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La liberté d’expression et Emmanuel Macron

6 septembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes

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La liberté d’expression et Emmanuel Macron

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La liberté d’expression et Emmanuel Macron

6 septembre 2020

Avec l’accord de la publication, nous reproduisons en tribune un papier de notre confrère Boulevard Voltaire du 4 septembre 2020 sous la signature de Nicolas Gauthier. Les intertitres sont de notre rédaction.

Emmanuel Macron et la liberté de la presse, ni pour ni contre, bien au contraire !

À l’occasion d’une con­férence de presse tenue à Bey­routh, ce mar­di 1er sep­tem­bre, Emmanuel Macron s’est publique­ment emporté con­tre Georges Mal­brunot, jour­nal­iste au Figaro. Ce qui est reproché à l’un de nos meilleurs experts en matière de géopoli­tique ori­en­tale ? D’avoir tout sim­ple­ment écrit que des sanc­tions seraient pris­es con­tre les respon­s­ables poli­tiques libanais si, d’aventure, les exi­gences de l’Élysée n’étaient pas suiv­ies d’effets tangibles.

Soit une sorte de secret de Polichinelle, sachant que si les respon­s­ables en ques­tion ont si vite plié, ce n’était pas for­cé­ment pour les beaux yeux du Prési­dent. Lequel s’est donc exclamé : « C’est irre­spon­s­able pour la France, irre­spon­s­able pour les intéressés et grave d’un point de vue déon­tologique. » Ah bon ? Et le même de pour­suiv­re : « Vous m’avez tou­jours enten­du défendre les jour­nal­istes, je le ferai tou­jours. » Sauf ceux de Valeurs actuelles, man­i­feste­ment.

Mais il en faut plus pour bous­culer un Georges Mal­brunot qui, ayant été pris en otage plus de qua­tre mois durant par l’Armée islamique en Irak, en 2004, avec son con­frère Chris­t­ian Ches­not, en a vu d’autres. La preuve par ce com­men­taire laconique : « Je suis très sur­pris de la vir­u­lence de cette attaque, qui est inac­cept­able et à laque­lle j’ai répon­du. Je me suis expliqué avec l’Élysée. Pour moi, l’incident est clos. »

Les Présidents et la presse, un rapport complexe

Certes, les rap­ports entre les Prési­dents de la Cinquième et la presse ont tou­jours été com­plex­es. Valéry Gis­card d’Estaing avait le procès facile ; le général de Gaulle aus­si, mais c’était de Gaulle. François Mit­ter­rand, Jacques Chirac et Nico­las Sarkozy traitaient le prob­lème par une sou­veraine indif­férence. Et Emmanuel Macron ?

Là, c’est un peu dif­férent. Durant la cam­pagne et les pre­miers mois de son man­dat, la qua­si-majorité des médias s’esbaudissait devant tant de jeunesse et d’énergie : il est vrai qu’il pas­sait der­rière François Hol­lande, ceci expli­quant prob­a­ble­ment cela. Ce dernier s’épanchait au-delà du raisonnable, tel qu’en témoigne cet invraisem­blable ouvrage d’entretiens réal­isé avec Gérard Dav­et et David Lhomme, du Monde, et très per­tinem­ment titré Un Prési­dent ne devrait pas dire ça…, dans lequel il déballe des secrets rel­e­vant de la rai­son d’État.

Presse/Macron, début du désamour ?

Au début de son quin­quen­nat, Emmanuel Macron a fait tout le con­traire, enten­dant rehauss­er la parole prési­den­tielle en la faisant rare ; d’où, peut-être, un début de désamour avec le fameux qua­trième pou­voir. Mais cette ver­ti­cal­ité du pou­voir jupitérien n’a guère duré plus longtemps qu’un été, et on le voit désor­mais plus sou­vent en une de Voici que du Monde. Hormis l’épisode Mal­brunot, cette perte de con­trôle a, une fois encore, éclaté au grand jour durant cette même con­férence, quand il n’a pas hésité à déclar­er : « J’ai juste à dire qu’en France, on peut cri­ti­quer des gou­ver­nants, un Prési­dent, blasphémer. »

Une phrase pronon­cée en un Ori­ent où les reli­gions, quelles qu’elles soient, représen­tent bien plus que de sim­ples options privées, et ce, au moment de s’envoler vers l’Irak, on dira que le temps et le lieu ne sont pas tout à fait oppor­tuns. Pis : ce droit au blas­phème ne sem­ble pas pou­voir s’exercer aux dépens d’une Danièle Obono, députée de La France insoumise, à laque­lle il a per­son­nelle­ment téléphoné pour lui faire part de son sou­tien et de sa « con­damna­tion claire de toute forme de racisme » ; ce qui n’engage certes pas au-delà du déraisonnable.

Bref, d’un côté, Emmanuel Macron entend sanc­tu­aris­er la lib­erté d’expression, tan­dis que de l’autre, il pré­tend rabrouer tel jour­nal­iste du Figaro tout en con­damnant une rédac­tion entière, celle de Valeurs actuelles. Et le tout en plein procès Char­lie Heb­do, sur fond de cette même lib­erté d’expression.

Arti­cle orig­i­nal : bvoltaire.fr

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