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La Slovénie attaquée à Bruxelles

25 mars 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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La Slovénie attaquée à Bruxelles

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25 mars 2021

« Tentatives du gouvernement de museler les médias libres en Pologne, en Hongrie et en Slovénie », tel était l’intitulé du débat qui se déroulait en session plénière du Parlement européen le 10 mars dernier. Pour la Pologne et la Hongrie, on avait l’habitude, même si, en ce qui concerne la liberté et le pluralisme des médias, ces pays ne sont pas les plus mal lotis de l’UE.

Voir à ce sujet : « Sit­u­a­tion de la presse en Hon­grie : une impi­toy­able guerre de tranchées » et « La lib­erté et le plu­ral­isme des médias men­acés en Pologne, vrai­ment ? ».

Pourquoi la Slovénie ?

L’hebdomadaire con­ser­va­teur slovène Demokraci­ja remar­que qu’« il est intéres­sant de con­stater que c’est sous les gou­verne­ments de cen­tre-droit qu’ap­pa­raît la pré­ten­due “guerre” du Pre­mier min­istre Janez Janša avec les médias » tan­dis que sous d’autres gou­verne­ment, la sit­u­a­tion devient tout à coup nor­male. Et on a l’impression en effet que, comme dans le cas de la Pologne et de la Hon­grie, les instances européennes vien­nent se mêler des affaires intérieures d’un pays d’Europe cen­trale à l’appel de l’opposition locale de gauche dont la dom­i­na­tion sur les médias est menacée.

Coalition de centre-droit

Janez Janša a pris la tête du gou­verne­ment slovène for­mé par une coali­tion de cen­tre-droit le 13 mars 2020 suite à la démis­sion du gou­verne­ment minori­taire de cen­tre-gauche de Mar­jan Šarec. « Des médias libres et indépen­dants sont essen­tiels pour la démoc­ra­tie […]. Con­tact pris avec la Slovénie pour dis­cuter de la sit­u­a­tion », écrivait un mois après sur son compte Twit­ter Věra Jourová, la très sorosi­enne vice-prési­dente de la Com­mis­sion européenne « chargée des Valeurs et de la Trans­parence ». Elle ne per­dait pas son temps !

Mais ce qui a véri­ta­ble­ment mis le feu aux poudres dans les cer­cles brux­el­lois, c’est la réac­tion sur Twit­ter du pre­mier min­istre slovène à un long arti­cle pub­lié par une cer­taine Lili Bay­er sur Politi­co le 16 févri­er dernier. Un arti­cle en anglais inti­t­ulé « À l’intérieur de la guerre menée par la Slovénie con­tre les médias » où le pre­mier min­istre et son gou­verne­ment étaient accusés de porter grave­ment atteinte à l’indépendance et à la lib­erté des médias et auquel Janša a répondu :

« Lili Bay­er a reçu pour instruc­tion de ne pas dire la vérité, elle a donc surtout cité des sources “incon­nues” de l’extrême gauche et a volon­taire­ment nég­ligé les sources nom­i­na­tives et intè­gres. C’est @POLITICOEurope mal­heureuse­ment. Men­tir comme moyen de gag­n­er sa vie. »

L’agence slovène STA aussi politiquement correcte que l’AFP

À Brux­elles, cette cri­tique d’une jour­nal­iste et d’un média par Janez Janša a été inter­prétée comme une attaque con­tre la lib­erté des médias, comme si un dirigeant poli­tique pou­vait être cri­tiqué par les jour­nal­istes mais n’avait pas le droit de les cri­ti­quer en retour. Car ce qu’on reproche à ce pre­mier min­istre con­ser­va­teur, ce sont juste­ment ses cri­tiques des jour­nal­istes de son pays, y com­pris de l’agence de presse slovène STA et de son directeur jugés très à gauche. En décem­bre, les attaques ver­bales du pre­mier min­istre con­tre les médias avaient con­duit au départ du gou­verne­ment d’un des par­tis de la coali­tion, le par­ti des retraités slovènes (DeSUS), ce qui mon­tre que tous en Slovénie n’apprécient pas les pro­pos tenus par ce sup­port­er de Don­ald Trump et de Vik­tor Orbán, mais, n’en déplaise à ses détracteurs, il con­serve pour le moment une majorité au par­lement qui est l’émanation des électeurs slovènes.

«Depuis que @STA_novice est dirigé par le directeur (Bojan) Veseli­nović, la société licen­cie les jour­nal­istes malades et propage sou­vent des infor­ma­tions fal­lac­i­euses. Il est temps que le directeur, en tant qu’instrument poli­tique de l’extrême gauche, se retire et soit tenu respon­s­able de ses actions illé­gales. Il est temps de per­me­t­tre à la STA de tra­vailler nor­male­ment », a twit­té Janša le 9 mars.

Le finance­ment de la STA avait été sus­pendu un moment, offi­cielle­ment en atten­dant la présen­ta­tion de rap­ports exigés par la loi con­cer­nant l’utilisation des fonds alloués par le gou­verne­ment précé­dent. Cepen­dant, comme on peut le lire sur le site du gou­verne­ment slovène, la sus­pen­sion de l’allocation des fonds a depuis été lev­ée sans que le directeur de la STA ne perde son poste. Répon­dant aux cri­tiques, le gou­verne­ment slovène fait d’ailleurs remar­quer que la majeure par­tie des aides attribuées aux médias est allouée à des médias de gauche. Il faut dire que depuis la chute du com­mu­nisme et l’indépendance de la Slovénie en 1991, la droite n’a gou­verné que pen­dant sept ans. De ce fait, l’agence de presse nationale, les médias publics, et notam­ment la télévi­sion RTV Sloveni­ja, mais aus­si la majeure par­tie des médias privés sont entre les mains de la gauche et de l’extrême gauche. Janez Janša avait aupar­a­vant été pre­mier min­istre en 2004-08 et en 2012–13. En 2008, une péti­tion con­tre la cen­sure avait déjà été envoyée à Brux­elles par un groupe de jour­nal­istes et intel­lectuels slovènes, pour pro­test­er con­tre la cen­sure que cet ancien dis­si­dent était cen­sé instaurer.

Héritage post-communiste

Le 26 févri­er 2021, Janez Janša a répon­du aux attaques de Brux­elles par une let­tre à la prési­dente de la Com­mis­sion européenne Ursu­la von der Leyen, afin de lui expli­quer la sit­u­a­tion des médias dans son pays et notam­ment le prob­lème de l’héritage post-com­mu­niste, com­mun à un grand nom­bre de pays d’Europe cen­trale fustigés par Brux­elles dès qu’il cherchent à rétablir un cer­tain équili­bre médi­a­tique. Une étude sur le plu­ral­isme des médias en Slovénie, con­duite par la Fac­ulté des Médias à la fin de l’année 2020, a en effet mon­tré que les médias de gauche domi­nent large­ment en Slovénie et qu’ils ne se privent pas d’attaquer le pre­mier min­istre et son gouvernement.

Libération confond Slovénie et Slovaquie

Lors du débat du 10 mars au Par­lement européen sur les « ten­ta­tives du gou­verne­ment de musel­er les médias libres en Pologne, en Hon­grie et en Slovénie », la députée slovène Romana Tomc, du par­ti SDS du pre­mier min­istre (affil­ié au PPE au Par­lement européen), a fait remar­quer qu’« une récente étude a mon­tré que pas moins de 80 % des médias en Slovénie sont de gauche et anti-gou­verne­ment », et elle fai­sait prob­a­ble­ment référence à cette étude de la Fac­ulté des Médias. Le même jour, le jour­nal français Libéra­tion affichait sur sa page de Une le gros titre « La cen­sure s’élève à l’est », avec en sous-titre la men­tion de l’« assas­si­nat d’un jour­nal­iste en Slovénie ». Cela a beau­coup fait rire le pre­mier min­istre slovène qui a twit­té : « L’exportation de men­songes à l’étranger par le SD [le par­ti social-démoc­rate héri­ti­er de l’ancien Par­ti com­mu­niste de Slovénie, NDLR] et Tan­ja Fajon [chef de la délé­ga­tion de ce par­ti dans le groupe des social­istes au Par­lement européen, NDLR] est si intense que les cama­rades durs d’oreille en France ont rem­placé la Slovénie par la Slo­vaquie ». Car en effet, ce n’est pas en Slovénie mais en Slo­vaquie que le jour­nal­iste Ján Kuci­ak été assas­s­iné. C’était en 2018 sous un gou­verne­ment de gauche. Mis­ères du jour­nal­isme de paresse et/ou de pro­pa­gande. Ou les deux ?

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