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Liberté d’expression, censures publiques et privées, les nuages s’amoncellent
Publié le 

27 octobre 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Liberté d’expression, censures publiques et privées, les nuages s’amoncellent

Ces derniers mois, la liberté d’expression et la pluralité dans les médias ont été malmenées. Sous couvert de régulation, différentes mesures et actions ont contribué à restreindre l’information accessible. Il nous a paru important de revenir sur quelques événements, parmi d’autres, qui ont concerné tant l’expression dans les médias mainstream, les réseaux sociaux que l’évolution de la législation sur l’information.

Délits d’expression

Éric Zem­mour n’est pas appré­cié par les médias main­stream. Si jusqu’ici ceux-ci le toléraient, la tolérance sem­ble désor­mais ter­minée. Son duo mati­nal est sor­ti de la grille des pro­grammes de RTL à la ren­trée 2018. Alors que son dernier livre est en tête des ventes, le ser­vice d’Etat de la radio-télévi­sion l’ignore avec un dédain à peine caché. Sa mise à l’écart va jusqu’à l’annulation d’une invi­ta­tion à l’émission ONPC par Lau­rent Ruquier. Un présen­ta­teur dont cha­cun a pu con­stater la grande tolérance lors d’une émis­sion en juin, au cours de laque­lle il a sèche­ment demandé à un invité dont les opin­ions poli­tiques lui déplai­saient de se taire.

Le philosophe Michel Onfray a récem­ment écrit une let­tre ouverte au Prési­dent de la République. La mis­sive est inso­lente. Mais voudrait-on qu’un esprit libre soit flat­teur ? Il n’en fal­lait pas plus pour que sa par­tic­i­pa­tion au Mag­a­zine de la san­té prévue le 15 octo­bre soit bru­tale­ment dépro­gram­mée. La rai­son : comme le relate 20 min­utes : « le directeur général de 17-Juin Média et pro­duc­teur du mag­a­zine médi­cal, explique : « Nous ne voulions pas par­ticiper au bad buzz autour des pro­pos de sa let­tre ouverte ». Autre­fois, on employ­ait le mot « cen­sure ». Désor­mais, on emploie l’expression « bad buzz ». Ca fait mod­erne et branché, mais le résul­tat est la même. Hasard ( ?) du cal­en­dri­er, France Cul­ture annonce « dans le même temps » que son cycle de con­férences esti­vales ne sera plus retrans­mis sur la radio publique.

Loi sur les fake news et directive sur les droits d’auteur

Comme le relate le Huff­post, « l’Assem­blée nationale a voté dans la nuit du mar­di 9 au mer­cre­di 10 octo­bre 2018 en nou­velle lec­ture les propo­si­tions de loi con­tro­ver­sées con­tre “la manip­u­la­tion de l’information” en péri­ode élec­torale ». Le site du gou­verne­ment explique que « cette loi per­me­t­tra d’agir rapi­de­ment en péri­ode de cam­pagnes élec­torales, que ce soit avant et/ou pen­dant les élec­tions, afin de con­cen­tr­er l’ensemble des out­ils mis à dis­po­si­tion pour empêch­er les ten­ta­tives d’influencer les résul­tats de scruti­ns ». Y avait-il péril en la demeure ? On se sou­vient surtout de la par­faite « objec­tiv­ité » des médias main­stream, qui ont adoubé E. Macron lors de la cam­pagne élec­torale pour l’élection prési­den­tielle de 2017…Alors que plusieurs médias ont souligné un arse­nal juridique déjà exis­tant pour lut­ter con­tre les « fauss­es infor­ma­tions », on peut s’interroger sur les critères déter­mi­nant la « vérité offi­cielle » que le gou­verne­ment veut établir. Au final, ce grand leurre risque de cacher une volon­té de cen­sure, comme nous l’indiquions dans un arti­cle récent.

Autre ini­tia­tive juridique, le par­lement européen a adop­té le 12 sep­tem­bre 2018 une Direc­tive sur les droits d’auteur. Bien que cette étape ne soit pas la dernière avant la tran­scrip­tion en droit français, la volon­té de pro­téger les droits d’auteur pour­rait s’accompagner de pos­si­bil­ités éten­dues de restric­tion de la lib­erté d’expression. L’utilisation de liens hyper­textes et la cita­tion de courts extraits d’articles de presse pour­raient ain­si devenir payantes pour les sites les util­isant (ce que la Direc­tive nomme « droits voisins »). Un risque qui a amené selon Numéra­ma « plusieurs com­mu­nautés d’internautes tra­vail­lant sur Wikipé­dia » à se mobilis­er « pour sen­si­bilis­er le grand pub­lic, en fer­mant plusieurs ver­sions locales de l’encyclopédie en ligne, pour illus­tr­er de façon rad­i­cale ce que la direc­tive copy­right est sus­cep­ti­ble de pro­duire sur cer­tains pro­jets ». Par ailleurs, comme le souligne le site Polemia, le risque de mise en place d’un fil­trage général­isé des con­tenus est bien réel.

Youtube, Twitter et Facebook font le ménage

Le 14 juin 2018, le site de vidéos en ligne YouTube a décidé de fer­mer la chaîne de TV Lib­ertés. Motif invo­qué ? Une « atteinte aux droits d’auteur ». Comme le souligne Boule­vard Voltaire, ce sont « 5 000 émis­sions et un pat­ri­moine colos­sal de qua­tre années » qui sont passés à la trappe. Et 100 000 abon­nés qui « sont spoliés du fait de cette déci­sion uni­latérale et absol­u­ment arbi­traire ».

Le réseau social Twit­ter a quant à lui engagé ces derniers mois une sup­pres­sion mas­sive de comptes. De mai à juin 2018, pas moins de 70 mil­lions d’entre eux en ont fait les frais. Quand les comptes ne sont pas sup­primés, ce sont les auteurs de tweets non poli­tique­ment cor­rects qui exposent leurs auteurs à des pour­suites judi­ci­aires : on peut citer notam­ment Marine Le Pen pour­suivi en jus­tice pour avoir pub­lié sur son compte des exac­tions de Daech ou Nico­las Dupont Aig­nan pour­suivi en pre­mière instance et en appel pour avoir osé par­ler de « sub­mer­sion migra­toire ».

Face­book n’est pas en reste : selon RT France, la firme de Mark Zucker­berg a récem­ment « sup­primé ain­si plus de 800 pages dont des médias alter­nat­ifs très suiv­is ». Des sites de gauche et de droite ont été visés, sans que l’on en con­naisse les raisons.

Face à la censure, tous dissidents ?

On pour­rait mul­ti­pli­er les exem­ples. Autant de raisons qui ont sans doute incité la fon­da­tion Polemia à organ­is­er un Forum sur le sujet à Paris le 17 novem­bre et où l’Ojim sera représen­tée. Le thème de cet après-midi de con­férences et de débats : « face à la cen­sure, tous dis­si­dents ! ». Tout un pro­gramme.

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