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Le Media Development Investment Fund : arme financière des réseaux d’influence médiatique de George Soros

29 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes
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Le Media Development Investment Fund : arme financière des réseaux d’influence médiatique de George Soros

29 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 1er mars 2022

Anciennement “Media Développement Loan Fund” de 1995 à 2013, le Media Development Investment Fund (MDIF) est destiné à soutenir financièrement « les entreprises indépendantes du secteur des médias et de l’information opérant dans des environnements difficiles, surtout dans les pays ayant un passé en matière d’oppression de la presse ».

Les débuts du fonds d’investissement sorosien

Cette organ­i­sa­tion à but non lucratif a été créée en 1995 par le jour­nal­iste serbe Saša Vučinić et le jour­nal­iste améri­cain Stu­art Auer­bach grâce à un finance­ment à hau­teur de 500 000 dol­lars octroyés par le mil­liar­daire améri­cain d’origine hon­groise George Soros.

Ini­tiale­ment, elle est conçue comme une « banque des médias » et a été lancée dans le con­texte de l’après chute du mur de Berlin en ayant prin­ci­pale­ment pour objec­tif d’aider les jour­nal­istes d’Europe de l’Est et du Sud, une région alors en pleine tran­si­tion du com­mu­nisme à l’économie de marché. Très rapi­de­ment, les con­tribu­teurs à ce pro­jet se ren­dent compte du « besoin urgent de financer des médias de pays faisant face à d’autres formes de tran­si­tion et de sociétés cher­chant à échap­per à l’autoritarisme et à la cor­rup­tion sys­témique ». C’est ain­si que le MDIF est aujourd’hui présent du Guatemala à l’Indonésie, de l’Ukraine au Zim­bab­we, dans 44 pays et à 88,6% dans des États où la presse est con­sid­érée comme « n’étant pas libre ou qu’en par­tie ».

Depuis sa créa­tion, cette organ­i­sa­tion, dont le pre­mier finance­ment a été accordé à un média slo­vaque en 1996, a financé plus de 130 « médias indépen­dants » pour un total de 250 mil­lions de dollars.

Le MDIF et l’OSF, une même famille

Basé à New York, le MDIF dis­pose aus­si d’un siège à Prague, où offi­cie notam­ment Maria Nem­cová, au poste de direc­trice des opéra­tions. Maria Nem­cová est l’ancienne direc­trice des opéra­tion des Open Soci­ety Foun­da­tionsà Prague et est mem­bre du con­seil de direc­tion de Mag­yar Yeti Zrt., la société der­rière le pro­jet de fact-check­ing Lak­musz mis en place par le média en ligne libéral-lib­er­taire hon­grois 444 en col­lab­o­ra­tion avec l’AFP et la Com­mis­sion européenne. 

Maria Nem­cová n’est pas la seule au MDIF à avoir des liens de pre­mier avec la galax­ie OSF. Le PDG du MDIF depuis 2011, directeur-adjoint de 1998 à 2011, Har­lan Man­del, est l’ancien con­seiller général adjoint de l’Open Soci­ety Insti­tute et du Soros Foun­da­tions Net­work. L’avocate Ele­na Popovic, con­seil­lère et secré­taire générale du MDIF, a rejoint l’organisation en 1997 après avoir s’être occupée de droit de la pro­priété des réfugiés et avoir géré une task force sur la Yougoslavie à par­tir des bureaux de l’Open Soci­ety Insti­tute de New York. Par ailleurs, Patrice Schnei­der, le directeur stratégique du MDIF est basé à Zürich et a été en 1998 Senior Advi­sor pour le Forum économique mon­di­al (Som­met de Davos) après avoir été directeur-adjoint chez Hachette Fil­i­pac­chi Media entre 1994–1998.

L’équipe du MDIF est aus­si com­posée de deux anciens dirigeants des médias Qatar­Liv­ing et Al Jazeera. Mohamed Nan­ab­hay, actuelle­ment Senior Advi­sor au MDIF, a fondé Qatar­Liv­ing en 2005 et était à la tête de la ver­sion en ligne anglaise d’Al Jazeera pen­dant les « Révo­lu­tions arabes » de 2011. Bilal Ran­deree, directeur des pro­grammes pour l’Afrique et le Moyen-Ori­ent au MDIF, est l’ancien PDG de Qatar­Liv­ing et a été directeur des réseaux soci­aux et édi­teur en ligne chez Al Jazeera.

L’Europe post-communiste, terrain de jeu de premier choix du MDIF

En Pologne, ce fonds détient des parts d’Agora SA, un groupe de médias dont un des per­son­nages clés est Adam Mich­nik. Liée au MFID et à Ago­ra SA, la société tchèque SFS Ven­tures détient quant à elle 60% des parts du groupe polon­ais Eurozet — qui a appartenu jusqu’en 2018 au groupe Lagardère avant que Czech Media Invest­ment n’en prenne le con­trôle pour un an — opérant sur le secteur de la radio, les 40% restants étant détenus par Ago­ra SA, qui dis­pose d’une option d’achat sur les parts de SFS Ven­tures. Ce noy­au­tage d’Eurozet par un groupe de presse proche de l’opposition et des cer­cles d’influence grav­i­tant autour de la galax­ie Soros fait que les radios dépen­dant d’Eurozet sont totale­ment du côté de l’opposition polon­aise et invari­able­ment opposées à la poli­tique du gou­verne­ment con­ser­va­teur. Le MDIF dis­pose aus­si de parts dans la société Plu­ralis BV, société dont le siège est à Ams­ter­dam et ayant racheté, en décem­bre 2021 et jan­vi­er 2022, 40% des parts dans Gremia Media, le groupe détenant le grand quo­ti­di­en polon­ais Rzecz­pospoli­ta.

En Slo­vaquie, le MDIF tra­vaille avec Petit Press, un con­sor­tium de médias détenant notam­ment SME, dont le quo­ti­di­en et le por­tail en ligne font par­tie des médias les plus lus du pays. L’ancien directeur général et mem­bre du comité du MDIF Alex­ej Ful­mek (2013–2020) a co-fondé avec Karol Jezik le quo­ti­di­en SME et est depuis plus de vingt ans directeur général de Petit Press. Valer Kot, actuelle­ment Senior Media Advi­sor au MDIF, est quant à lui à l’origine du développe­ment de la ver­sion en ligne du quo­ti­di­en SME, sme.sk. SME s’est notam­ment illus­tré par son oppo­si­tion au Pre­mier min­istre slo­vaque Robert Fico, social-démoc­rate aux accents pop­ulistes déplaisant à Bruxelles.

En Hon­grie, le MDIF est lié à 444 par la fig­ure de Maria Nem­cová et du Dig­i­tal News Ven­tures LLC, un fonds dépen­dant du MDIF. Le MDIF est par ailleurs pro­prié­taire à hau­teur de de 18,4% de l’hebdomadaire libéral-lib­er­taire Mag­yar Narancs. Pen­dant la crise migra­toire de 2015, Mag­yar Narancs avait pub­lié un numéro à la cou­ver­ture polémique mon­trant le Pre­mier min­istre hon­grois Vik­tor Orbán por­tant une mous­tache hitléri­enne en forme de bar­belés, ce qui n’avait pas entraîné de con­séquences sur le fonc­tion­nement de ce média, vivant depuis tou­jours libre­ment et étant tou­jours aus­si sévère à l’égard de la poli­tique du gou­verne­ment hongrois.

Le MDIF est égale­ment très présent en ex-Yougoslavie, notam­ment par l’intermédiaire des médias insajder.net (Ser­bie, por­tail d’ « inves­ti­ga­tion sur les crimes de guerre, la cor­rup­tion et l’extrémisme poli­tique »), Kanal 77 (Macé­doine du Nord, radio fondée en 1989 se dis­ant « indépen­dante »), Ok Radio (radio du sud de la Ser­bie défen­dant le « coex­is­tence entre Serbes, Tzi­ganes et Albanais »), RTV1 (groupe de médias du Koso­vo, dont les fon­da­teurs se sont opposés à la Ser­bie à la fin des années 90) et le groupe Vijesti (TV et quo­ti­di­en) au Mon­tene­gro ayant soutenu la rup­ture avec la Ser­bie en 2006.

En Ukraine, le groupe Lig­a­me­dia a fait appel au ser­vice du MDIF. Ce groupe existe depuis 1996 et attire des investis­seurs améri­cains, mais aus­si l’intérêt de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développe­ment inter­na­tion­al) qui a signé un accord de coopéra­tion avec Lig­a­me­dia en 2019 pour dévelop­per la plate­forme de com­para­i­son LIGA.Money. Les réseaux en Ukraine du MDIF con­cer­nent aus­si Meli­topol­skie Vedo­mosti, basé dans le sud-est ukrainien à Melitopol.

L’European Press Prize, le graal du journalisme selon le MDIF

Sur son site inter­net, le MDIF fait la pro­mo­tion de l’European Press Prize, qu’il co-finance avec The Guardian Foun­da­tion. En 2018, ce prix a été remis dans les bureaux budapestois de l’Open Archives Soci­ety de George Soros en 2018 et dans ceux d’Ago­ra à Varso­vie en 2019. Le fon­da­teur de Newsweek Pol­s­ka (média de la galax­ie Axel Springer), Tomasz Lis, ancien des chaînes Pol­sat et TVN et fon­da­teur du site NaTemat.pl en 2012, a été sélec­tion­né en 2017 pour l’obtention de ce prix.

Grâce à sa fidél­ité à la Plate­forme civique, par­ti polon­ais de Don­ald Tusk opposé au gou­verne­ment actuel, entre 2007 et 2015, Tomasz Lis pro­dui­sait une émis­sion poli­tique claire­ment pro-gou­verne­men­tale et mar­quée idéologique­ment sur la télévi­sion publique polon­aise, qui a bien sûr pris fin avec l’arrivée au pou­voir du PiS en octo­bre 2015. Tomasz Lis est avec Adam Mich­nik la preuve que ce que l’on nomme « médias libres et indépen­dants » sont en fait des médias ori­en­tés idéologique­ment, dont les affinités poli­tiques nationales sont le cas échéant affichées. Le cas de Tomasz Lis mon­tre que lorsque la Plate­forme civique était au pou­voir, elle tenait la télévi­sion publique, comme c’est désor­mais le cas du PiS.

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