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Fact checking : reflet de la logique de caste journalistique

22 mai 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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La XVIIe édi­tion des Bobards d’Or de Polémia s’est tenue à Paris le 20 mai au soir. Une édi­tion dédiée à 15 ans de men­songes du ser­vice pub­lic, dans la lignée de la com­mis­sion Allon­cle. Une péri­ode charnière : Édouard Chan­ot, directeur de l’OJIM, est inter­venu pour dévoil­er les muta­tions de l’entre-soi et de la logique de caste jour­nal­is­tique durant ces années décisives.

Je vous préviens : je vais un peu m’écarter du sujet. Mais c’est pour ne pas vous ennuyer.

Vous m’avez demandé de par­ler de l’entre-soi, du poli­tique­ment cor­rect et de la logique de caste des jour­nal­istes. Des phénomènes tout à fait avérés. Je vais plutôt vous racon­ter un sous-phénomène auquel vous avez assisté, peut-être sans vrai­ment vous en ren­dre compte.

Un peu de con­texte : nous vivons la fin d’un cycle médi­a­tique de cinquante ans, de 1968 à 2026 : l’essor et le déclin de la pen­sée unique. Les années d’or des médias dom­i­nants, qui ont façon­né l’opinion, pren­nent fin. Aujourd’hui, cette dom­i­na­tion est en train de cra­quer sous une triple pres­sion : tech­nologique, généra­tionnelle et idéologique.

« L’écosystème [de la caste journalistique] est fissuré de toutes parts »

La caste jour­nal­is­tique est frag­ilisée. Il y a encore vingt ans, elle con­trôlait par­faite­ment sa repro­duc­tion via les écoles de jour­nal­isme et les grands médias : Radio France, France Télévi­sions, Le Monde, l’AFP… Aujourd’hui, son écosys­tème est fis­suré de toutes parts.

Petit à petit depuis 15 ans, le plu­ral­isme est de retour. Et avec lui, une bataille d’influence médi­a­tique d’une inten­sité jamais vue depuis les années où la pen­sée unique a été imposée.

Charles Allon­cle a été à lui seul un séisme, dis­ons de 8 sur 9 sur l’échelle de Richter. Mais avant cela les sec­ouss­es étaient déjà nom­breuses : la presse écrite a per­du près de 700 emplois par an depuis 15 ans, soit 10 000 emplois. Ce qui acces­soire­ment n’est pas une bonne nou­velle. Le 20 h de TF1 est passé de 10 mil­lions à 5 mil­lions de téléspec­ta­teurs. Le 20 h n’est plus la grand-messe infor­ma­tion­nelle des Français.

Inter­net a per­mis l’essor de nou­velles fig­ures. Vous en avez ici. Et dans le main­stream, les jeunes de moins de 35 ans citent davan­tage Hugo Décrypte que Le Figaro, Le Monde et Libéra­tion réu­nis. Et il est peu prob­a­ble que ces jeunes adultes se met­tent à lire Libé durant leur crise de la quar­an­taine. Pen­dant ce temps, les médias alter­nat­ifs explosent : TV Lib­ertés a franchi le mil­lion d’abonnés sur YouTube, Blast, à l’ultra-gauche, en compte 1,6 million.

Face à cela, la caste médi­a­tique se bat pour con­serv­er son pou­voir. C’est là qu’est inter­venu le sous-phénomène dont je voulais vous par­ler : la lutte con­tre les fake news.

« Bien sûr, les fausses informations peuvent fausser le débat public… ou provoquer des révolutions »

Bien sûr, les fauss­es infor­ma­tions exis­tent et peu­vent être dan­gereuses, comme la rumeur autre­fois, qui pou­vait fauss­er le débat pub­lic… ou provo­quer des révo­lu­tions. Mais nous avons tous con­staté que cette lutte a très sou­vent servi de par­avent à une cen­sure sélec­tive. Les cibles sont tou­jours les mêmes, surtout quand c’est Julien Pain de France Info qui tient le micro : l’extrême droite, les com­plo­tistes, par­fois La France Insoumise pour se don­ner bonne conscience.

Jamais, ou presque, les médias main­stream ne sont mis en cause pour leurs pro­pres erreurs ou leurs silences coupables sur les sujets qui fâchent. Del­phine Ernotte soule­vait d’ailleurs l’impératif de la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion pour évac­uer sa pro­pre ges­tion calami­teuse de France TV.

« Le fact checking, c’est une norme de conformité »

Car pen­dant dix ans, le fact check­ing a été l’outil par­fait de cette logique de caste. Comme dis­ent les soci­o­logues, c’est une norme de con­for­mité. Quand Emmanuel Macron a pro­posé en novem­bre 2025 un label offi­ciel de « sources fiables », il voulait con­fi­er la déf­i­ni­tion de ce label… à la cor­po­ra­tion elle-même. Il a fail­li légalis­er cette norme de con­for­mité déjà prégnante.

Elle per­met de légitimer le jour­nal­isme tra­di­tion­nel face à la con­cur­rence des « jour­nal­istes-citoyens » sur les réseaux soci­aux. Donc de les exclure. Donc de garan­tir l’endogamie de la caste. Exem­ple élo­quent : le lanceur d’alerte Pierre Sautarel et Fdesouche.

« Entre 2015 et 2025, le fact checking est devenu une véritable industrie »

Der­rière tout ça, il y a de l’argent. L’État pro­fond médi­a­tique finance indi­recte­ment la police du dis­cours, sans assumer ouverte­ment la cen­sure… Entre 2015 et 2025, le fact check­ing est devenu une véri­ta­ble indus­trie à l’heure où les médias étaient frag­ilisés. L’AFP touche 150 mil­lions d’euros par an de com­pen­sa­tions de mis­sion d’intérêt général, vous vous doutez bien que le fact check­ing d’« AFP Factuel » est un argu­ment de poids pour les obtenir. Le Monde et Libéra­tion touchent des mil­lions d’euros d’aides à la presse (8 et 5), de la même façon sat­is­faire les exi­gences de lutte con­tre la dés­in­fo leur per­met de cocher une case. Et les finance­ments sont aus­si privés et colos­saux : Le Décodex et Check­News ont aus­si été financés par Face­book, à hau­teur de 1 000 € l’article.

À échelle plus mod­este, des asso­ci­a­tions comme Con­spir­a­cy Watch ont perçu des dizaines de mil­liers d’euros du Fonds Mar­i­anne (60 000 € en 2024) tout en étant omniprésentes dans les médias pour se légitimer mutuellement.

Des car­rières ont été basées sur cela : par exem­ple celle de Julien Pain, rédac’ chef du « Vrai ou Fake » sur France Info. Chose révéla­trice, celui-ci était cat­a­strophé quand, en jan­vi­er 2025, Mark Zucker­berg, le patron de Face­book, a annon­cé vouloir plus de lib­erté d’expression et écarter les fact check­ers. Zucker­berg a dénon­cé un sys­tème devenu trop com­plexe ayant con­duit à une cen­sure exces­sive et (je cite) « des erreurs ». Lui a accep­té sa pro­pre remise en cause.

L’histoire est ironique. Quelque­fois, la lib­erté va plus vite que tous leurs dis­posi­tifs de con­trôle. Aujourd’hui, grâce à l’intelligence arti­fi­cielle (qui n’est pas idéale mais qui a son util­ité), n’importe qui peut fact-check­er les fact-check­ers sur les réseaux sociaux.

« Les fêlés, ça laisse passer la lumière »

Le fait est que ces ten­ta­tives de lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion ont ren­for­cé la méfi­ance du pub­lic, à l’heure où 60 % de l’opinion ne fait plus con­fi­ance aux médias clas­siques… Sim­ple­ment, ils veu­lent une autre info.

Je vais con­clure par quelque chose d’un peu provo­ca­teur. Quand on écoute les jour­nal­istes main­stream, les « com­plo­tistes sont des fous furieux ». Ce n’est pas totale­ment faux… mais les fêlés, ça laisse pass­er la lumière.

Édouard Chan­ot

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