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L’Union européenne à la poursuite des médias russes et russophiles

2 juin 2024

Temps de lecture : 3 minutes
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L’Union européenne à la poursuite des médias russes et russophiles

Temps de lecture : 3 minutes

Voice of Europe, Ria Novosti, Izvestia, Rossiiskaia Gazeta : les contenus et diffusions des médias et agence publique russes ne sont plus les bienvenus en Union européenne.

C’est à la suite d’une réu­nion rassem­blant les vingt-sept États mem­bres de l’Union européenne, le mer­cre­di 15 mai, que les représen­ta­tions de cette instance ont inter­dit la dif­fu­sion de dif­férents médias et agences réputées « pro-russ­es » ou proches du Kremlin.

Voice of Europe : un site de propagande à destination du Parlement européen ?

C’est d’abord le site Voice of Europe qui a été inter­dit par l’UE. En cause ? Une sus­pi­cion du par­lement tchèque, qui affir­mait en mars avoir trou­vé un réseau financé par Moscou et émet­tant sur le site en ques­tion des infor­ma­tions notam­ment des­tinées à dis­suad­er les pays de l’UE de soutenir finan­cière­ment l’Ukraine. Par ailleurs, une enquête du par­quet fédéral belge avait été ouverte en avril sur des mem­bres du Par­lement européen soupçon­nés de cor­rup­tion. L’autorité aurait en effet iden­ti­fié un réseau d’influence financé par la Russie et lié à ce même site. « Selon nos ser­vices de ren­seigne­ment, indi­quait alors le Pre­mier min­istre belge Alexan­der De Croo, les objec­tifs de Moscou sont très clairs : aider à élire davan­tage de can­di­dats pro-russ­es au Par­lement européen et ren­forcer un cer­tain dis­cours pro-russe au sein de cette insti­tu­tion. Le but est très claire­ment d’affaiblir le sou­tien de l’Europe à l’Ukraine pour servir la Russie sur le champ de bataille, et c’est le véri­ta­ble objec­tif de ce qui a été décou­vert ces dernières semaines ».

Le précédent RT France et Sputnik

Cette déci­sion fait écho à l’interdiction d’émission des médias Sput­nik et RT France le 24 févri­er 2022. Le 27 juil­let 2022, du Tri­bunal de l’Union européenne avait égale­ment rejeté la demande d’annulation des sanc­tions pris­es con­tre Rus­sia Today France. L’UE ne perce­vait pas cette dis­po­si­tion comme une inter­dic­tion mais comme une absence d’autorisation pour les jour­nal­istes à pub­li­er leurs travaux. Le tri­bunal s’était alors prêté à un exer­ci­ce d’équilibriste, s’attribuant un pou­voir déci­sion­naire excep­tion­nel du fait de la vio­la­tion du droit inter­na­tion­al com­mis par la Russie et per­me­t­tant une « restric­tion tem­po­raire de la lib­erté d’expression » qui (mirac­uleuse­ment) ne viendrait pas en « com­pro­met­tre le principe ».

À titre de com­para­i­son, l’Azerbaïdjan, dont il est pos­si­ble de soupçon­ner qu’elle ait com­mis plusieurs atteintes à l’encontre du droit inter­na­tion­al à l’endroit de l’Arménie ou même des actes de désta­bil­i­sa­tion d’un pays mem­bre (la France en Polynésie), n’a pas vu son agence d’information Azer­tac subir de telles restrictions.

Cette iniq­ui­té de traite­ment entre deux États soulève des inter­ro­ga­tions quant à la nature arbi­traire des déci­sions de l’UE. Car si le média Voice of Europe est sous le coup d’une procé­dure judi­ci­aire qui pour­rait en expli­quer la sus­pen­sion, l’interdiction d’émettre des­tinée à l’agence Ria Novosti ou Rossiska­ia Gaze­ta ne sem­ble for­mulée qu’en rai­son de leur « orig­ine russe »…

Voir aus­si : Guerre Russie Ukraine, les char­la­tans de l’information