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[Dossier] Les journaux d’actualité politique les plus influents en Russie

6 août 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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[Dossier] Les journaux d’actualité politique les plus influents en Russie

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 11/03/2017]

Si le public français est relativement familier des grands médias anglo-saxons aussi bien anglais (The Economist, Guardian, BBC, etc.) qu’américains (New York Times, CNN, Bloomberg, Fox News, etc.), il ignore à peu près tout du paysage médiatique russe. L’Ojim commence une série d’articles consacrés au monde russe des médias en commençant par les grands acteurs de la presse écrite. Des articles sur les radios, les télévisions et les sites internet suivront.

Comme dans tous les grands pays, de nom­breux médias écrits, imprimés ou élec­tron­iques, sont présents sur le marché russe. Avant l’ère Inter­net l’influence d’un jour­nal était établie selon son tirage. En 2017 la pop­u­lar­ité et l’influence de la presse se cal­cu­lent grâce à l’indice de cita­tion dont les don­nées mesurent l’impact des jour­naux exis­tants. Les sources pro­posant le cal­cul des indices de cita­tion sont multiples.Nous avons choisi celle recon­nue par l’Etat : l’entreprise Медиалогия (Medi­a­logu­ia) qui analyse les médias nationaux en temps réel. Elle a été crée en 2003 par IBS Group présidé par Ana­tolij Karatchen­skij con­sid­éré aujourd’hui comme l’homme le plus influ­ent des tech­nolo­gies de l’information en Russie. Nous nous intéresserons à la presse d’influence nationale en Russie sans abor­der la presse régionale.

D’après Medi­a­logu­ia, les cinq jour­naux d’actualité poli­tique, économique et sociale les plus influ­ents en Russie à ce jour sont : КоммерсантЪ (Kom­m­er­sant), Известия (Izves­tia), Ведомости (Vedo­mosti), Российская Газета (Rossi­jskaïa Gaze­ta), Комсомольская Правда (Kom­so­mol­skaïa Prav­da).

КоммерсантЪ (Kommersant)

Le quo­ti­di­en Kom­m­er­sant est con­sid­éré comme le plus objec­tif et le plus pro­fes­sion­nel dans la présen­ta­tion de l’actualité. C’est le jour­nal russe le plus influ­ent avec un indice de cita­tion est 34 168, pas loin du dou­ble de son con­cur­rent le plus proche.

Le jour­nal appar­tient à Alich­er Ous­man­ov, homme d’affaires et mil­liar­daire, fon­da­teur de USM Hold­ings (Met­al­loin­vest), une des plus grandes entre­pris­es sidérurgiques du pays. En 2016, le mag­a­zine Forbes Rus­sia attribue à Ous­man­ov la troisième place dans une liste des 200 entre­pre­neurs russ­es les plus rich­es. Sa for­tune est estimée aux alen­tours de 14 mil­liards de dol­lars. De ses nom­breuses dis­tinc­tions et médailles nationales (L’or­dre du Mérite pour la Patrie reçu en 2013, L’or­dre d’Alexan­dre Nevs­ki reçu en 2014, L’or­dre de l’Hon­neur reçu en 2004 et en 2011, etc.) on peut con­clure qu’il est favor­able au régime en place. On sait aus­si qu’il sou­tient la poli­tique de Vladimir Pou­tine vis-à-vis de l’Ukraine, ce qui a fail­li lui coûter des sanc­tions (Finan­cial Times, mars 2015) de la part des Etats-Unis.

Известия (Izvestia)

Le quo­ti­di­en Izvestia occupe la deux­ième place dans la liste des médias écrits les plus influ­ents en Russie avec, selon Medi­a­logu­ia, un indice de cita­tion égal à 21 751. Le quo­ti­di­en appar­tient à Iouri Kovaltchouk, homme d’affaires et mem­bre du comité de direc­tion de la banque Rossia . Sa for­tune per­son­nelle est estimée selon le mag­a­zine Forbes à 1,5 mil­liard de dol­lars.

Dans le domaine de la télévi­sion Iouri Kovaltchouk s’est porté acquéreur en 2011 de 25 % de Per­viy Kanal con­trôlé à 51 % par l’État. Cette acqui­si­tion s’est effec­tuée pour 150 mil­lions de dol­lars auprès de la société de Roman Abramovitch qui con­ser­vait 24 % de la chaîne (« Iouri Kovaltchouk, roi des médias », Cour­ri­er Inter­na­tion­al, 9 févri­er 2011). Kovaltchouk se trou­ve, depuis le 20 mars 2014, sous le coup de sanc­tions améri­caines en rap­port avec la crise de Crimée. Le Secré­tari­at au Tré­sor de l’ère Oba­ma lui reprochait d’être non seule­ment un ami proche du Prési­dent Pou­tine mais aus­si son « tré­sori­er per­son­nel ». Les sanc­tions touchent égale­ment la banque Rossia dont Kovaltchouk est le plus grand action­naire. La banque est la per­son­ne juridique russe la plus mise en avance dans la liste des sanc­tions.

Ведомости (Vedomosti)

En troisième posi­tion – le jour­nal Vedo­mosti a la même influ­ence que le précé­dent (indice de cita­tion de 20 338). Jusqu’en 2015, ce quo­ti­di­en etait édité par Sanoma Inde­pen­dent Media (grande entre­prise édi­to­ri­ale russe) en parte­nar­i­at avec le quo­ti­di­en anglais Finan­cial Times et le Wall Street Jour­nal tous deux très hos­tiles à la Russie et à Pou­tine. Ces deux médias anglo­phones et Sanoma Inde­pen­dent Media pos­sé­daient cha­cun 33 % du cap­i­tal de Vedo­mosti. La ligne édi­to­ri­ale de ce quo­ti­di­en était claire­ment opposée au pou­voir poli­tique russe actuel. A l’automne 2014, l’Etat russe a fait vot­er une loi inter­dis­ant aux étrangers d’avoir la pos­ses­sion de plus de 20 % des médias russ­es. Par voie de con­séquence, en févri­er 2015, Sanoma annonçait à tous les pro­prié­taires de Vedo­mosti sa déci­sion de ven­dre sa part à Demi­an Koudri­avt­sev, entre­pre­neur russe, ancien pro­prié­taire du jour­nal Kom­m­er­sant avant Ous­man­ov. Le Finan­cial Times et The Wall Street Jour­nal s’opposaient tout d’abord à la vente de leurs parts à Demi­an Koudri­avt­sev puis finis­saient, en novem­bre 2015, par céder.

Le change­ment de pro­prié­taire n’a pas entraîné de change­ment d’orientation poli­tique du jour­nal. Koudri­avt­sev était un ami de Vladimir Bere­zovs­ki (décédé en 2013 en Angleterre), entre­pre­neur, homme poli­tique et sci­en­tifique russe, d’abord proche puis enne­mi déclaré de Vladimir Pou­tine ; le jour­nal est donc classé claire­ment dans l’opposition à Pou­tine.

Российская Газета (Rossijskaïa Gazeta)

Rossi­jska­ja Gaze­ta est le jour­nal offi­ciel du gou­verne­ment de la Fédéra­tion de Russie qui en est le pro­prié­taire. Son indice de cita­tion de 13 697 le place en qua­trième posi­tion en ter­mes de pop­u­lar­ité

Комсомольская Правда (Komsomolskaïa Pravda)

Crée en 1925 comme média offi­ciel de l’organisation de la jeunesse com­mu­niste du Par­ti com­mu­niste de l’Union Sovié­tique, l’hebdomadaire est aujourd’hui un média pri­vatisé. Après la dis­lo­ca­tion de l’URSS sa ligne édi­to­ri­ale devient plus diver­tis­sante et s’éloigne com­plète­ment de ses objec­tifs idéologiques de jadis. Il est aujourd’hui cinquième dans la liste des médias écrits les plus influ­ents de la Russie (indice de cita­tion 4 466)

Les jour­nal­istes de Kom­m­er­sant affir­ment que le pro­prié­taire de l’hebdomadaire est Grig­ori Berezkin (Kom­m­er­sant, Numéro 193, 16 octo­bre 2009), entre­pre­neur russe à la tête de ESN Group (une des plus grandes hold­ings russ­es), qui pos­séderait 85 % d’actions de l’entreprise Kom­so­mol­skaïa Prav­da (Kom­m­er­santNuméro 240, 22 décem­bre 2011). Sachant que Berezkin est proche de Roman Abramovitch, lui même proche de Pou­tine, on peut sup­pos­er que ses rela­tions avec l’État russe sont plutôt bonnes et le média peut être cat­a­logué comme favor­able au régime.

Ce bref panora­ma mon­tre une réal­ité plus diver­si­fiée que celle que les médias occi­den­taux présen­tent habituelle­ment. Si la majorité des prin­ci­paux jour­naux nationaux est favor­able au Krem­lin, la présence de Vedo­mosti en troisième posi­tion per­met de nuancer le tableau véhiculé par l’occident de « médias aux ordres ».

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