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Coupe du monde au Qatar : les journalistes tenus en laisse ?

1 novembre 2022

Temps de lecture : 3 minutes
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Coupe du monde au Qatar : les journalistes tenus en laisse ?

1 novembre 2022

Temps de lecture : 3 minutes

Si certains appellent bel et à bien à boycotter l’édition 2022 de la Coupe du monde de football qui se tiendra du 20 novembre au 18 décembre au Qatar, la traditionnelle machine à s’indigner fonctionne pour le moins à bas régime lorsqu’il s’agit du sulfureux émirat de la péninsule arabique.

Les expli­ca­tions à ce relatif silence sont mul­ti­ples : trop d’enjeux financiers dans la bal­ance, affaires énergé­tiques, soumis­sion de la classe poli­tique française à ce pays, etc. Mais le richissime Qatar ne s’en sort pas indemne pour autant : Reporters sans fron­tières (RSF), que l’on ne peut cer­taine­ment pas soupçon­ner d’être dans le camp du Mal, vient de se pay­er Doha sur la ques­tion de l’accréditation des jour­nal­istes au Mon­di­al.

Un « détournement » du système des accréditations

À un mois du début de la com­péti­tion, RSF tire la son­nette d’alarme et pointe du doigt le dis­posi­tif restric­tif d’octroi des accrédi­ta­tions mis en place par les autorités qataries. Selon Christophe Déloire, secré­taire général de RSF, ces dernières « détour­nent le sys­tème d’ac­crédi­ta­tion des jour­nal­istes pour leur inter­dire de tra­vailler sur cer­tains sujets. En oblig­eant les médias, au moment où ils deman­dent leur accrédi­ta­tion, à accepter de respecter un cer­tain nom­bre de con­di­tions, dont cer­taines sont vagues, ambiguës et sujettes à une inter­pré­ta­tion arbi­traire, le Qatar cherche claire­ment à décourager, voire à empêch­er la presse étrangère de par­ler d’autre chose que de football. »

Con­tac­tée par RSF, les autorités com­pé­tentes en la matière nient évidem­ment en bloc et pré­ten­dent que la lib­erté de la presse et de reportage sera assurée au cours de ce qui s’annonce comme une étrange édi­tion de la fête mon­di­ale du bal­lon rond.

Le sujet épineux de l’« esclavage moderne »

Les activistes du cli­mat et les défenseurs des droits LGBT sont en alerte, mais une autre ques­tion épineuse met bien plus en alerte les autorités qataries. Il s’agit de celle de l’ « esclavage mod­erne » pra­tiqué au Qatar dans le domaine de la con­struc­tion et des travaux publics.

Ce point est certes abor­dé par la presse occi­den­tale (Médi­a­part, TV5 Monde, Le Monde diplo­ma­tique), mais pas suff­isam­ment pour qu’il prenne une ampleur médi­a­tique sus­cep­ti­ble de nuire aux affaires de l’émirat. Car c’est bien ce que les Qataris craig­nent comme la peste : que la foule de jour­nal­istes qu’attirera le Mon­di­al com­prenne des élé­ments déter­minés à réalis­er des reportages trai­tant de cette ques­tion. Ce ren­dez-vous sportif offre en effet aux jour­nal­istes une fenêtre de tir excep­tion­nelle pour réalis­er des reportages sur place. Les autorités le savent et ont dressé une liste des lieux autorisés à être filmés. Ain­si sera-t-il qua­si­ment impos­si­ble aux jour­nal­istes de s’intéresser aux secteurs de la con­struc­tion et de l’immobilier, c’est-à-dire aux sujets qui fâchent.

Le Qatar, l’exemple parfait du deux poids deux mesures permanent

Si Chris­t­ian Ches­not et Georges Mal­brunot ne s’étaient pas intéressés dès 2013 aux pra­tiques sus­pectes du Qatar et du rôle trou­ble dans ces pra­tiques de la classe poli­tique française, la presse française serait prob­a­ble­ment encore plus silen­cieuse sur la ques­tion qatarie qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Ches­not et Mal­brunot ont per­mis de déli­er les langues, et il faut dire que ce qu’ils avan­cent est d’une immense grav­ité : des mem­bres de la classe poli­tique française seraient achetés par le Qatar, un pays qui finance l’islam en Europe et sou­tient des mou­ve­ments islamistes. Sans par­ler de ce qui saute aux yeux : ce grand ami de la France n’est en aucun point un mod­èle de respect des Droits de l’homme, que Paris aime pour­tant défendre de manière frénétique.

RSF place le Qatar 119e sur 180 dans son classe­ment de la lib­erté des médias et résume le paysage médi­a­tique dans ce pays de la manière suiv­ante : « La presse tra­di­tion­nelle au Qatar se dis­tingue par l’homogénéité de sa cou­ver­ture : les mêmes gros titres font la une et met­tent en avant les faits et gestes de l’émir et de son entourage. »

C’est par ailleurs bien de ce pays dont est orig­i­naire Al Jazeera, une chaîne mon­di­ale très influ­ente dans le monde arabe, par­ti­c­ulière­ment au moment des print­emps arabes. La chaîne avait alors eu une cou­ver­ture directe­ment alignée sur la posi­tion offi­cielle du Qatar, et, il faut bien le dire, sur celle des Frères musul­mans, qui étaient la force réelle­ment à la manœu­vre au moment des print­emps arabes. Et pour cause : le Qatar héberge les Frères musul­mans, même s’il revient depuis peu timide­ment sur cette politique.

On a con­nu nos médias de grand chemin plus sour­cilleux pour moins que cela. Il n’y a guère que Le Monde diplo­ma­tique qui fasse preuve depuis longue date d’une con­stance dans la cri­tique de cette puis­sance énergé­tique du Golfe. Voici com­ment le men­su­el évo­quait dès 2016, dans un arti­cle inti­t­ulé « Esclaves du XXIe siè­cle », la ques­tion du Mon­di­al et de la con­di­tion des tra­vailleurs étrangers au Qatar : « Soucieux de trans­former sa richesse en puis­sance et influ­ence, le Qatar mul­ti­plie les opéra­tions de pres­tige, comme l’organisation de la Coupe du monde de foot­ball en 2022. Mais ces grands chantiers publics et leur lot d’accidents ont révélé l’archaïsme et la bru­tal­ité d’un sys­tème de par­rainage des tra­vailleurs étrangers qui con­fine au servage. »

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