Quand médias prennent leurs désirs pour la réalité

La photo a fait le tour du monde, unanimement saluée. « Les relayeuses affirment ainsi leur opposition à la nouvelle loi russe qui interdit la propagande de l’homosexualité», estimait francetvinfo.fr. « Le baiser de deux athlètes russes ne devrait pas plaire à Vladimir Poutine », titrait le Huffington Post. « Les deux femmes se sont embrassées sur la bouche, défiant ouvertement le président russe Vladimir Poutine et sa loi qui sanctionne tout acte de “propagande homosexuelle” », s’enthousiasmait Le Point. « Quand la politique s’invite dans le sport » affirmait L’Express.

Plus prudent, Le Monde posait la question : « défi ou manifestation de joie spontanée ? » Mais le quotidien du soir donnait une réponse en utilisant la photo des athlètes pour illustrer un article dénonçant l’homophobie en Russie.

Enfin, « après le poing levé de Tommie Smith et John Carlos à Mexico en 1968, le geste de Tatyana Firova et Kseniya Ryzhova risque de marquer les esprits », prévoyait RTL.

Effectivement, le geste a marqué les esprits, mais pas tout à fait dans le sens espéré par Raphaël Bosse-Platière, le journaliste de la radio et l’ensemble de ses confrères…

En effet, deux jours plus tard, les deux athlètes russes concernées, Kseniya Eyzhova et Yulia Gushina, s’estiment « offensées par la réaction de la presse occidentale à la photo où elles s’embrassent », selon une dépêche de l’agence russe Ria Novosti. « C’est une fantaisie malsaine du photographe qui nous a pris », déclare même Gushina. Rien de politique, rien de contestataire ou de subversif dans ce baiser, simplement la joie de deux jeunes femmes qui reçoivent une médaille d’or aux championnats du monde.

En bref, un beau raté pour la presse internationale et notamment la presse française… Pour le moment, à notre connaissance, aucun journaliste n’a présenté ses excuses à ses lecteurs ou auditeurs pour cette désinformation manifeste.

Source : Ria Novosti – crédit photo : DR