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Adam Michnik

28 juin 2016

Temps de lecture : 10 minutes
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Adam Michnik

Du communisme à la génération 68 libérale libertaire

Adulé par les uns, détesté par les autres, Adam Michnik, grande figure de l’opposition au communisme en Pologne et journaliste militant de centre-gauche, est depuis 1989 le rédacteur en chef du journal Gazeta Wyborcza (« Journal électoral »), « premier quotidien indépendant dans les pays de l’Est », qui avait été créé cette année-là pour les premières élections semi-libres après plus de quarante ans de dictature sous occupation soviétique.

Adam Mich­nik, son jour­nal et les jour­nal­istes proches de Gaze­ta Wybor­cza ont longtemps été, après la chute défini­tive du com­mu­nisme polon­ais avec les pre­mières élec­tions libres en 1990, la pre­mière source d’informations sur la Pologne (et sou­vent même la seule) de la plu­part des médias inter­na­tionaux y com­pris français. Le quo­ti­di­en Gaze­ta Wybor­cza est proche idéologique­ment du jour­nal français Le Monde avec lequel il col­la­bore au sein du parte­nar­i­at « Europa ». Et d’ailleurs, qui pou­vait faire l’apologie de l’ancien maoïste soix­ante-huitard André Glucks­mann dans les colonnes du Monde mieux qu’Adam Mich­nik, ancien mem­bre, avec Jacek Kuroń et Karol Modzelews­ki, de l’opposition interne du par­ti com­mu­niste polon­ais, par­ti­san d’un social­isme à vis­age humain devenu à la chute du com­mu­nisme une grande voix de la gauche libérale-lib­er­taire ?

Chroniqueur, jour­nal­iste, essay­iste, écrivain et mil­i­tant poli­tique, grand pour­fend­eur du « fas­cisme » qu’il perçoit dans les rangs de la droite con­ser­va­trice de son pays, Adam Mich­nik, qui avait été empris­on­né à de nom­breuses repris­es lorsqu’il était dis­si­dent, a tou­jours été favor­able à la poli­tique du « gros trait » (en polon­ais : Gru­ba Kres­ka) vis-à-vis des crimes et dél­its com­mu­nistes. Une poli­tique qui con­sis­tait à tir­er un trait sur le passé et à ne pas con­damn­er les anciens dirigeants ni divulguer les noms des col­lab­o­ra­teurs et agents du régime com­mu­niste. C’est un ancien déla­teur, Lesław Malesz­ka, qui écrivait des édi­to­ri­aux con­tre la « lus­tra­tion » dans le jour­nal de Mich­nik où il a tra­vail­lé jusqu’en 2008. « Foutez-la paix au général » (en polon­ais : Odpieprz­cie się od gen­er­ała), lança Adam Mich­nik aux jour­nal­istes à pro­pos du général Jaruzel­s­ki en 1992. Ou encore, « c’est un homme d’honneur » à pro­pos du général Kiszczak, min­istre de l’Intérieur sous Jaruzel­s­ki dans les années 80.

Adam Mich­nik a été un des grands acteurs, aux côtés de Lech Wale­sa, des négo­ci­a­tions qui ont abouti aux élec­tions semi-libres de juin 1989 (65 % des sièges étaient réservés au par­ti com­mu­niste et à ses satel­lites). C’est le seul représen­tant de Sol­i­dar­ité à avoir eu accès dès 1990, pen­dant trois mois, aux archives du min­istère de l’Intérieur à la tête de la « Com­mis­sion Mich­nik », com­posée de qua­tre per­son­nes. Cet accès n’a pas été doc­u­men­té selon les règles alors en vigueur et Mich­nik est accusé par ses détracteurs d’avoir sor­ti et/ou détru­it des doc­u­ments sur dif­férents col­lab­o­ra­teurs et agents du régime. C’est juste­ment ce com­bat qui oppose depuis le début des années 90 ce représen­tant de l’aile gauche laïque de l’ancien syn­di­cat Sol­i­dar­ité aux con­ser­va­teurs catholiques issus de l’aile droite de ce même syn­di­cat, favor­ables à la « lus­tra­tion ».

La plus grande crainte d’Adam Mich­nik quand la Pologne s’est trans­for­mée en démoc­ra­tie par­lemen­taire à économie de marché ? Que son pays ne devi­enne une république con­fes­sion­nelle dom­inée par l’Église catholique. Il a toute­fois dit red­outer « le rejet du Déca­logue et de la tra­di­tion » tout en affir­mant, à pro­pos de la Bible, que « c’est le livre le plus sage qui ait été écrit » (entre­tien pub­lié sous le titre « Mich­nik : la Pologne sans l’Église, c’est un tableau noir » ; titre polon­ais : Mich­nik: Pol­s­ka bez Koś­cioła to czarny obraz, 19/03/2014). D’où son com­bat con­tre l’Église catholique mené depuis le début par Gaze­ta Wybor­cza, doc­u­men­té dans le livre Koś­ciół Wybor­czej (L’Église de Gaze­ta Wybor­cza) du jour­nal­iste, his­to­rien et essay­iste Artur Dmo­chows­ki (lui aus­si ancien dis­si­dent mem­bre du syn­di­cat Sol­i­dar­ité, actuelle­ment directeur de l’agence de presse polon­aise PAP).

S’il défend aujourd’hui ardem­ment l’ancien leader charis­ma­tique de Sol­i­dar­ité Lech Wale­sa accusé d’avoir joué un dou­ble jeu avec les com­mu­nistes avant et après la tran­si­tion démoc­ra­tique, en 1990 Adam Mich­nik soute­nait active­ment la can­di­da­ture de Tadeusz Mazowiec­ki con­tre celle de Lech Wale­sa dans les colonnes de Gaze­ta Wybor­cza. L’engagement mil­i­tant de Gaze­ta Wybor­cza con­tre Wale­sa sous la direc­tion d’Adam Mich­nik a poussé le syn­di­cat Sol­i­dar­ité à exiger que le nom du jour­nal soit expurgé de l’étiquette « Sol­i­darność ».

Adam Mich­nik, issu lui-même d’une famille juive, est aus­si très engagé con­tre l’antisémitisme perçu ou sup­posé de la société polon­aise. Ses méth­odes et les méth­odes du jour­nal Gaze­ta Wybor­cza sou­vent plus mil­i­tantes que jour­nal­is­tiques, lui ont valu, dans ce domaine aus­si, de nom­breuses cri­tiques.

La biogra­phie et l’évolution d’Adam Mich­nik incar­nent par­faite­ment les pro­pos tenus par l’ancien dis­si­dent hon­grois devenu pre­mier min­istre, Vik­tor Orbán, pour le jour­nal anglais The Tele­graph en octo­bre 2013, sur l’arbre généalogique du com­mu­nisme bolchevique de l’ancien bloc de l’Est dont les branch­es passent par la « généra­tion 68 » à l’Ouest pour aboutir aux bureau­crates de Brux­elles et aux médias d’aujourd’hui.

Origines familiales

Né en octo­bre 1946 dans une famille juive polon­aise, fils d’Ojzasz Szechter et Helana Mich­nik, deux mil­i­tants com­mu­nistes d’avant-guerre. Le père d’Adam Mich­nik, fig­ure impor­tante du Par­ti com­mu­niste d’Ukraine occi­den­tale, fut con­damné en 1934 à huit ans de prison pour son activ­ité sub­ver­sive et séces­sion­niste qui lui vaut aujourd’hui d’être con­sid­éré par cer­tains his­to­riens polon­ais comme un ancien agent du NKVD sovié­tique. Le frère d’Adam Mich­nik, Ste­fan Mich­nik, est quant à lui un ancien cap­i­taine de l’armée com­mu­niste polon­aise et un ancien juge coupable de crimes stal­in­iens, puisqu’il a pronon­cé plusieurs con­damna­tions à mort con­tre des pris­on­niers poli­tiques. Il s’est enfui en Suède après les événe­ments de mars 1968 et il y vit encore, la jus­tice sué­doise ayant refusé en 2010 son extra­di­tion vers la Pologne.

Parcours professionnel et militant

Impos­si­ble de sépar­er le par­cours pro­fes­sion­nel et mil­i­tant de cet acteur majeur de la vie poli­tique et médi­a­tique polon­aise. Adam Mich­nik s’est engagé dès le lycée dans l’opposition mod­érée au régime com­mu­niste. Étu­di­ant, il a été sus­pendu de l’université en 1966 pour sa par­tic­i­pa­tion à des ini­tia­tives cri­tiques vis-à-vis du sys­tème com­mu­niste tel qu’il fonc­tion­nait à l’époque en Pologne. Dès 1965, ses textes étaient inter­dits de pub­li­ca­tion et il pub­li­ait donc sous des pseu­do­nymes. En 1968, il a été défini­tive­ment ren­voyé de l’université pour avoir infor­mé le reporter français Bernard Mar­gueritte d’une man­i­fes­ta­tion con­tre la cen­sure à l’encontre d’une pièce de théâtre d’Adam Mick­iewicz. Arrêté quelques jours après son ren­voi et con­damné à trois ans de prison pour « actes de hooli­gan­isme », il a été libéré une pre­mière fois en 1969 en ver­tu d’une amnistie. Adam Mich­nik a ensuite été autorisé à ter­min­er ses études, ce qui ne l’a pas empêché de pour­suiv­re son activ­ité de dis­si­dent. Dans les années 70 et 80, il a par­ticipé active­ment à la créa­tion du « Comité de défense des ouvri­ers » (KOR) puis du syn­di­cat Sol­i­dar­ité en tra­vail­lant à la rédac­tion et à la dif­fu­sion de la presse clan­des­tine. Arrêté plus d’une cen­taine de fois, à nou­veau interné pen­dant l’état de siège instau­ré par le général Jaruzel­s­ki pour avoir refusé de quit­ter le pays puis, à nou­veau, pour avoir par­ticipé à l’organisation d’une grève, Adam Mich­nik a été un des grands acteurs des dis­cus­sions dites « de la table ronde » qui ont con­duit à la tran­si­tion démoc­ra­tique en 1989–90. Lors des élec­tions semi-libres de juin 1989, il a été élu député à la Diète (la cham­bre basse du par­lement polon­ais). Aux élec­tions libres de 1991, il renon­cera à se représen­ter, préférant se con­sacr­er à la rédac­tion du jour­nal Gaze­ta Wybor­cza dont il occupe le poste de rédac­teur en chef depuis 1989.

Gaze­ta Wybor­cza, sous la direc­tion d’Adam Mich­nik, a, tout au long des années 1990, con­servé la posi­tion de leader des quo­ti­di­ens nationaux et est longtemps resté le jour­nal le plus influ­ent du pays. C’est un jour­nal à la fois européiste et atlantiste, par­ti­san de l’avortement et des reven­di­ca­tions des milieux LGBT. S’il a aujourd’hui per­du sa pre­mière place au prof­it du tabloïd Fakt, dans un paysage médi­a­tique polon­ais plus diver­si­fié, il reste un média influ­ent en Pologne et à l’étranger. Adam Mich­nik, qui avait été depuis 2007 un sou­tien pré­cieux pour le gou­verne­ment PO-PSL de Don­ald Tusk puis d’Ewa Kopacz, est devenu, après les élec­tions d’octobre 2015, un des opposants les plus farouch­es au gou­verne­ment du par­ti con­ser­va­teur Droit et Jus­tice (PiS) qu’il qual­i­fie même par­fois de fas­ciste .

Tâche d’ombre au tableau de ce dis­si­dent de la pre­mière heure, l’affaire Rywin, du nom d’un cinéaste qui lui a pro­posé en 2002, alors que les soci­aux-démoc­rates post-com­mu­nistes (SLD) gou­ver­naient en Pologne, une loi favor­able au groupe médi­a­tique Ago­ra, pro­prié­taire du jour­nal Gaze­ta Wybor­cza, con­tre paiement d’une grosse somme. Adam Mich­nik a enreg­istré la con­ver­sa­tion, mais l’a gardée secrète, pour des raisons qu’il n’a jamais su expli­quer, pen­dant plusieurs mois. Le SLD ne s’est jamais remis du scan­dale lié à cette affaire et a défini­tive­ment per­du le pou­voir en 2005.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné

Publications

Adam Mich­nik est l’auteur de nom­breux ouvrages et pub­li­ca­tions parus en langue polon­aise et de quelques ouvrages pub­liés en anglais.

Sur Adam Mich­nik, en langue français : « L’invention du poli­tique : une biogra­phie d’Adam Mich­nik », de Cyril Bouyeure.

Décorations

Par­mi les nom­breuses déco­ra­tions reçues par Adam Mich­nik au cours de sa car­rière, il y a l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Alle­magne (2001), la Légion d’hon­neur de la République française (2003) et l’Ordre de l’Aigle blanc décerné par le prési­dent polon­ais Komorows­ki en 2010. Adam Mich­nik a aus­si reçu plusieurs doc­tor­ats hon­oris causa et de nom­breuses dis­tinc­tions pour son action mil­i­tante et jour­nal­is­tique, par­mi lesquelles le Prix de la Lib­erté du PEN Club français (1982), le titre d’Européen de l’année 1989 décerné par l’hebdomadaire français La Vie, le titre de Juif de l’Année décerné en 1991 par la Syn­a­gogue cen­trale de New York, le prix de l’Association des Jour­nal­istes Européens (1995) et le prix du jour­nal­isme et de la démoc­ra­tie de l’OSCE (1996). En 2006, le jour­nal bri­tan­nique Finan­cial Times l’a qual­i­fié de jour­nal­iste le plus influ­ent de Pologne.

Collaborations

Non ren­seigné.

Il l’a dit

« Si les gens de la nomen­klatu­ra entrent dans les sociétés anonymes, s’ils en devi­en­nent action­naires, alors ils voudront les défendre. Or le sys­tème des sociétés par actions détru­it l’ordre stal­in­ien. » (1989)

« Krzysztof, si tu veux faire un jour­nal libre, il fau­dra pass­er sur mon cadavre » (pro­pos rap­portés sur le blog du jour­nal­iste Krzysztof Les­ki, cofon­da­teur de Gaze­ta Wybor­cza).

En réponse à l’argument de Jarosław Kaczyńs­ki, expli­quant que « La décom­mu­ni­sa­tion, c’est sup­primer les priv­ilèges d’un cer­tain groupe, rien de plus. Mais il faut le faire pour qu’en Pologne il puisse y avoir un sys­tème économique nor­mal et un sys­tème social nor­mal » :
« Avez-vous con­science qu’Hitler dis­ait la même chose pour les juifs ? Qu’il faut sup­primer les priv­ilèges d’un cer­tain groupe (…). C’est ce que dis­aient les par­ti­sans d’Hitler. Vous dîtes la même chose à pro­pos des com­mu­nistes. » (1993)

À pro­pos de son frère Ste­fan Mich­nik, juge stal­in­ien, qui a pronon­cé plusieurs con­damna­tions à mort con­tre des opposants :
« Quand sont tombées les pires con­damna­tions, Ste­fan était un homme de vingt ans et quelques qui ne com­pre­nait pas grand chose de ce qui se pas­sait. Bien enten­du, cela ne le jus­ti­fie pas, mais cela ne jus­ti­fie pas non plus qu’on expose de la sorte son rôle dans les crimes stal­in­iens. » (1995, dans le livre Między panem a ple­banem)

« Pour moi décem­bre 70 a été une grande leçon. J’ai vu les grands mal­heurs aux­quels peut con­duire la révolte aveu­gle de gens dés­espérés (…). C’est alors que dans l’esprit de nos amis a com­mencé à ger­mer l’idée qu’il faut trou­ver une troisième voie entre la capit­u­la­tion, la ser­vil­ité vis-à-vis du pou­voir, et la rébel­lion aveu­gle. » (2001)

« La Table ronde a per­mis à la Pologne de sor­tir de la dic­tature sans vic­times, sans potences, sans pelo­tons d’exécution. Quand après ma mort j’irai au Juge­ment Dernier, Saint Pierre me deman­dera : ‘Qu’as-tu fait de bon, mon fils ?’ Et moi je répondrai : ‘Mon fils Antoni et la Table ronde’. » (2001)

« Le nation­al­isme de l’époque post-com­mu­niste peut avoir le vis­age du com­mu­niste nos­tal­gique Miloše­vić, du dic­ta­teur post-sovié­tique Pou­tine, des anti­com­mu­nistes post-sovié­tiques Orbán et Jarosław Kaczyńs­ki. Il peut avoir dif­férents vis­ages. Cepen­dant, le dénom­i­na­teur com­mun, c’est tou­jours une hos­til­ité aux règles de l’État de droit libéral, à la philoso­phie du dia­logue, à l’esprit de plu­ral­isme et de tolérance. » (Gaze­ta Wybor­cza, 20–21/02/2010)

« Si Orbán se main­tient en Hon­grie et si Kaczyńs­ki gagne chez nous, ce sera très dan­gereux. Ils ont tous deux une vision autori­taire de l’État, la démoc­ra­tie n’est pour eux qu’une façade. » (juil­let 2013, dans une inter­view pour Der Spiegel citée ici et ici).

Avant les élec­tions prési­den­tielles de mai 2015, qui ont vu la vic­toire du can­di­dat du PiS Andrzej Duda sur le can­di­dat du PO Bro­nisław Komorows­ki (soutenu par Adam Mich­nik et Gaze­ta Wybor­cza), à pro­pos du prési­dent sor­tant Komorows­ki :
« Il me sem­ble que sauf événe­ment imprévis­i­ble, par exem­ple si Bro­nisław Komorows­ki roule en état d’ivresse et écrase sur un pas­sage pié­ton une religieuse hand­i­capée enceinte, il est évi­dent qu’il sera élu prési­dent. » (télévi­sion TVN, le 5/01/2015)

Ils ont dit

Le 16 juin 1989 à Budapest, en Hon­grie, lors des obsèques nationales d’Imre Nagy (exé­cuté en 1958 par les com­mu­nistes après la répres­sion de l’insurrection de 1956), le jeune dis­si­dent Vik­tor Orbán fait un dis­cours reten­tis­sant où il exige des élec­tions libres et le retrait des troupes sovié­tiques de Hon­grie. Le dis­si­dent polon­ais Igor Janke est présent avec une délé­ga­tion de l’Association indépen­dante des étu­di­ants (NZS), de même qu’Adam Mich­nik. Igor Janke, devenu jour­nal­iste depuis, témoigne :
« Ce jour-là dans les con­ver­sa­tions, tout le monde van­tait [Vik­tor Orbán]. À l’exception d’une per­son­ne : Adam Mich­nik. Orbán avait lu de nom­breux écrits de Mich­nik, il avait étudié ses textes et était per­suadé que même si tous en Europe cen­trale devaient le con­damn­er pour son appel au départ des Sovié­tiques de Hon­grie, il y aurait une per­son­ne au moins qui le van­terait et que ce serait juste­ment Adam Mich­nik. Or c’est juste­ment le con­traire qui s’est passé. Ain­si qu’en témoignent les per­son­nes qui étaient avec lui place des Héros, l’opposant polon­ais a alors lancé des jurons, affir­mant qu’Orbán avait vrai­ment exagéré. Le soir, ils se sont ren­con­trés à la récep­tion organ­isée par l’opposition. Mangeant un morceau de pain avec du pois­son, Mich­nik a alors cri­tiqué forte­ment son dis­cours. Orbán, quand il évoque aujourd’hui ce moment, dit avoir été très choqué par la réac­tion de son idole polon­aise. Le lende­main, le groupe d’Adam Mich­nik a eu une nou­velle réu­nion avec Vik­tor Orbán et ses plus proches col­lab­o­ra­teurs dans l’élégant salon de thé de l’hôtel Asto­ria con­stru­it au début du XXe siè­cle. Mich­nik a passé beau­coup de temps à ten­ter de con­va­in­cre Orbán qu’il était trop rad­i­cal et qu’il risquait gros. » (2012, dans le livre « L’attaquant – Une his­toire de Vik­tor Orbán » ; en polon­ais : Napast­nik – Opowieść o Vik­torze Orbánie)

« Mich­nik est un manip­u­la­teur. C’est un homme de mau­vaise volon­té, un menteur. Un escroc intel­lectuel. L’idéologie de ces messieurs, c’est de faire régn­er en Pologne un social­isme à vis­age humain. C’est une vision qui est pour moi absol­u­ment insup­port­able. Un mon­stre doit avoir un vis­age de mon­stre. Je ne sup­porte pas de tels hybrides, je m’enfuis par la fenêtre en cri­ant. »
(Zbig­niew Her­bert, poète, essay­iste et dra­maturge polon­ais décédé en 1998)

« Ce qui a joué un rôle essen­tiel, c’est quand Adam Mich­nik s’est vu con­fi­er le pre­mier jour­nal légal de l’opposition, Gaze­ta Wybor­cza, et le tour qu’il a joué en faisant de ce jour­nal la pro­priété d’une société privée. Du coup, Gaze­ta Wybor­cza est dev­enue indépen­dante de la direc­tion de Sol­i­dar­ité et du Comité civique. Tout le monde pen­sait que ce serait le jour­nal du syn­di­cat ou du Comité civique, ou des deux à la fois. Il n’est venu à l’esprit de per­son­ne, ce qui s’est révélé extrême­ment naïf, que ce serait la société privée de quelques per­son­nes liées aux milieux de l’ancienne oppo­si­tion interne du sys­tème [com­mu­niste] qui y défendraient unique­ment leurs pro­pres idées. (…) Mich­nik a reçu le quo­ti­di­en de l’opposition des mains de Wale­sa. »
(Jarosław Kaczyńs­ki dans le livre-inter­view « Czas na zmi­any » pub­lié en 1993. À pro­pos de ce livre pub­lié trois ans après les pre­mières élec­tions libres, les jour­nal­istes Michał Bich­niewicz et Piotr Rud­nic­ki, qui ont inter­rogé J. Kaczyńs­ki, ont écrit en pré­face : « Nous voulions per­me­t­tre à Jarosław Kaczyńs­ki de présen­ter ses argu­ments, pour la pre­mière fois aus­si large­ment, ce que lui inter­dis­ent tra­di­tion­nelle­ment les médias monop­o­lisés par la gauche.»)

« Adam Mich­nik, con­science morale de la Pologne » (Arielle The­drel en 2010 dans Le Figaro).

Crédit pho­to : Hein­rich-Böll-Stiftung via Flickr (cc)

L'Ojim fait sa rentrée

Bonjour à tous, après quelques semaines de vacances au cours desquelles nous avons sélectionné les meilleurs articles du premier semestre, nous reprenons le cours normal de nos parutions. Bonne rentrée pour certains d'entre vous, bonne fin de vacances pour les autres et bonne lecture pour tous.

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