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Hongrie : un média anti-Orbán financé par le groupe des socialistes au Parlement européen

21 janvier 2023

Temps de lecture : 5 minutes
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Hongrie : un média anti-Orbán financé par le groupe des socialistes au Parlement européen

21 janvier 2023

Temps de lecture : 5 minutes

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En Hongrie, la presse est « tellement muselée » (sic) qu’elle peut librement donner dans l’orbanophobie la plus virulente sous parrainage sorosien, travailler en collaboration avec l’AFP et la Commission européenne à un projet de fact-checking, recevoir des fonds du Département d’État américain (740 000 dollars), ou ceux d’un des plus importants groupes du Parlement européen, l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D). Une fois de plus, le mythe véhiculé par les médias de grand chemin sur l’état « inquiétant » de la liberté de la presse en Hongrie fond comme neige au soleil.

Nyugati Fény, un média qui dévore du Orbán du matin au soir

Bien moins pro­fes­sion­nel que d’autres médias hon­grois, Nyu­gati Fény, en français « Lumière de l’Ouest », est un site tapant à bras rac­cour­cis sur le gou­verne­ment Orbán dans un style par­fois à la lim­ite du trash et ne rec­u­lant devant aucune attaque ad per­son­am.

Il serait presque pos­si­ble de le ranger dans la caté­gorie presse à sen­sa­tion, tant le niveau de ce média numérique caresse les bas-fonds. En douce, nom­bre de jour­nal­istes tra­vail­lant pour des médias orbano-cri­tiques plus sérieux le recon­nais­sent volon­tiers : Nyu­gati Fény est une véri­ta­ble poubelle. Mais son mes­sage est sim­ple et clair, et per­met de touch­er un pub­lic plus var­ié que celui des diplômés urbains : l’Europe de l’ouest est un jardin d’Éden, alors que la Hon­grie est un enfer dont la pop­u­la­tion est plongée dans la mis­ère et écrasée par une clique de som­bres klep­to­crates qui mérit­eraient, tels des vam­pires, de dis­paraître sous les feux de la rampe bruxelloise.

Le groupe S&D met la main à la poche

Nos con­frères hon­grois de la Fon­da­tion pour un jour­nal­isme trans­par­ent (Tran­sz­parens Újságírásért Alapítvány — ojim.hu) vien­nent de met­tre le doigt sur une affaire qui en dit long sur les men­songes proférés sur la lib­erté de la presse en Hon­grie par les médias de grand chemin d’Europe de l’Ouest.

Le groupe S&D du Par­lement européen paie Nyu­gati Fény pour dis­pos­er d’un encart pub­lic­i­taire sur ce site. Tout cela alors que nous ne sommes pas en péri­ode de cam­pagne élec­torale européenne, et que d’ailleurs S&D n’est pas un par­ti mais un groupe pour lequel les électeurs hon­grois ne peu­vent directe­ment vot­er. Pas besoin de longues études pour com­pren­dre l’entourloupe : le groupe S&D a trou­vé un moyen détourné pour financer ce média hon­grois. Un véri­ta­ble prob­lème du point de vue de la sou­veraineté du marché de la presse et des médias hon­grois, selon nos con­frères de l’ojim.hu.

Quelques jours avant la révéla­tion de cette affaire, le fon­da­teur et rédac­teur en chef de Nyu­gati Fény, Vik­tor Man­du­la, démis­sion­nait. Seuls les « cerveaux malades » ver­ront un lien entre la démis­sion de Man­du­la et les révéla­tions qui suiv­ront. Ce qui est en revanche sûr, c’est que ce Man­du­la n’a jamais fait mys­tère de son sou­tien au DK (Coali­tion démoc­ra­tique, pre­mier par­ti d’op­po­si­tion en Hon­grie) et des crises d’urticaire que lui provo­quait Vik­tor Orbán.

C’est donc en par­tie avec l’argent du con­tribuable français, qui finance le fonc­tion­nement du Par­lement européen et donc celui de ses groupes, qu’un média hon­grois attaquant du matin au soir Vik­tor Orbán est financé. Dans le même temps, la presse française sub­ven­tion­née par le même argent du con­tribuable français nous explique depuis des années que la presse « libre et indépen­dante » hon­groise (com­pren­dre celle qui est du bon côté du manche) est étran­glée par le vilain Orbán.  Mais ce n’est pas tout !

Là où le bât blesse encore plus

S&D tra­verse actuelle­ment une crise due au « Qatar­gate », un scan­dale de cor­rup­tion ayant éclaté en décem­bre 2022 et mêlant plusieurs mem­bres du groupe, accusés d’avoir reçu de l’argent du Qatar en échange de la défense des intérêts de cette richissime pénin­sule ara­bique au Par­lement européen. L’affaire est d’une telle ampleur — elle s’entend désor­mais même au Maroc — que les médias sub­ven­tion­nés n’ont eu d’autres choix que de la relay­er et d’acculer les intéressés.

Il est donc assez cocasse de not­er que les députés hon­grois inscrits au groupe S&D qui pes­tent inlass­able­ment con­tre « Orbán le voleur, le cor­rompu et l’homophobe » avaient pen­dant des années des col­lègues social­istes nageant dans l’argent du Qatar, ce petit pays ser­vant de base arrière aux Frères musul­mans, pra­ti­quant le ser­vage et n’étant pas con­nu pour être spé­ciale­ment ten­dre avec les homo­sex­uels et encore moins avec les activistes LBGT.

Au sein de ce groupe, on trou­ve la crème de la crème de l’opposition hon­groise. Tout d’abord, Klára Dobrev, qui a raté de peu l’investiture de l’opposition unie face à Péter Már­ki-Zay pour défi­er Vik­tor Orbán en avril 2022. Mais aus­si, István Ujhe­lyi, un homme poli­tique social­iste tal­entueux et intel­li­gent, qui traîne par ailleurs avec lui des affaires de cadeaux reçus par les autorités chi­nois­es (des affaires évo­quées non pas par un obscur site com­plo­tiste, mais par Direkt36, un site d’investigation hon­grois aux liens avec la galax­ie Soros).

L’eurodépbuté hongrois István Ujhelyi prend un selfie en compagnie d’Éva Kaïlí, eurodéputé grecque actuellement inculpée et écrouée pour avoir reçu des versements du Qatar.

L’eurodépbuté hon­grois István Ujhe­lyi prend un self­ie en com­pag­nie d’Éva Kaïlí, eurodéputé grecque actuelle­ment inculpée et écrouée pour avoir reçu des verse­ments du Qatar.

Source : mandiner.hu

Nyugati Fény, un média proche du parti de l’ex-Premier ministre Ferenc Gyurcsány

Il n’est pas éton­nant que Nyu­gati Fény, fondé en 2015, soit lié à la Coali­tion démoc­ra­tique (DK) de Fer­enc Gyurcsány, Pre­mier min­istre social­iste de 2004 à 2009, et de son épouse Klára Dobrev, député européenne, can­di­date à la pri­maire de l’opposition en 2022, cheffe du « gou­verne­ment de l’ombre » du DK et petite-fille du dig­ni­taire com­mu­niste et bour­reau des insurgés de 1956 Antal Apró. Gyurcsány et sa femme sont à la tête d’une for­tune con­sid­érable et for­ment un cou­ple de pro­fes­sion­nels de la politique.

En Hon­grie, il est de bon ton de dire qu’après Vik­tor Orbán (né en 1963), Fer­enc Gyurcsány (né en 1961) est le deux­ième homme poli­tique le plus doué de sa généra­tion — celle ayant fait ses class­es dans les mou­ve­ments de jeunesse du social­isme ago­nisant des années 80 et ses crocs dans la jun­gle « démoc­ra­tique » des années 90. Homme du scan­dale de Bal­a­tonőszöd et des man­i­fes­ta­tions de 2006, Gyurcsány est un épou­van­tail pour les électeurs du Fidesz et de la droite nationale.

Mais le dinosaure Gyurcsány offi­cie tou­jours, et le Fidesz y trou­ve d’ailleurs un atout tant l’homme provoque de la répul­sion chez de nom­breux Hon­grois. Son par­ti, le DK (actuelle­ment deux­ième par­ti de Hon­grie à 14% d’intention de vote), est le seul par­ti digne de ce nom au sein de l’opposition et dis­pose d’un réel appareil fonc­tion­nant aus­si en dehors de Budapest. Si Gyurcsány plaide pour les « États-Unis d’Europe », une idée plaisant à cer­taines franges de la bour­geoisie intel­lectuelle budapestoise, il sait aus­si user de son bagou pour séduire des électeurs de province, chose rare au sein de l’opposition hongroise.

C’est là qu’un pro­jet comme Nyu­gati Fény prend tout son sens. Du ren­tre-dedans pour hap­per un élec­torat en détresse. On recon­naît aus­si la pat­te du pro­fes­sion­nel sur un autre plan : la société West­ern Light s.r.o qui édite Nyu­gati Fény, que les médias pro-Fidesz surnom­ment « blog Gyurcsány » ou « blog DK », est domi­cil­iée en Slo­vaquie. Un procédé bien con­nu en Hon­grie, util­isé pour des raisons fis­cales par nom­bre d’entrepreneurs hon­grois retors.

À la lec­ture de tout ce qui précède, peut-être que les con­tribuables français com­pren­dront que les médias de grand chemin les pren­nent pour des din­des, des din­des qui devraient ignor­er où et com­ment une par­tie de leurs impôts s’évapore via le groupe SD du Par­lement européen.

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