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Trop cool la nouvelle matinale d’Europe 1 de Patrick Cohen !

17 octobre 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Trop cool la nouvelle matinale d’Europe 1 de Patrick Cohen !

Un changement de Matinale, ce n’est jamais anodin pour l’une des principales radios de France. Europe 1 a fait un gros coup lors du mercato médiatique d’été en faisant venir la voix idéologisée de France Inter en la personne de Patrick Cohen. Alors ? Le changement, c’est maintenant ? Coup gagnant pour Europe Matin ?

Pas de tromperie sur la marchan­dise avec cette mati­nale nou­velle for­mule. L’accroche dit vrai : « Chaque matin, deux heures d’informations solides avec Patrick Cohen : des jour­naux com­plets avec la rédac­tion d’Europe 1, l’actualité poli­tique française avec Hélène Jouan ou inter­na­tionale avec Vin­cent Her­vou­et, l’économie avec Axel de Tar­lé et la revue de presse de Mar­i­on Lagardère. Débats, réflex­ions et des invités qui font l’actualité. Mais aus­si deux heures d’humeur et d’humour avec Philippe Van­del et Matthieu Noël, sans oubli­er le réveil de Julie et les facéties de Nico­las Can­teloup ». En effet, ce cahi­er des charges est respec­té. Ou presque. L’auditeur reçoit son quo­ta d’informations, les dif­férents chroniqueurs sont expéri­men­tés, les invités ont le temps de s’exprimer – Manuel Valls a ain­si pu appel­er à une République forte face à la mon­tée des idées indigénistes au sein de La France Insoumise le 12 octo­bre 2017 –, Patrick Cohen s’est libéré (de France Inter), la bonne humeur et l’humour règ­nent. Alors ? Juste­ment. L’information est-elle tou­jours « solide » ? Est-elle assez fouil­lée ?

Le bon grain de la Matinale d’Europe 1

Si l’auditeur parvient à faire fi de l’envahissement pub­lic­i­taire, plusieurs moments de cette Mati­nale sont de très bonne qual­ité. C’est le cas du « vrai-faux de l’info », chronique de Géral­dine Woess­ner, qui parvient la plu­part du temps à éviter les pièges de type Décodex. Une chronique sérieuse, hon­nête et con­va­in­cante. Woess­ner ne cherche pas à impos­er son mode de pen­sée. Il en va de même de la « revue de presse » signée Mar­i­on Lagardère. Rien de com­mun avec celle de son con­frère Claude Askolovitch sur France Inter. Mar­i­on Lagardère parvient à don­ner une revue non pas neu­tre – qui le pour­rait ? – mais intel­li­gente et très sérieuse. Pro­fes­sion­nelle, en ter­mes jour­nal­is­tiques. La dom­i­nante n’y est pas tou­jours idéologique. On souf­fle (un peu). Et Le Jour­nal revient à plusieurs repris­es, avec cette qual­ité de n’être pas à chaque fois iden­tique.

Un peu d’ivraie (1) ? La vision économique est unilatérale

Le flo­rilège de chroniques et d’éditoriaux n’est pas tou­jours con­va­in­cant. Ce sont des « édi­to­ri­aux » qui sont très sou­vent engagés, et pren­nent en par­tie place dans le Jour­nal. C’est le principe de l’éditorial. Cepen­dant, une par­tie de ces chroniques mérit­erait, selon les matins, que Géral­dine Woess­ner se penche sur leur vrai et leur faux. Lors du Jour­nal de 8 heures, par exem­ple, le 12 octo­bre 2017, l’information économique con­cerne les déc­la­ra­tions du FMI et de sa prési­dente Chris­tine Lagarde, dont aucun média ne relève plus les étrangetés de son pas­sage au Min­istère de l’économie sous Sarkozy. « Le vrai dan­ger, c’est la dette. Le FMI tire la sirène d’alarme » indique Patrick Cohen. La ques­tion est : « Le monde va-t-il con­naître une nou­velle crise finan­cière majeure ? ». Répons­es de Nico­las Bar­ré, directeur des Échos : « L’économie mon­di­ale ressem­ble au Titan­ic », car « les soutes sont lestées de dettes ». Le risque ? Une crise finan­cière mon­di­ale comme en 2008. Il y a « trop d’argent » qui est injec­té dans le sys­tème financier. L’auditeur tend l’oreille : le prési­dent de la République met juste­ment en œuvre actuelle­ment une poli­tique des­tinée à rediriger l’argent des épargnants vers l’activité économique. Nico­las Bar­ré ne le sig­nale pas. Selon lui, « c’est une séquelle de la crise finan­cière de 2008, quand les ban­ques cen­trales avaient sauvé le monde en injec­tant des fonds » – et « il y a trop de dettes dans le monde ». L’ambiance est à la crise majeure, dit le FMI. Les con­tribuables apprécieront d’entendre que le monde a été sauvé par les ban­ques en 2008. Vrai ? Faux ?

Un peu d’ivraie (2) ? Hélène Jouan au rapport !

« Hélène Jouan vous par­le poli­tique ». La chronique sem­ble déplacée dans ce stu­dio, l’auditeur a le sen­ti­ment d’être retourné sur France Inter. D’autant que la chroniqueuse nous grat­i­fie de ses ricane­ments durant deux heures, ain­si que de com­men­taires per­son­nels. Le mar­di 10 octo­bre, évo­quant Jean Rochefort, Hélène Jouan se sou­vient de Vichy. Du comé­di­en, elle a retenu ceci : lors d’un entre­tien, 35 ans après la guerre, Rochefort se sou­ve­nait avoir vu une femme ton­due, son bébé à prox­im­ité dans les mains d’un com­bat­tant. Jouan explique que depuis ce jour, le comé­di­en avait peur des foules. Où veut-elle en venir ? Patrick Cohen lui-même indique ne pas bien com­pren­dre. À la polémique entre Valls et Mélen­chon. Ce dernier ne veut pas approcher « l’ethniciste » Valls et aurait per­du sa « laïc­ité ». Valls est, selon elle, accusé de « nazisme ». La pire des « insultes », à ses yeux : « facho ! facho ! ». Une « insulte », dit-elle, qui vise en France à délégitimer tout adver­saire. Enten­dre Hélène Jouan dénon­cer la reduc­tio ad hitlerum, autrement nom­mée Point God­win, lors d’une Mati­nale menée par Patrick Cohen ne manque pas de sel. Le cou­ple pra­tique cette forme binaire de pen­sée poli­tique depuis une trentaine d’années, partout où il passe.

Encore un peu d’ivraie ? Tout est souvent dans les silences.

À 7h07, le 11 octo­bre, ce sont les silences qui don­nent le ton dans le Jour­nal. Thème : « Le préfet de Mar­seille limogé ». Infor­ma­tion factuelle et expli­ca­tions : « Gérard Col­lomb s’interroge sur les con­di­tions de la libéra­tion d’un homme en sit­u­a­tion irrégulière qui avait don­né sept iden­tités dif­férentes puis le lende­main, sur le parvis de la gare saint Charles, tué deux jeunes filles. Il décide donc de débar­quer le préfet. Il faut dire que ce rap­port qui lui a été ren­du sur les dys­fonc­tion­nements de la pré­fec­ture était sans con­ces­sions ». Suit un reportage sur les man­que­ments évo­qués, reportage qui entre dans les plus petits détails. Comme le fait qu’un agent ne prenne pas le temps de pass­er un coup de fil. Pré­ci­sion : le min­istre « exige que les pré­fec­tures aient accès aux logi­ciels des cen­tres de réten­tion ». La mort de deux jeunes femmes à Mar­seille est le pro­duit de ce dys­fonc­tion­nement et de ses man­que­ments aux procé­dures. Non ? Vous n’avez pas remar­qué les silences ? Au cours des 2 min­utes que dure cette infor­ma­tion, des mots ne sont jamais pronon­cés : « atten­tat islamiste », « meur­tri­er islamiste », « islam », « atten­tat ter­ror­iste ». Rien. Pas un de ces mots, et surtout pas le mot « islamisme ». De même, le pos­si­ble d’une respon­s­abil­ité du Min­istre de l’Intérieur n’est pas évo­qué. Ni respon­s­able, ni Islam ?

Voir aussi : Europe 1, infographie

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