, La Loi du ghet­to, paru en 2010, doit beau­coup à l’étude d’Hugues Lagrange, qu’il cite in exten­so, Le Déni des cul­tures, parue la même année. Cet essai avait fait grand bruit en ce qu’il met­tait en lumière, bien qu’avec pru­dence, les caus­es cul­turelles de l’échec d’intégration des immi­grés dans les ban­lieues français­es, au-delà des caus­es sociales chères à la soci­olo­gie de gauche. Lagrange, comme Bron­ner, con­state que les immi­grés d’Afrique sub­sa­hari­enne sont sur­représen­tés dans les sta­tis­tiques de délin­quance. Cela lui vaut des procès d’intention dans les revues uni­ver­si­taires et les médias où il est accusé de con­tribuer à l’ « eth­ni­ci­sa­tion » du débat sur la sit­u­a­tion dans les ban­lieues. Il est notam­ment opposé sur les plateaux de France 2 (Vous aurez le dernier mot) et France 5 (Café Picouly) au rappeur stras­bour­geois Abd Al Malik, par­ti­san de la thèse des fac­teurs soci­aux, à la sor­tie de son livre.

Il intè­gre la direc­tion des rédac­tions en avril 2011 où il a la respon­s­abil­ité de coor­don­ner les pôles société et poli­tique. De là, sa pro­gres­sion est autant linéaire qu’imperturbable : nom­mé à la tête du ser­vice poli­tique en sep­tem­bre 2012, directeur adjoint des rédac­tions en novem­bre 2014, puis directeur des rédac­tions à compter de juin 2015. Il suc­cède alors à Gilles van Kote qui assur­ait l’intérim suite à la démis­sion de Nathalie Nougayrède, dont la ges­tion erra­tique aura lais­sé la rédac­tion exsangue. Cinq ans après sa nom­i­na­tion, la méth­ode et la ges­tion de Bron­ner sont unanime­ment salués. Sa dis­cré­tion et son pro­fes­sion­nal­isme sont appré­ciés de la direc­tion et des jour­nal­istes. Sur le plan compt­able, la bonne san­té du Monde con­traste avec celle de ses con­cur­rents : entre 2018 et 2019 la dif­fu­sion papi­er et l’audience web pro­gressent con­join­te­ment de 11 % (le nom­bre d’abonnés numérique dépasse le nom­bre d’abonnés papi­er à par­tir de 2019). Le recen­trage sur l’investigation opéré sous sa direc­tion s’est avéré payant. Le quo­ti­di­en s’est même payé le luxe de réduire le nom­bre d’articles pub­lié (-14 % entre 2018 et 2019) tout en aug­men­tant l’effectif de jour­nal­istes en CDI (entre 460 et 470 jour­nal­istes). Le Monde marche en cela dans les pas du Guardian, une source d’inspiration que le jour­nal­iste revendique. Ain­si, Le Monde imite le Guardian et le New York Times dans leur déci­sion de pub­li­er en une la pho­to d’Aylan Kur­di, qui parait dans l’édition du 4 sep­tem­bre 2016 alors que les médias anglo-sax­ons avaient don­né le ton la veille.

Faits notoires

Au cours de l’été 2019, Matthieu Pigasse con­clut un accord de ces­sion de 60 % de sa par­tic­i­pa­tion au groupe Le Monde à Daniel Křetín­ský, mil­liar­daire tchèque ayant fait for­tune dans l’énergie et pro­prié­taire de Mar­i­anne. Bron­ner est à la tête de la fronde des 460 jour­nal­istes qui exi­gent fer­me­ment de con­serv­er leur indépen­dance éditoriale.

« Une rédac­tion et un titre de presse sont forts s’ils sont indépen­dants. Si on laisse un action­naire pren­dre la main con­tre notre volon­té, on sait que der­rière, poten­tielle­ment, s’il ne respecte pas la rédac­tion, il pour­ra influ­encer la vie de cette rédaction. »

Le man­dat de Bron­ner n’est pas asso­cié à de nom­breux couacs, hormis lorsque cer­tains médias ont accusé le jour­nal de s’être inspiré de l’iconographie nazie (fond beige, bichromie rouge et blanche) pour une cou­ver­ture très allu­sive où Emmanuel Macron est assim­ilé à un mous­tachu ayant sévi pen­dant les heures les plus som­bres. L’intéressé présente ses excus­es empressées dans la foulée :

« Nous présen­tons nos excus­es à ceux qui ont été choqués par des inten­tions graphiques qui ne cor­re­spon­dent évidem­ment en rien aux reproches qui nous sont adressés ».

Il monte au créneau lorsqu’une jour­nal­iste star du Monde, Ari­ane Chemin, est con­vo­quée par des agents de la DGSI suite à ses révéla­tions rel­a­tives à l’affaire Benal­la. La jour­nal­iste avait affir­mé que le com­pagnon de la respon­s­able du groupe de sécu­rité du Pre­mier min­istre, proche de Benal­la, aurait été employé par un oli­gar­que russe au pro­fil inter­lope, Iskan­der Makhmu­dov. L’intimidation de jour­nal­istes sous la forme de ces audi­tions libres indis­pose Bron­ner, pour qui « l’intérêt pub­lic sup­pose de pou­voir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des col­lab­o­ra­teurs de l’Elysée ou de Matignon, quels que soient leurs par­cours antérieurs ».

Le Monde annonce dans un com­mu­niqué paru en octo­bre 2020 qu’il quit­tera son poste pour se « con­sacr­er à des pro­jets per­son­nels » et revenir au jour­nal­isme de ter­rain. Dès jan­vi­er 2021, il devient grand reporter chargé de pro­jets édi­to­ri­aux. L’ancienne direc­trice adjointe de la rédac­tion, Car­o­line Mon­not, longtemps chargée du suivi de l’extrême-droite au Monde aux côtés d’Abel Mestre, lui suc­cède alors. Une chute prévis­i­ble de qual­ité sur tous les plans.

Peu avant la pas­sa­tion de pou­voir, il révèle, lors d’un direct live avec les lecteurs du quo­ti­di­en, l’existence d’ une con­signe interne à la rédac­tion du Monde qui voudrait que ses mem­bres aient l’interdiction de se ren­dre sur le plateau de CNews. Selon lui, la ligne édi­to­ri­ale de la chaîne aurait des effets délétères sur « le fonc­tion­nement démoc­ra­tique, et cela a des effets dans cer­tains cas assez graves. »

Récompenses

  • 2007 : Prix Albert Lon­dres pour la presse écrite
  • 2011 : Prix lycéen du livre d’économie et de sci­ences sociales pour La Loi du Ghetto

Bibliographie

  • Les Métiers de l’enseignement, Rebondir, 2001.
  • Atten­tion et som­no­lence au volant, La Doc­u­men­ta­tion Française, 2007.
  • La loi du ghet­to : enquête sur les ban­lieues français­es, Cal­mann-Lévy, 2010.
  • Chaudun, la mon­tagne blessée, Seuil, 2020.

Filmographie

Il appa­raît dans le doc­u­men­taire d’Yves Jeu­land « Les Gens du Monde », sor­ti en 2014, qui s’attache à suiv­re des mem­bres de la rédac­tion de l’hebdomadaire lors de la cam­pagne prési­den­tielle de 2012. Il est le pro­duc­teur exé­cu­tif du doc­u­men­taires « Fémini­cides », fruit d’une enquête d’un an effec­tuée par une cel­lule d’investigation du Monde, dif­fusé sur France 2 le 2 juin 2020.

Vie privée

Séparé de son ex-femme, enseignante, il est père de trois enfants (Marie, Noé et Garance) et réside à Ville­momble en Seine-Saint-Denis. Il a un frère, Emmanuel, médecin dans la région lyon­naise, et une sœur, Car­o­line, enseignante. Il admet à regret avoir sco­lar­isé ses enfants dans des étab­lisse­ments privés sur le plateau de Zem­mour et Naul­leau le 18 mars 2015. Sa mère vit tou­jours à Gap.

Il l’a dit

« J’allais dans les quartiers en trans­ports en com­mun, pour sen­tir la dis­tance. C’est ça, les fron­tières. On passe des endroits rich­es aux endroits pau­vres. Ma cul­ture pro­fes­sion­nelle m’aveuglait. Le Monde, comme tout bon jour­nal répub­li­cain, tendait à con­sid­ér­er que la ségré­ga­tion eth­nique n’existait pas en France. Je pre­nais les trans­ports, et j’ai fini par not­er que j’étais le seul blanc. Depuis, je vois la diver­sité et j’ai employé le mot de ghet­to, jusque dans [mon] livre. », Bondy Blog, 14/08/2020.

« Je récuse la glob­al­i­sa­tion du ‘tous pour­ris’ dans la sphère médi­a­tique. Je suis tran­quille avec ma con­cep­tion du méti­er : je défends le jour­nal­isme de Flo­rence Aube­nas, pas celui de Pas­cal Praud ». Ibid

Con­cer­nant la mis­sion par­lemen­taire ayant pour objet de ren­forcer le secret de l’instruction : « À ma con­nais­sance, leur idée, c’est de pass­er d’une peine de prison d’un an à une peine de trois ans de prison et de 15 000€ d’amende, ce qui veut dire qu’on est dans un mes­sage de dur­cisse­ment. Ils peu­vent dif­fi­cile­ment s’en pren­dre aux jour­nal­istes, on sait se défendre et lorsqu’ils nous attaque­nt, que la DGSI nous con­voque, on sait répon­dre. On sait, grâce à la pro­tec­tion des sources, défendre notre tra­vail. Le mes­sage s’adresse aux sources : “ Vous risquez gros lorsque vous don­nez des infor­ma­tions à des jour­nal­istes.” », France Inter, 21 décem­bre 2019.

« J’ai la con­vic­tion aujourd’hui qu’aller par­ticiper à des débats sur les plateaux télé, ça ne rap­porte rien à un jour­nal comme Le Monde. C’est même plutôt l’inverse : ça con­tribue au bruit médi­a­tique, c’est une forme de niv­elle­ment par le bas […]. C’est un lieu qui ne per­met pas de faire du jour­nal­isme sérieux. », France Cul­ture, 16/12/2018.

« On est assez con­va­in­cu qu’on aura un meilleur traite­ment jour­nal­is­tique des ques­tions de genre le jour où on aura des équipes qui seront par­i­taires. C’est le cas par exem­ple dans la direc­tion de la rédac­tion du Monde com­posée de sept per­son­nes, dont qua­tre femmes et trois hommes. […] On a encore un point de blocage avec une pro­por­tion de chefs de ser­vice femme qui est encore trop faible. », Prenons la Une, 07/03/2016.

Sur la déci­sion de plac­er la pho­to du cadavre d’Aylan Kur­di en une du jour­nal le 4 sep­tem­bre 2015 : « Il fal­lait mon­tr­er cette pho­to en une du jour­nal et il fal­lait par ailleurs l’accompagner d’une expli­ca­tion. On a choisi de faire un édi­to­r­i­al expli­quant pourquoi cette pho­to devait con­tribuer à nous ouvrir les yeux, parce qu’elle avait une force et qu’elle nous impo­sait de nous arrêter col­lec­tive­ment sur la sit­u­a­tion extrême­ment grave des migrants et des réfugiés à tra­vers la Méditer­ranée. […] Elle a fait bouger l’opinion, c’est impor­tant, je ne crois pas, mal­heureuse­ment, qu’elle ait fait bouger en pro­fondeur la poli­tique migra­toire de l’Union Européenne.», France Inter, 03/07/2016.

Face à Zem­mour : « Moi j’habite en Seine-Saint-Denis et je n’ai pas le sen­ti­ment de vivre dans une république islamique. », Zem­mour et Naul­leau, 18/03/2015.

À la veille du sec­ond tour de l’élection prési­den­tielle de 2012 : « Tu fais pas un édi­to en dis­ant à tes lecteurs : « Tiens, il faut vot­er ça. C’est pas notre job de dire aux gens ce qu’ils doivent faire. », Les Gens du Monde, doc­u­men­taire d’Yves Jeu­land, 2014.

« Car le pire pour un homme poli­tique est de don­ner l’im­pres­sion qu’il tourne à vide. Et donc de con­forter le sen­ti­ment général d’im­puis­sance. Un dan­ger majeur. Parce que, si les poli­tiques con­tin­u­ent de ren­forcer l’idée qu’ils ne ser­vent à rien, alors la société française n’hésit­era pas, demain, à élire un bouf­fon ou un extrémiste. », Le Monde, 25/03/2013.

« La logique était de pari­er sur le monde privé, sur la respon­s­abil­ité indi­vidu­elle, sur la pro­mo­tion des tal­ents issus des quartiers en con­sid­érant que les approches tra­di­tion­nelles – ce qu’on appelle la poli­tique de la ville – avaient mon­tré leurs lim­ites depuis 20 ans. Il est vrai qu’en 2008, avant la crise, on sen­tait le monde de l’entreprise évoluer très rapi­de­ment sur la ques­tion de la diver­sité. Il y avait une volon­té évi­dente, notam­ment de la part des grandes entre­pris­es, de s’ouvrir sur de nou­veaux viviers de recrute­ment, de faire évoluer le pro­fil de leurs cadres, de ressem­bler un peu plus à la société dans sa diver­sité sociale et eth­nique. Mais le pari n’a pas fonc­tion­né. A cause de la crise économique, en pre­mier lieu, qui a repoussé les can­di­dats de la diver­sité dans la file d’attente des chômeurs. A cause de l’ampleur des dif­fi­cultés dans les quartiers, ensuite et surtout : cette approche libérale se heurte à l’ampleur de la ségré­ga­tion sociale et eth­nique dans notre pays. Des phénomènes qu’on ne pour­ra com­bat­tre sans une inter­ven­tion publique forte, con­traire­ment à ce que défend­ent les libéraux. », nonfiction.fr, 30/03/2011.

« L’éducation est un enjeu cen­tral. Mal­gré de très légers pro­grès, les écarts de réus­site éduca­tive restent con­sid­érables. Or, l’on sait que le diplôme et les niveaux de qual­i­fi­ca­tions con­stituent des leviers essen­tiels. Aujourd’hui, un nom­bre con­sid­érable de jeunes, notam­ment de garçons, sor­tent de l’école sans le moin­dre diplôme. La pro­por­tion dépasse les 35% d’une classe d’âge dans cer­taines com­munes de Seine-Saint-Denis. C’est un hand­i­cap majeur. Mais c’est aus­si un sujet déli­cat pour la droite comme pour la gauche parce qu’il fau­dra accepter de rompre com­plète­ment avec les logiques égal­i­taristes qui pré­va­lent aujourd’hui dans l’éducation nationale en accor­dant beau­coup de moyens aux ter­ri­toires les plus défa­vorisés. A droite, c’est une logique qui passe mal parce que beau­coup esti­ment que la nation donne déjà beau­coup à ces ter­ri­toires. A gauche, c’est une approche qui peut indis­pos­er les syn­di­cats et le monde enseignant, une clien­tèle élec­torale très impor­tante. », Ibid

« la crise des ban­lieues, dans sa forme la plus vis­i­ble, la plus spec­tac­u­laire, est d’abord une banale crise d’adolescence, une his­toire d’hormones qui agi­tent les garçons. Mais un phénomène ampli­fié par le nom­bre et par la faib­lesse des con­tre-pou­voirs parentaux, eux-mêmes désta­bil­isés par le chô­mage, la non-maîtrise de la langue, la dif­fi­culté à sur­veiller les familles nom­breuses ou, au con­traire, la fragilité des mères isolées. Lais­sez le pou­voir à des ado­les­cents ? Ils le pren­nent, quel que soit l’endroit où ils vivent », La loi du ghet­to, p.51.

« si la France est prob­a­ble­ment capa­ble d’accueillir une par­tie de la ‘mis­ère du monde’ pour détourn­er la célèbre for­mule de Michel Rocard, quelques dizaines de quartiers en France peu­vent-ils y par­venir tout seuls ? L’histoire récente de ces quartiers mon­tre que la réponse est néga­tive », Ibid, p.155

« Dabord on a une con­signe interne, qui nest pas une oblig­a­tion parce que lon ne peut pas « inter­dire », mais qui est de ne pas aller sur ces plateaux‑là. À titre per­son­nel, aller sur CNEWS, cest « non ». Je pense que cette chaîne ne fait pas son tra­vail, et je pense que cette chaîne, en allant un peu plus loin, est prob­lé­ma­tique dans sa façon de cou­vrir une par­tie de lactu­alité.[…]
[D]ans le moment dans lequel on vit, ali­menter des haines, ali­menter des ten­sions, ali­menter le sim­plisme, la polémique, cela a des effets dans le fonc­tion­nement démoc­ra­tique et cela a des effets, dans cer­tains cas, assez graves. Ça ne veut pas dire que tout le monde dans les chaînes dinfor­ma­tion fait mal son tra­vail. Je pense que dans les dif­férentes chaînes dinfor­ma­tion il y en a cer­taines qui sen sor­tent mieux que dautres, qui ont choisi des modèles où il y a encore du reportage, de linfor­ma­tion.
Mais tous ces débats à la journée où vien­nent des Zem­mour, vien­nent par exem­ple des jour­nal­istes de Valeurs Actuelles on en par­lait entre nous avant de com­mencer la dis­cus­sion, moi je pense que cela na pas dintét pour des jour­nal­istes du Monde dy être présents, et que ça abîme la dis­cus­sion, ça ne rend pas pos­si­ble une dis­cus­sion intéres­sante, donc cest vrai que je suis par­ti­san de ne pas y aller. Ce qui fait que jai un regard très dur. Après, je ren­voie aus­si les gens à leur pro­pre déci­sion indi­vidu­elle. Il y a une solu­tion très sim­ple pour sen protéger, cest de ne pas les regarder. », L’Ob­ser­va­toire des Médias, 17/12/2020.

Sa nébuleuse

Louis Drey­fus : Prési­dent du direc­toire. « Il fait par­tie des gens qui sont tou­jours joignables. Tout en restant d’humeur égale, très serein ».

Jérôme Fenoglio : Nom­mé directeur général du Monde en 2015, can­di­dat favori de Pierre Bergé pour le poste, c’est lui qui nomme Luc Bron­ner à la direc­tion de la rédac­tion du Monde dès sa prise de poste. Il se définit comme son « supérieur et ami » et dit de son binôme qu« il enchaine les réu­nions tout en restant ent­hou­si­aste ». Selon ses dires, « Luc Bron­ner est un des meilleurs directeurs de la rédac­tion que le jour­nal ait con­nus depuis 30 ans ».

Car­o­line Mon­not : Elle suc­cède à Luc Bron­ner à la tête de la rédac­tion, forte d’une expéri­ence de vingt ans au sein du jour­nal, d’un sec­tarisme et d’un anti-lep­énisme décom­plexés. Elle relève notam­ment son « côté très ascétique ».

Mireille Paoli­ni : Direc­trice lit­téraire en charge des essais et doc­u­ments chez Cal­mann-Lévy, mai­son qui a pub­lié le pre­mier essai remar­qué de Luc Bron­ner, La Loi du Ghet­to. Offi­ciant désor­mais au Seuil, elle est l’éditrice de « La Famil­ia Grande », le réquisi­toire de Camille Kouch­n­er con­tre son beau-père aus­si influ­ent qu’incestueux, Olivi­er Duhamel, lui-même édi­teur au Seuil. En ver­tu de son ami­tié avec Paoli­ni, Luc Bron­ner est le pre­mier jour­nal­iste à con­sul­ter le man­u­scrit explosif et placé sous le sceau du secret en décem­bre 2020. Et c’est bien Le Monde qui donne le coup d’envoi de la polémique le 4 jan­vi­er 2021 en pub­liant des extraits exclusifs du livre.

Lau­rent God­mer et Guil­laume Mar­tel : Respec­tive­ment maître de con­férences en sci­ences poli­tiques dans les uni­ver­sités Paris-Est Marne-la-Val­lée et d’Avignon, ils remer­cient leur « ami » pour sa relec­ture de leur ouvrage pub­lié en 2019 « La poli­tique au quo­ti­di­en : L’agenda et l’emploi du temps d’une femme poli­tique ».

Ils l’ont dit

Recen­sion de « Chaudun, la mon­tagne blessée » : « Sans que cela soit explicite, son objec­tif à par­tir de léchelle locale est de mon­ter en généralité pour anticiper un futur proche, voire des sit­u­a­tions déjà actuelles sous dautres lat­i­tudes : dès aujourdhui, le change­ment cli­ma­tique pousse а lexil des com­mu­nautés vil­la­geois­es qui ne parvi­en­nent plus а tir­er les bénéfices suff­isants de leurs ter­res, а limage de Chaudun il y a un peu plus dun siècle. Il est prob­a­ble que cette mise en per­spec­tive soit aus­si une façon pour lauteur de ques­tion­ner les con­di­tions daccueil des migrants dans les Hautes-Alpes », Mét­ro­pol­i­tiques, 24/12/2020.

« Luc a un côté très ascé­tique […]. Au sein du jour­nal, les gens étaient con­va­in­cus qu’il était hyper­am­bitieux, mais ils n’avaient rien com­pris. C’est un mon­tag­nard, il est con­tent quand il peut se bar­rer une semaine voir les mar­mottes et les chamois sans par­ler à per­son­ne. », Car­o­line Mon­not, Libéra­tion, 05/11/2020.

« En creux : de l’homme Bron­ner, le plus éton­nant est qu’on ne sait pas grand-chose. Après cinq ans à la tête du Monde, rester qua­si incon­nu, il faut le faire. Ses appari­tions audio­vi­suelles, en cinq ans, doivent se compter sur les doigts d’une main, dont une émis­sion de France Cul­ture dans laque­lle — sac­rilège pour un patron de rédac­tion — il avait cri­tiqué un livre com­mis par deux stars de sa mai­son, Gérard Dav­et et Fab­rice Lhomme (beau­coup plus présents que lui sur les plateaux, soit dit en pas­sant). Bien malin qui, hors de sa rédac­tion, con­naît le vis­age de Luc Bron­ner (de même que celui de sa suc­cesseur désignée, Car­o­line Mon­not). Bien malin même qui peut lui attach­er une prise de posi­tion per­son­nelle tranchée. », Daniel Schnei­der­mann, Libéra­tion, 12/10/2020.

« Au sein de la rédac­tion, Luc Bron­ner priv­ilégie les con­tacts humains autant qu’il peut. Il jon­gle entre les dif­férentes con­férences de rédac­tion et les dis­cus­sions plus informels. Son bureau est tou­jours ouvert. Le jour­nal­iste Abel Mestre a côtoyé Luc Bron­ner dans plusieurs ser­vices avant d’être sous sa direc­tion. Il con­firme : “ Il n’est pas du genre à vous taper dans le dos ni à boire des coups après le boulot, mais il est proche de ses col­lègues ”. Sou­vent, il suf­fit de lui faire signe de l’autre côté de la cloi­son trans­par­ente de son bureau pour entamer la dis­cus­sion. “ C’est très éton­nant de voir qu’il est aus­si sim­ple. On ne dirait pas qu’il est à ce poste ”, con­fie un con­frère, ancien cama­rade de Sci­ences Po Greno­ble et l’ESJ Lille. Luc Bron­ner est avant tout jour­nal­iste. “ J’adore être dans la cui­sine du jour­nal ”, s’égaye-t-il, préférant met­tre les mains dans le cam­bouis plutôt que de jouer de son statut et de son influ­ence. Le directeur des rédac­tions du Monde refuse “ les déje­uners avec l’élite parisi­enne ”, plutôt courants à ce poste, pour éviter les ten­ta­tives de manip­u­la­tions. », Antoine Beau, Medi­um, 29/06/2020.

« De fait, des quartiers pop­u­laires L. Bron­ner ne met en exer­gue qu’une par­tie de la vie quo­ti­di­enne, réelle mais très par­tielle. En ce sens, il n’échappe pas à l’une des car­ac­téris­tiques de la façon ordi­naire de tra­vailler des jour­nal­istes : s’attacher au plus vis­i­ble, au plus choquant, voire au plus spec­tac­u­laire. Ceci s’illustre dans la sélec­tiv­ité des lieux comme dans celle des prob­lé­ma­tiques, et finale­ment dans la tonal­ité générale.
Sur les lieux d’abord, L. Bron­ner prend exclu­sive­ment ses exem­ples dans cer­tains des quartiers les plus durs de la ban­lieue parisi­enne, en par­ti­c­uli­er la ban­lieue nord (et notam­ment le fameux « 9–3 » — la Seine-Saint-Denis). Ce choix est volon­taire. Il est une sorte de miroir grossis­sant, mais aus­si défor­mant. Car il existe des cen­taines de quartiers pop­u­laires en grande dif­fi­culté à l’échelle nationale (rap­pelons que près de 300 avaient par­ticipé, à des degrés très divers, aux émeutes de 2005), mais qui ne « col­lent » pas for­cé­ment à l’image ten­due à tra­vers ce livre. », Mar­wan Mohammed et Lau­rent Muchiel­li, chercheurs au CNRS, Soci­olo­gie, 2010.

« Le livre de Bron­ner est de cette trempe-là. Truf­fé d’informations, pris­es au pou­voir comme aux deal­ers, aux habi­tants comme aux penseurs. De temps en temps, l’auteur se risque au “ je ”. Et c’est tant mieux. Il racon­te ses sit­u­a­tions, ses angoiss­es. Et l’on devine que sa peur physique, au cœur de cer­taines émeutes, n’est par­fois rien com­parée à ses peurs morales : à quoi joue-t-on avec NOS ghet­tos ? De quoi détournons-nous NOS regards ? sem­ble deman­der sans cesse Luc Bron­ner. », David Dufresne, davduf.net, 7/05/2010.

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