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Covid-19 et complot : une réactivité trop épidémique sur France Culture ?

14 novembre 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Covid-19 et complot : une réactivité trop épidémique sur France Culture ?

Depuis septembre 2019, France Culture diffuse une émission, intégrée dans la catégorie « savoirs », intitulée « Mécaniques du complotisme ». Son objet : traquer et dénoncer les théories du complot. En avril 2020, elle s’intéressait aux conceptions « complotistes » autour du covid-19. Or, voilà qu’en novembre 2020, ce que l’émission voulait dénoncer refait surface dans la presse, non plus comme un potentiel complot mais comme une potentielle réalité. A traquer le complot, France Culture serait-elle allée trop vite, au point de voir des complotistes partout ?

Le car­ac­tère ori­en­té de l’émission « Mécaniques du com­plot » de France Cul­ture est indis­cutable. La radio libérale-lib­er­taire et bien-pen­sante traque des théories for­cé­ment de droite, d’extrême-droite, issues des rangs des pop­ulistes ou des « sans-dents », dont le QI ne per­met juste­ment pas de com­pren­dre l’intelligence de ce qui est dif­fusé sur les ondes de France Cul­ture. Les trump­istes à la française, en somme, telle est la men­ace que veut dénon­cer « Mécaniques du complot ».

Une obses­sion qui a pour con­séquence de génér­er une véri­ta­ble para­noïa dans des milieux où France Cul­ture est par­ti­c­ulière­ment écoutée, ain­si dans l’Education Nationale. Une obses­sion qui peut con­duire à vouloir aller trop vite et à tomber à plat, voir à assén­er des con­tre-vérités (fake news dans le jar­gon des médias offi­ciels) qui s’inscrivent pro­fondé­ment et durable­ment dans le sché­ma de pen­sée de ses audi­teurs. Il en est allé ain­si d’un pod­cast con­sacré au coronavirus.

Retour sur l’émission « Mécanique du com­plot », sur son pod­cast con­sacré au coro­n­avirus et sur ce que dit main­tenant la presse de ce qui fut alors, en avril 2020, dénon­cé par France Cul­ture.

Présentation de l’émission par elle-même

Présen­ta­tion de « Mécaniques du com­plo­tisme » sur le site de France Cul­ture :

« 11 sep­tem­bre, sion­isme, grand rem­place­ment… Les enquêtes d’opinion le mon­trent : sur un nom­bre gran­dis­sant de sujets, les Français sont friands de com­plo­tisme. Hier can­ton­nées aux marges, les théories les plus improb­a­bles ont gag­né en audi­ence et en respectabil­ité. De l’internaute anonyme au chef d’Etat pop­uliste, des librairies spé­cial­isées aux plate­formes de stream­ing, des cafés du com­merce aux plateaux télé, on les retrou­ve désor­mais dans toutes les strates de la société. Par quelle mécanique une théorie com­plo­tiste née dans l’imagination de quelques-uns parvient-elle à devenir un phénomène cul­turel majeur ? Pour com­pren­dre cette pro­gres­sion, appréhen­der leur attrait et, peut-être, attein­dre leurs relayeurs cré­d­ules, il faut en revenir à leurs orig­ines et iden­ti­fi­er leurs concepteurs. »

Les auteurs de la série :

Roman Born­stein, Alain Lewkow­icz, Vic­tor Macé de Lépinay, David Ser­ve­nay et Romain Weber. Réal­i­sa­tion Thomas Dut­ter, Guil­laume Baldy et Alexan­dre Man­za­narès.
 Coor­di­na­tion : Bap­tiste Muckensturm.

Des complots ? Oui, mais… d’une seule sorte

Pour France Cul­ture, les théories du com­plot ont un fonc­tion­nement unique : elles visent automa­tique­ment les con­cep­tions libérales lib­er­taires, de gauche et mon­di­al­istes. Il n’existerait aucune théorie du com­plot con­tre les con­cep­tions du monde de droite, con­ser­va­tri­ces ou autres que de gauche. Les thèmes abor­dés depuis 2019 le montrent :

  • Les pro­to­coles des sages de sion
  • La théorie du com­plot sur le 11 sep­tem­bre 2001
  • Le géno­cide Rwandais
  • Le covid-19
  • Bilder­berg
  • Le néga­tion­nisme
  • La révo­lu­tion française
  • Le grand remplacement
  • Le faux com­plot des jésuites

Ain­si, aucun com­plot, aucune théorie du com­plot, rien à se met­tre sous la dent cul­turelle et intel­lectuelle ne saurait porter sur des sujets autres que ceux con­sid­érés comme des obses­sions d’une « extrême droite » que France Cul­ture ne s’est par ailleurs jamais préoc­cupée de définir selon des critères pro­pres à la sci­ence poli­tique (sauf en invi­tant des inter­venants mar­qués à gauche).

France Culture se précipite sur le covid-19 durant le premier confinement

Le 28 avril 2020, France Cul­ture dif­fu­sait donc un ensem­ble de trois pod­casts visant à dénon­cer et démon­ter toutes les théories cir­cu­lant alors ici et là, sur inter­net essen­tielle­ment, remet­tant en cause ou plus sim­ple­ment inter­ro­geant la ver­sion offi­cielle de l’origine ani­male du virus.

Le titre ? « covid 19, une épidémie de fauss­es infor­ma­tions ». Trois thèmes :

  • Com­plot et fake news made in China
  • Le com­plot des blous­es blanches
  • A la recherche de boucs émissaires

À l’issue de l’écoute des trois pod­casts, des « certitudes » :

  • la Chine aurait accusé les États-Unis d’avoir délibéré­ment apporté le virus sur son ter­ri­toire afin de mas­quer sa responsabilité ;
  • les Français pensent (en avril 2020), selon l’IFOP, que le virus a été « fab­riqué inten­tion­nelle­ment (17 %) ou acci­den­telle­ment (9%) ». Près d’un français sur cinq penserait donc à cette date que le virus est issu d’un lab­o­ra­toire de recherche. Le sec­ond pod­cast a pour fonc­tion de démon­ter cette thèse con­sid­érée comme un complot.
  • A pro­pos du covid-19 : « son car­ac­tère naturel ne sem­ble pas sat­is­faire tout le monde. Il faut un coupable, un bouc émis­saire, alors on en a inventé ».

Le bât blesse dans ces cer­ti­tudes, en par­ti­c­uli­er la dernière, au vu de ce qu’écrivent les médias français début novem­bre 2020.

Le covid-19 et son origine ? On recommence à en parler

Entre le 8 et le 11 novem­bre 2020 :

BFMTV, avec la pho­togra­phie d’un lab­o­ra­toire de Wuhan : « L’émergence du SARS-CoV­‑2 chez l’homme est encore incon­nue, et par­mi les hypothès­es étudiées par les sci­en­tifiques, la pos­si­bil­ité d’une con­t­a­m­i­na­tion dans un lab­o­ra­toire de Wuhan est étudiée. » Plus pré­cisé­ment : « Le tra­vail pub­lié depuis une quin­zaine d’an­nées par [l’Institut de virolo­gie de Wuhan] et notam­ment le lab­o­ra­toire de Shi Zhengli (viro­logue chi­noise spé­cial­isée sur les virus de la chauve-souris, ndlr) a con­sisté à échan­til­lon­ner des virus dans la faune sauvage dans le but d’es­say­er de com­pren­dre les mécan­ismes de fran­chisse­ment de la bar­rière des espèces pour essay­er de s’en pré­mu­nir », explique à France Info Eti­enne Decroly, viro­logue au CNRS. Il s’interroge sur la « pos­si­bil­ité d’échappe­ment d’un lab­o­ra­toire d’un échan­til­lon qui aurait été col­lec­té dans la faune sauvage ».
« Aujour­d’hui on n’a pas vrai­ment de piste, ce qui fait que les chercheurs, en toute objec­tiv­ité, ont remis sur la table la ques­tion : est-ce qu’il n’y aurait pas eu un acci­dent, une con­t­a­m­i­na­tion, puisque l’on sait que ce lab­o­ra­toire P4 à Wuhan est spé­cial­isé dans les coro­n­avirus. Est-ce que quelqu’un n’au­rait pas pu se con­t­a­min­er? », inter­roge égale­ment Alain Ducar­don­net. « C’est pos­si­ble. Ce ne serait pas la pre­mière fois », explique à France Info le biol­o­giste Serge Morand. »

Par con­tre, la chaîne insiste bien sur une « vérité » : le virus n’a pas été créé en lab­o­ra­toire. De même, le pan­golin, longtemps star des médias, est tombé dans les oubli­ettes de l’information.

« On ne sait tou­jours pas com­ment le Covid-19 a émergé dans le monde. « Au départ, on nous a racon­té que c’était une chauve-souris, que c’était passé par un ani­mal inter­mé­di­aire, en l’occurrence le pan­golin », explique le jour­nal­iste Julien Pain. Le pan­golin était en réal­ité inno­cent. Tout aurait égale­ment com­mencé sur un marché de Wuhan, en Chine, « sauf que main­tenant, on sait que c’est faux ». Alors, quelles sont les hypothès­es ? Un autre inter­mé­di­aire est tou­jours envis­age­able, même si on ignore encore lequel. Il pour­rait égale­ment s’agir d’un virus dor­mant, qui a muté et est devenu dan­gereux pour l’homme. Enfin, le virus est peut-être sor­ti d’un lab­o­ra­toire, où un lab­o­ran­tin se serait infec­té avant de con­t­a­min­er la pop­u­la­tion de Wuhan. » Franceinfo

Le « on nous a racon­té » est par­ti­c­ulière­ment savoureux : qui a racon­té, sinon les médias tels que Fran­ce­in­fo ?

Au sujet du marché ? « On se rap­pelle, on nous a mon­tré les images de ce marché de Wuhan, sauf que main­tenant on sait que c’est faux ».
Mais qui a mon­tré les images ? Fran­ce­in­fo, entre autres.

Fran­ce­in­fo s’interroge mais n’interroge pas ses pro­pres pra­tiques. Et ce ques­tion­nement de novem­bre a lieu dans l’émission « Vrai ou Fake ? ». Voilà donc que Fran­ce­in­fo démonte ses pro­pres fake news sans jamais pré­cis­er en être, entre autres, l’auteur.

Fait impor­tant : le ques­tion­nement est de retour suite à la paru­tion d’une étude du CNRS menée par Eti­enne Decroly.

Il en va de même dans nom­bre de médias en ce début de mois de novem­bre (Tech­no-Sci­ence, Top San­té, La Nou­velle Tri­bune, Libéra­tion, L’express, Futu­ra, Le Parisien…), la même ques­tion est posée mais per­son­ne ne revient sur la dif­fu­sion des fauss­es infor­ma­tions depuis des mois. Par eux-mêmes. Ni sur les accu­sa­tions portées quo­ti­di­en­nement ou presque con­tre tous ceux qui émet­taient des doutes au sujet des thès­es offi­cielles (pan­golin, marché de Wuhan…). Par eux-mêmes. Aucune remise en ques­tion ni auto-cri­tique. Aucune com­préhen­sion par ces médias que les prin­ci­paux dif­fuseurs de fake news, ce sont eux.

Dans cette affaire, soucieuse de déla­tion de qui réflé­chit dif­férem­ment, France Cul­ture risque fort d’avoir dégainé trop vite. Qui sait ? Peut-être que dans quelques mois France Cul­ture devra faire un pod­cast de « Mécaniques du com­plot » sur la façon dont la radio aurait (peut-être, qui sait ?) défendu une thèse com­plo­tiste (?) : la thèse d’un virus qui ne serait pas sor­ti d’un lab­o­ra­toire alors que ce serait le cas.

Voir notre por­trait de Rudy Reis­chstadt, le com­plo­tiste anti-complots.

Voir égale­ment le por­trait de Tris­tan Mendès-France, proche du même registre.

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