Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Accueil | Portraits | Ivanne Trippenbach
Ivanne Trippenbach

25 janvier 2021

Temps de lecture : 8 minutes

Accueil | Portraits | Ivanne Trippenbach

Ivanne Trippenbach

Ivanne Trippenbach

Une nouvelle croisée contre l’extrême-droite

Ivanne Trippenbach est une journaliste de L’Opinion qui a fait de “l’extrême-droite” son cheval de bataille, a grand coups de dénonciations choc. Pour diaboliser son adversaire idéologique, la journaliste n’est pas à un détail près ; comme lorsqu’elle s’attaque à la question du Grand Remplacement dans une enquête de L’Opinion à coups d’approximations, voire de fausses informations.

Formation

La jeune jour­nal­iste reste dis­crète sur sa vie privée, une par­tie de sa famille serait d’o­rig­ine indochi­noise. Elle clôt ses études sec­ondaires sec­ondaire au lycée Albert Camus de Bois-Colombes, com­mune dont elle est orig­i­naire. En ter­mi­nale, elle passe qua­tre mois au sein de l’ONG Trans­paren­cy Inter­na­tion­al en tant que stagiaire.

Après l’obtention avec men­tion « Très Bien » d’un Bac­calau­réat Sci­en­tifique en sec­tion européenne spé­cial­ité anglais, Ivanne Trip­pen­bach com­mence ses études en 2011 par une année à l’université pon­tif­i­cale catholique du Chili où elle étude les sci­ences poli­tiques, les rela­tions inter­na­tionales et la communication.

Elle entre ensuite à Sci­ences Po, dont elle sort diplômée d’un mas­ter en affaires publiques en 2015. À l’école, elle est un des mem­bres fon­da­teurs du Comité de Réflex­ion pour la qual­ité de la loi. Le Comité organ­ise un col­loque à l’Assemblée Nationale en 2013 sur le thème « Agir pour la qual­ité de la loi en France » et rassem­ble des inter­venants réputés, aus­si bien des par­lemen­taires que des pro­fesseurs de droit. Cette activ­ité asso­cia­tive lui ouvre des portes et con­stitue un point de con­tact avec les sphères du pou­voir. Un an plus tard, son nom est cité par­mi les rédac­teurs du dis­cours d’introduction de Jean-Marc Sauvé, ancien vice-prési­dent du Con­seil d’État, à un cycle de con­férences inti­t­ulé « Où va l’État ? ».

Elle réus­sit bril­lam­ment ces études puisqu’elle obtient une men­tion Cum Laude et se trou­ve admis­si­ble aux con­cours de l’ENA et de l’Assemblée. Elle pour­suit ses études au CFJ, le Cen­tre de for­ma­tion des jour­nal­istes, dont elle sort diplômée deux ans plus tard, en 2018.

Les activ­ités asso­cia­tives de la jeune femme durant ses études témoignent déjà de son intérêt pour le jour­nal­isme : alors qu’elle est à l’université pon­tif­i­cale catholique du Chili, elle cou­vre pour un jour­nal local les émeutes étu­di­antes qui survi­en­nent à ce moment dans le pays. Elle tient ensuite une chronique sur Radio Sci­ences Po au cours de son pas­sage dans l’école.

Elle rejoint l’équipe de L’Opinion en tant que jour­nal­iste dès 2016, à la sor­tie de Sci­ences Po. Elle mène donc ses études de jour­nal­iste au CFJ en par­al­lèle de ce pre­mier emploi. Elle se spé­cialise pour le jour­nal dans le suivi de l’extrême droite et les ques­tions régali­ennes. Elle s’attelle à tra­quer l’islamisation d’une part, et surtout l’extrême-droite anti-immi­gra­tion. Ses titres accrocheurs au par­fum de com­plot visent générale­ment à faire peur en soulig­nant les soi-dis­ant liens des per­son­nal­ités poli­tiques dites d’extrême-droite avec les groupes mil­i­tants anti-immigration.

En 2016, elle pub­lie dans Le Monde une tri­bune inti­t­ulée « Voir l’ENA comme école du pou­voir est passéiste » qui cri­tique les méth­odes de recrute­ment de l’école.

Elle par­ticipe à l’enquête Inch’Allah pub­liée en 2018 chez Fayard sous la direc­tion de Gérard Dav­et et Fab­rice Lhomme. Elle con­tin­ue par ailleurs à tra­vailler sur la ques­tion de l’islamisme, avec de nom­breux arti­cles sur le sujet dans L’Opinion.

La même année, le 24 avril, elle signe un arti­cle qui dénonce les liens sup­posés du Front Nation­al avec le groupe mil­i­tant Généra­tion Iden­ti­taire sous forme de révéla­tions choc au par­fum de scan­dale. La jour­nal­iste fonde son affir­ma­tion sur les réac­tions des deux vice-prési­dents du FN au moment des faits, Louis Aliot et Nico­las Bay au blocage mené par le groupe mil­i­tant dans les Hautes-Alpes con­tre l’immigration de masse. Les hommes poli­tiques auraient salué de la part du groupe mil­i­tant « une action effi­cace ».

Elle est occa­sion­nelle­ment invitée en tant que jour­nal­iste poli­tique dans plusieurs émis­sions télévi­suelles, comme « le Live BFM ».

Le spec­tre de l’extrême-droite sem­ble inquiéter la jour­nal­iste au-delà de la sphère poli­tique puisqu’elle traque ses mem­bres jusque dans leurs activ­ités privées. Elle signe en juin 2019 une enquête dans L’Opinion sur les « dérives extrémistes » du club Saint-Hubert, plus vieux club de chas­se de France. En cause ? Les liens de l’association avec la Russie et la Ser­bie. Des mem­bres du club auraient dor­mi sur la route de retour d’un voy­age en Ser­bie à Bercht­es­gaden, ville de vil­lé­gia­ture d’Hitler qui avait eu le mal­heur de se trou­ver sur leur chemin. Une autre accu­sa­tion est portée par la jour­nal­iste, plus ter­ri­ble que la pre­mière ; invité à une soirée du club durant laque­lle il aurait accusé ses mem­bre d’entre soi, le con­seiller chas­se et rural­ité Thier­ry Coste aurait enten­du des chants roy­al­istes et des chants en allemand.

En 2020, ce sont les liens de l’écrivain Gabriel Matzn­eff, con­nu pour ses ten­dances pédophiles, avec l’extrême droite qu’elle dénonce dans un arti­cle du 3 jan­vi­er sur le site de la Ligue de Défense Juive.

Parcours militant

La jour­nal­iste ne milite offi­cielle­ment dans aucun par­ti. Ses arti­cles à charge con­tre l’extrême-droite témoignent toute­fois d’un engage­ment évident.

Elle est l’auteur d’un arti­cle du 11 févri­er 2019 sur L’Opinion, « Emmanuelle Gave, la nou­velle droite dure de Nico­las Dupont-Aig­nan » qui fit scan­dale. Reçue par la can­di­date dans son bureau pour faire son por­trait, la jour­nal­iste y aperçoit une car­i­ca­ture sovié­tique anti-cap­i­tal­iste d’avant-guerre con­sid­érée à tort de car­ac­tère anti­sémite. Elle exhume ensuite quelques posts Face­book jugés racistes et se scan­dalise de l’opposition de la can­di­date aux lois mémorielles. Le couperet tombe : Emmanuelle Gave serait réac, révi­sion­niste et anti­sémite. Suite au scan­dale lancé par Ivanne Trip­pen­bach, ni Emmanuelle Gave ni son père Charles Gave, ne seront finale­ment investis sur les listes pour les élec­tions européennes. Qu’importe le fond, les Gave sont dia­bolisés puis évincés. Le com­men­taire de Charles Gave sur le site Groupe Gaulliste Sceaux, « Réflex­ions sur un assas­si­nat médi­a­tique » pub­lié le 25 févri­er 2019 résume les ten­ants et aboutis­sants de l’affaire en quelques traits de plume.

En sep­tem­bre 2019, elle se voit avec Camille Vigogne Le Coat et Tris­tan Berteloot refuser l’accréditation de jour­nal­iste pour cou­vrir la Con­ven­tion de la droite, qui argue de sa mau­vaise foi et de sa volon­té de nuire. Suite à l’appel au boy­cott de la Con­ven­tion par Camille Vigogne Le Coat, les organ­isa­teurs finis­sent par céder.

Publications

Elle pub­lie avec Philippe Brun aux édi­tions Thémis une Présen­ta­tion de la prob­lé­ma­tique de la qual­ité de la loi suite au col­loque qu’elle organ­ise avec lui sur le même thème dans le cadre de ses études à Sci­ences Po. La courte brochure est un compte-ren­du du col­loque. Les auteurs déplorent l’inflation lég­isla­tive et nor­ma­tive qui pré­vaut en France : « La loi échappe aux citoyens alors quils en sont les prin­ci­paux des­ti­nataires, le risque étant de voir émerg­er des laissés‑pour-compte de l’État de droit. La com­plex­ité des normes est quant à elle présentée comme une mal­adie de la démoc­ra­tie : elle sincar­ne en France dans plus de 10 000 lois et pas moins de 120 000 décrets et arrêtés. »

Elle par­ticipe lors de son pas­sage au CFJ avec qua­tre autres étu­di­ants, Célia Mebroukine, Romain Gas­par, Hugo Win­tre­bert et Charles Delouche, à l’écriture de l’enquête Inch’Allah, pub­liée en 2018 chez Fayard. L’ouvrage pro­pose une enquête menée par les jour­nal­istes du Monde Gérard Dav­et et Fab­rice Lhomme sur l’islamisation dans le 93, et notam­ment à Saint-Denis.
L’ouvrage fait rapi­de­ment polémique, jugé par cer­tains « islam­o­phobe » et inutile­ment alarmiste. Le Jour­nal de Saint-Denis dénonce à son égard des con­fu­sions et des impré­ci­sions. Medi­a­part et le Bondy Blog se fend­ent quant à eux d’un arti­cle com­mun pour cri­ti­quer l’ouvrage comme n’étant qu’une col­lec­tion d’anecdotes dénuée d’analyse : « Les lecteurs reçoivent cette col­lec­tion d’anecdotes sans jamais pou­voir en tir­er du sens. Aucun soci­o­logue ou his­to­rien n’intervient jamais pour injecter un peu de per­spec­tive à ce chapelet d’histoires à la tem­po­ral­ité floue ». La dif­fu­sion de pas­sages de l’enquête sur les réseaux soci­aux par des sym­pa­thisants d’extrême-droite pour attir­er l’attention sur l’islamisation de la France dessert forte­ment l’ouvrage, accusé de nour­rir les fan­tasmes anti-immi­gra­tion et anti-islam de la droite.

Le tra­vail d’enquête des étu­di­ants en jour­nal­isme fait l’objet d’un doc­u­men­taire dif­fusé sur LCP, « La Plume dans la plaie ».

Ce qu’elle gagne

Non ren­seigné.

Sa nébuleuse

Gérard Dav­et : jour­nal­iste d’investigation au Monde, il est con­nu pour son tra­vail d’enquête dans les affaires Clearstream, Karachi et Byg­malion avec son con­frère Fab­rice Lhomme. Les deux jour­nal­istes pub­lient en 2016 une série d’entretiens avec François Hol­lande, Un Prési­dent ne devrait pas dire ça… Deux ans plus tard, ils mènent une enquête sur l’islamisation, pub­liée chez Fayard sous le titre Inch’Allah. C’est au cours de ce tra­vail qu’il fait la con­nais­sance d’Ivanne Trip­pen­bach, qui y par­ticipe en tant qu’étudiante en journalisme.

Fab­rice Lhomme : jour­nal­iste d’investigation au Monde, il est con­nu pour les mêmes affaires que Gérard Dav­et, avec lequel il tra­vaille en étroite col­lab­o­ra­tion. Il pub­lie avec lui Un Prési­dent ne devrait pas dire ça… en 2016, et Inch’Allah en 2018, auquel Ivanne Trip­pen­bach a con­tribué en tant qu’étudiante. Il est avec Gérard Dav­et l’auteur d’ouvrages remar­qués sur la droite française.

Rayan Nez­zar : énar­que d’origine algéri­enne, il con­tribue à la rédac­tion du pro­gramme d’Emmanuel Macron sous la houlette de Marc Fer­rac­ci. Il con­naît son quart d’heure warholien lorsque, novice en poli­tique, il est nom­mé porte-parole du gou­verne­ment début 2018. Des tweets très incisifs, écrits alors qu’il n’était qu’étudiant, à l’endroit de per­son­nal­ités poli­tiques de droite (Bruno Le Maire est qual­i­fié de « couille molle », Alain Jup­pé de « fiotte » ; Marine Le Pen est « la pute » tan­dis que Jean-François Copé écope du doux épithète de « petite pute », sans oubli­er Manuel Valls) sont exhumés par le défunt site d’actualités Buz­zfeed et le con­traig­nent à ren­dre sa démis­sion cinq jours après sa nom­i­na­tion. Il ne se laisse toute­fois pas démon­ter et se présente deux ans plus tard aux élec­tions munic­i­pales dans le 20ème arrondisse­ment de Paris, sur la liste de Cédric Vil­lani « Vivons Paris », où il est élim­iné au pre­mier tour.

Vie privée

Par sa famille pater­nelle, la jeune femme descendrait d’une famille de Français d’Indochine.

Elle l’a dit

Sur l’enquête qu’elle a mené avec d’autres étu­di­ants en jour­nal­isme pour Fab­rice Lhomme et Gérard Dav­et, sur le plateau de « Quo­ti­di­en » de Yann Barthès sur TMC du 19 octo­bre 2018 : « Le sujet nous a excité dès le début […] et ensuite sur le ter­rain […], là quand même on a un peu flippé ».

Sur le con­cours de l’ENA, dans un arti­cle du Monde pub­lié le 23 mars 2016  : « Au “for­matage” des can­di­dats répond celui du jury. Celui-ci se man­i­feste dans des attentes, non dites, en décalage avec la société. Pour ces servi­teurs de l’État d’hier, recru­teurs aujourd’hui, le haut fonc­tion­naire – au mas­culin, de préférence – est celui qui “incar­ne l’autorité” et qui “mod­ère son enthousiasme”. »

Dans le même arti­cle, elle reproche le manque de par­ité dans les admis­sions : « Depuis quelques années, on note l’absence de par­ité dans les cohort­es d’énarques : au con­cours externe de 2015, seules 11 femmes étaient admis­es sur 42 reçus, soit 25,6 % des admis. »

Pour la jour­nal­iste, la pédophilie sem­ble plus grave lorsqu’elle est per­pétrée à l’extrême droite qu’à gauche, où elle paraît n’être sous sa plume qu’un gen­til quipro­quo. Elle écrit ain­si dans un arti­cle du 3 jan­vi­er 2020 sur les liens de Gabriel Matzn­eff avec l’extrême droite pub­lié sur le site de la Ligue de Défense Juive : « Certes, la gauche soix­ante-huitarde a porté aux nues l’écrivain quand la droite le dénonçait au nom de la morale. « Mais il est faux de réduire la pédophilie mil­i­tante à un mou­ve­ment gauchiste ; elle se car­ac­térise par une trans­ver­sal­ité poli­tique allant jusqu’aux anti-68 les plus durs », souligne le soci­o­logue Pierre Ver­drager. L’extrême gauche pro-pédophilie gom­mait l’écart d’âge au nom du libre arbi­tre et de la matu­rité sex­uelle des enfants ; l’extrême droite pédophile, au con­traire, exalte leur iné­gal­ité, la rela­tion d’autorité et de dom­i­na­tion, sur fond de références cul­turelles grec­ques ou celtes. »

Comme la majorité de ses con­frères, elle sem­ble se gar­garis­er sur Twit­ter de l’État de droit, sorte de par­avent de la dic­tature des juges : « Dire à l’an­tenne que les musul­mans sont la source d’un “énorme problème” con­tribuant à un “grand rem­place­ment” et à “l’in­va­sion de l’Eu­rope” relève de l’inci­ta­tion à la haine ou à la vio­lence, con­firme le @Conseil_Etat … deux ans après #Zem­mour ».

On a dit sur elle

Gérard Dav­et sur le plateau de « Quo­ti­di­en » de Yann Barthès sur TMC du 19 octo­bre 2018  : « Ivanne, c’est la cérébrale hyper effi­cace ».

Charles Gave dans un droit de réponse, repro­duit dans L’Opinion, à un por­trait incen­di­aire de la jour­nal­iste : « Votre jour­nal­iste laisse enten­dre que nous seri­ons anti­sémites, ce qui est une mon­stru­osité qui ne repose sur rien. […] Les car­i­ca­tures qui sont dans nos bureaux trou­vent leur orig­ine dans des jour­naux de la grande époque com­mu­niste et mon­trent le com­bat du tra­vailleur con­tre le cap­i­tal­iste. Seul un esprit peu aver­ti a pu voir dans le cap­i­tal­iste représen­té sur ces affich­es une image de juif ! ».

Pho­to : cap­ture d’écran vidéo France 5 (“C’est dans l’air”, 20 juil­let 2019)

Publicité