Trop cool la nouvelle matinale d’Europe 1 de Patrick Cohen !

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Un changement de Matinale, ce n’est jamais anodin pour l’une des principales radios de France. Europe 1 a fait un gros coup lors du mercato médiatique d’été en faisant venir la voix idéologisée de France Inter en la personne de Patrick Cohen. Alors ? Le changement, c’est maintenant ? Coup gagnant pour Europe Matin ?

Pas de tromperie sur la marchandise avec cette matinale nouvelle formule. L’accroche dit vrai : « Chaque matin, deux heures d’informations solides avec Patrick Cohen : des journaux complets avec la rédaction d’Europe 1, l’actualité politique française avec Hélène Jouan ou internationale avec Vincent Hervouet, l’économie avec Axel de Tarlé et la revue de presse de Marion Lagardère. Débats, réflexions et des invités qui font l’actualité. Mais aussi deux heures d’humeur et d’humour avec Philippe Vandel et Matthieu Noël, sans oublier le réveil de Julie et les facéties de Nicolas Canteloup ». En effet, ce cahier des charges est respecté. Ou presque. L’auditeur reçoit son quota d’informations, les différents chroniqueurs sont expérimentés, les invités ont le temps de s’exprimer – Manuel Valls a ainsi pu appeler à une République forte face à la montée des idées indigénistes au sein de La France Insoumise le 12 octobre 2017 –, Patrick Cohen s’est libéré (de France Inter), la bonne humeur et l’humour règnent. Alors ? Justement. L’information est-elle toujours « solide » ? Est-elle assez fouillée ?

Le bon grain de la Matinale d’Europe 1

Si l’auditeur parvient à faire fi de l’envahissement publicitaire, plusieurs moments de cette Matinale sont de très bonne qualité. C’est le cas du « vrai-faux de l’info », chronique de Géraldine Woessner, qui parvient la plupart du temps à éviter les pièges de type Décodex. Une chronique sérieuse, honnête et convaincante. Woessner ne cherche pas à imposer son mode de pensée. Il en va de même de la « revue de presse » signée Marion Lagardère. Rien de commun avec celle de son confrère Claude Askolovitch sur France Inter. Marion Lagardère parvient à donner une revue non pas neutre – qui le pourrait ? – mais intelligente et très sérieuse. Professionnelle, en termes journalistiques. La dominante n’y est pas toujours idéologique. On souffle (un peu). Et Le Journal revient à plusieurs reprises, avec cette qualité de n’être pas à chaque fois identique.

Un peu d’ivraie (1) ? La vision économique est unilatérale

Le florilège de chroniques et d’éditoriaux n’est pas toujours convaincant. Ce sont des « éditoriaux » qui sont très souvent engagés, et prennent en partie place dans le Journal. C’est le principe de l’éditorial. Cependant, une partie de ces chroniques mériterait, selon les matins, que Géraldine Woessner se penche sur leur vrai et leur faux. Lors du Journal de 8 heures, par exemple, le 12 octobre 2017, l’information économique concerne les déclarations du FMI et de sa présidente Christine Lagarde, dont aucun média ne relève plus les étrangetés de son passage au Ministère de l’économie sous Sarkozy. « Le vrai danger, c’est la dette. Le FMI tire la sirène d’alarme » indique Patrick Cohen. La question est : « Le monde va-t-il connaître une nouvelle crise financière majeure ? ». Réponses de Nicolas Barré, directeur des Échos : « L’économie mondiale ressemble au Titanic », car « les soutes sont lestées de dettes ». Le risque ? Une crise financière mondiale comme en 2008. Il y a « trop d’argent » qui est injecté dans le système financier. L’auditeur tend l’oreille : le président de la République met justement en œuvre actuellement une politique destinée à rediriger l’argent des épargnants vers l’activité économique. Nicolas Barré ne le signale pas. Selon lui, « c’est une séquelle de la crise financière de 2008, quand les banques centrales avaient sauvé le monde en injectant des fonds » – et « il y a trop de dettes dans le monde ». L’ambiance est à la crise majeure, dit le FMI. Les contribuables apprécieront d’entendre que le monde a été sauvé par les banques en 2008. Vrai ? Faux ?

Un peu d’ivraie (2) ? Hélène Jouan au rapport !

« Hélène Jouan vous parle politique ». La chronique semble déplacée dans ce studio, l’auditeur a le sentiment d’être retourné sur France Inter. D’autant que la chroniqueuse nous gratifie de ses ricanements durant deux heures, ainsi que de commentaires personnels. Le mardi 10 octobre, évoquant Jean Rochefort, Hélène Jouan se souvient de Vichy. Du comédien, elle a retenu ceci : lors d’un entretien, 35 ans après la guerre, Rochefort se souvenait avoir vu une femme tondue, son bébé à proximité dans les mains d’un combattant. Jouan explique que depuis ce jour, le comédien avait peur des foules. Où veut-elle en venir ? Patrick Cohen lui-même indique ne pas bien comprendre. À la polémique entre Valls et Mélenchon. Ce dernier ne veut pas approcher « l’ethniciste » Valls et aurait perdu sa « laïcité ». Valls est, selon elle, accusé de « nazisme ». La pire des « insultes », à ses yeux : « facho ! facho ! ». Une « insulte », dit-elle, qui vise en France à délégitimer tout adversaire. Entendre Hélène Jouan dénoncer la reductio ad hitlerum, autrement nommée Point Godwin, lors d’une Matinale menée par Patrick Cohen ne manque pas de sel. Le couple pratique cette forme binaire de pensée politique depuis une trentaine d’années, partout où il passe.

Encore un peu d’ivraie ? Tout est souvent dans les silences.

À 7h07, le 11 octobre, ce sont les silences qui donnent le ton dans le Journal. Thème : « Le préfet de Marseille limogé ». Information factuelle et explications : « Gérard Collomb s’interroge sur les conditions de la libération d’un homme en situation irrégulière qui avait donné sept identités différentes puis le lendemain, sur le parvis de la gare saint Charles, tué deux jeunes filles. Il décide donc de débarquer le préfet. Il faut dire que ce rapport qui lui a été rendu sur les dysfonctionnements de la préfecture était sans concessions ». Suit un reportage sur les manquements évoqués, reportage qui entre dans les plus petits détails. Comme le fait qu’un agent ne prenne pas le temps de passer un coup de fil. Précision : le ministre « exige que les préfectures aient accès aux logiciels des centres de rétention ». La mort de deux jeunes femmes à Marseille est le produit de ce dysfonctionnement et de ses manquements aux procédures. Non ? Vous n’avez pas remarqué les silences ? Au cours des 2 minutes que dure cette information, des mots ne sont jamais prononcés : « attentat islamiste », « meurtrier islamiste », « islam », « attentat terroriste ». Rien. Pas un de ces mots, et surtout pas le mot « islamisme ». De même, le possible d’une responsabilité du Ministre de l’Intérieur n’est pas évoqué. Ni responsable, ni Islam ?

Voir aussi : Europe 1, infographie

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