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Les pistes de Terra Nova pour propulser l’audiovisuel public dans le numérique (2/2)

13 juillet 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Les pistes de Terra Nova pour propulser l’audiovisuel public dans le numérique (2/2)

Le club de réflexion proche du PS Terra Nova vient de rendre une étude qui propose des pistes pour convertir l’audiovisuel public au tournant du numérique. Le cercle de réflexion était resté longtemps méconnu du grand public, avant de faire la Une en 2011 en proposant à la gauche d’abandonner la classe ouvrière pour parler en priorité aux femmes, aux jeunes diplômés, aux minorités et aux habitants des grands ensembles urbains, ce qui n’avait pas manqué de faire débat même au sein de la gauche française, qui n’a jamais renié ses origines socialistes et ouvriéristes.

(…) Pre­mière par­tie acces­si­ble ici.

Une organisation thématique des contenus non dénuée de volontés idéologiques

Ensuite, ils souhait­ent « la struc­tura­tion des con­tenus autour d’of­fres thé­ma­tiques (ou ver­ti­cales ) com­munes, con­sacrées à l’in­for­ma­tion, à la cul­ture du spec­ta­cle vivant, à l’é­d­u­ca­tion » et le regroupe­ment des offres de pod­cast, de vidéo à la demande, de red­if­fu­sion. Pour « sur­mon­ter les iner­ties et les blocages qui empêchent aujour­d’hui en pra­tique toute col­lab­o­ra­tion spon­tanée » ils deman­dent que cette mis­sion soit menée soit par France Télévi­sion Édi­tions Numériques, soit par l’I­NA, car les deux entités ont une taille cri­tique.

Pre­mière thé­ma­tique dont les auteurs pro­posent la mise en avant : l’in­for­ma­tion, « sous une mar­que puis­sante et si pos­si­ble déjà bien instal­lée ». Ils ne pro­posent pas de solu­tion – de peur peut-être de pren­dre par­ti dans la guerre d’é­gos entre les divers­es struc­tures d’in­for­ma­tion publiques dont l’ex­trême frag­men­ta­tion se fait jour même sur le secteur plutôt con­fi­den­tiel de l’in­for­ma­tion par­lemen­taire.

Le rap­port pro­pose aus­si le regroupe­ment des offres sur trois autres thé­ma­tiques. La pre­mière est la cul­ture et le spec­ta­cle vivant, dont l’énuméra­tion des divers acteurs mon­tre claire­ment que le chantier est impor­tant : « Arte Con­certs, Cul­ture­Box, les sites de France Inter, France Cul­ture et France Musiques, dont l’au­di­ence n’est pas à la hau­teur de la qual­ité des ser­vices offerts »… et donc des dépens­es con­sen­ties, pour­rait-on lire entre les lignes. La sec­onde, sans sur­prise, est liée aux vidéos à la demande et à la TV de rat­tra­page.

La troisième ébauche des « offres spé­ci­fique­ment adressées aux jeunes adultes (…) qui tran­scen­deraient les fron­tières entre médias his­toriques, dans lesquels cette par­tie de la pop­u­la­tion se recon­naît de fait de moins en moins et qu’elle con­somme très peu ». Der­rière l’ex­pres­sion grandil­o­quente « enjeu du ser­vice pub­lic » et l’inévitable rap­pel des atten­tats con­tre Char­lie Heb­do qui apporte tout de suite le con­sen­sus poli­tique se dis­tingue sans peine l’en­jeu idéologique : cette pop­u­la­tion échappe un peu plus au bour­rage des crânes par l’au­dio­vi­suel pub­lic – et donc par voie de con­séquence à l’en­gage­ment citoyen et élec­toral, ce qui est vu comme un grave prob­lème qu’il con­vient de régler.

Pour arbitrer entre l’INA et France Télévisions, le rapport s’en remet à l’État

La troisième par­tie esquisse les pistes pour par­venir à la créa­tion de cette infra­struc­ture com­mune. Bien que les rap­por­teurs pointent « l’in­er­tie » des divers acteurs de l’au­dio­vi­suel pub­lic et « les étapes de réor­gan­i­sa­tion très longues à digér­er » chez France Télévi­sions et RFI, les sujets qui fâchent – comme le coût exor­bi­tant des­dites restruc­tura­tions et ses résul­tats plus que lim­ités, même si le rap­port final du CSA est bien moins sévère que le pré-rap­port qui a fuité. Sans compter les ten­sions sociales récur­rentes, un sujet qui reste sen­si­ble pour la gauche au pou­voir, même si les auteurs de l’é­tude font par­tie de cette branche de la gauche qui préfère cour­tis­er les patrons plutôt que les petites mains.

Les auteurs du rap­port iden­ti­fient deux acteurs qui « ont atteint une masse cri­tique et une exper­tise que n’ont pas les autres », à savoir France Télévi­sions et l’I­NA. Ils pro­posent soit de dévelop­per les mis­sions numériques de l’I­NA, qui « cou­vre déjà une grande part de la propo­si­tion de valeur de cette nou­velle entité : héberge­ment et dis­tri­b­u­tion des con­tenus, index­a­tion, dis­tri­b­u­tion à tra­vers des offres gra­tu­ites et payantes, val­ori­sa­tion des don­nées auprès des tiers… », soit d’isol­er France Télévi­sions Édi­tions numériques en la trans­for­mant en GIE pour lui « ren­dre son indépen­dance ». Pour choisir le meilleur, les auteurs ne pro­posent rien, mais tablent sur « une inter­ven­tion résolue de l’État » qui serait « déter­mi­nante », notam­ment via la rené­go­ci­a­tion des con­trats d’ob­jec­tifs et de moyens de Radio France et de France Télévi­sions. Une telle con­fi­ance dans les capac­ités de l’É­tat, si elle n’a rien d’é­ton­nant au vu des pro­fils des auteurs du rap­port, est pour le moins inquié­tante. Comme le mon­tre le passé ou même l’ac­tu­al­ité à l’é­cole des Beaux Arts, une inter­ven­tion résolue de l’É­tat ne rime pas néces­saire­ment avec per­ti­nence. Entre France Télévi­sions et l’I­NA, comme sou­vent en France, ce n’est pas la com­pé­tence qui sera « déter­mi­nante » mais la prox­im­ité avec le Prince. Ou sa favorite du moment.

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