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Julian Assange, l’abandonné des médias

8 novembre 2021

Temps de lecture : 3 minutes
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Julian Assange, l’abandonné des médias

8 novembre 2021

Assange, un des patronymes qui aura fait couler le plus d’encre en ce début de 21ème siècle. Depuis 2010 et le mandat d’arrêt américain prononcé contre lui, le nom de Julian Assange ne cesse d’être sur toutes les lèvres. Arrêté et écroué par les autorités britanniques en 2019 après des années de réclusion au sein de l’ambassade d’Equateur à Londres, Assange comparait à nouveau devant la justice dans le cadre de sa procédure d’extradition vers les États-Unis où il risque d’être condamné à 170 ans de prison, condamné pour l’exemple.

Voir aus­si : Julian Assange, portrait

Wikileaks

Fon­da­teur de Wik­ileaks, les travaux de Julian Assange ont per­mis de révéler au grand pub­lic l’existence de nom­breux crimes de guerre com­mis par des mil­i­taires améri­cains lors des aven­tures afghanes et iraki­ennes de l’Oncle Sam. Depuis,  l’État pro­fond améri­cain n’a eu de cesse de vouloir ramen­er Assange sur son ter­ri­toire, afin de le juger pour « espi­onnage » et le con­damn­er à une peine qui pour­rait large­ment dépass­er les 100 années de prison.

Nouvel épisode à la Haute Cour de justice de Londres

Le mer­cre­di 27 octo­bre 2021, c’est donc un nou­v­el épisode de la série judi­ci­aire Assange qui a débuté. La Haute Cour de Lon­dres va décider si, oui ou non, la demande d’extradition du lanceur d’alerte est recev­able. Lors du dernier procès, les juges avaient con­sid­éré que l’état de san­té de M. Assange ne per­me­t­tait pas, à ce moment, une extra­di­tion vers les États-Unis.

Au-delà de la fig­ure de Julian Assange, un tout autre enjeu émane de cette affaire politi­co-juridique, un enjeu qui dépasse celui de la per­son­ne d’Assange, cet enjeu, c’est celui de la presse et de la lib­erté d’informer.

Abandon des grands médias du monde libéral libertaire

Même si ces derniers ont eu tôt fait de l’abandonner à son sort, les grands médias occi­den­taux (Le New York Times, le Wash­ing­ton Post, El Pais ou encore Le Monde, notam­ment) ont ven­du des cen­taines de mil­liers d’exemplaires grâce aux révéla­tions d’Assange et ont ain­si pu informer des mil­lions d’individus sur les abus du gou­verne­ment améri­cain et de cer­tains autres. Con­damn­er Assange, c’est aus­si con­damn­er la lib­erté des jour­nal­istes de faire leur tra­vail, c’est-à-dire trans­met­tre au citoyen lamb­da une infor­ma­tion qui ne lui aurait jamais été trans­mise autrement.

Julian Assange con­sid­ère le rap­port à l’information est pro­fondé­ment asymétrique en ce sens que les États sont tou­jours dans une posi­tion de dom­i­nant. Eux seuls, avec les réseaux soci­aux cal­i­forniens, sont capa­bles de créer et de cacher de l’information aux yeux de mil­liards d’êtres humains ; c’est pourquoi le cyber­ac­tiviste aus­tralien a con­sacré sa vie à ten­ter d’inverser ce rap­port par le « hack­ing » et la divul­ga­tion publique de ces infor­ma­tions masquées. C’est le rôle du lanceur d’alerte. Le jour­nal­iste relaye ces infor­ma­tions à un large pub­lic tout en pro­tégeant sa source. Aujourd’hui, qui pro­tège encore Julian Assange ? Aux États-Unis comme en France, la classe médi­a­tique a tourné le dos à celui qu’elle devrait pro­téger. Le jour­nal­iste Brésilien Pepe Esco­bar, très impliqué dans l’affaire Assange, rap­pelait que « Le Monde a prof­ité des révéla­tions de 2010 de Julian Assange, tout comme Der Speigel, El País, The Guardian et le New York Times. Après, ils ont fait un 180 degrés et comme les autres jour­naux, ils ont com­mencé un proces­sus de dén­i­gra­tion et de dia­boli­sa­tion de Julian Assange. »

La liberté d’informer en désuétude

Entre 2010, l’année des révéla­tions de Wik­ileaks, et 2012, les  médias de grand chemin du monde entier, dont les français, ont volon­tiers dif­fusé les infor­ma­tions d’Assange. Mais une fois que ce dernier s’est retrou­vé dans la tour­mente judi­ci­aire et diplo­ma­tique avec l’Equateur et les États-Unis, plus un seul n’a réelle­ment pris le temps de relay­er les infor­ma­tions du lanceur d’alerte. En 2016, Assange accorde une longue inter­view de 2h à John Pil­ger, jour­nal­iste aus­tralien dont la car­rière est inter­na­tionale­ment recon­nue. Durant cet entre­tien, Assange s’attarde longue­ment sur Hilary Clin­ton et la fameuse révéla­tion des cour­riels de cam­pagne. Le cyber­ac­tiviste attire égale­ment l’attention sur sa sit­u­a­tion per­son­nelle et les risques qu’il encoure s’il est extradé aux États-Unis. Toute­fois, aucun grand média ne pren­dra le temps de par­ler de cet entre­tien, ni le NYT, ni Le Monde, ni Le Figaro ni CNN ou la BBC

Les médias de grand chemin ont décidé d’abandonner l’un des lanceurs d’alerte les plus influ­ents de la planète, celui-là même qui leur don­na un grand coup de pouce au début des années 2010. Si les moti­va­tions de cet aban­don restent floues ou peu­vent vari­er, une chose est pour le moins cer­taine: des mil­liers de jour­nal­istes ont trahi leur mis­sion en omet­tant volon­taire­ment d’agir pour ce pourquoi leur pro­fes­sion existe : la lib­erté d’informer.

39 députés, à l’initiative de Cédric Vil­lani (ex LREM passé à EELV) ont demandé que la France accorde l’asile poli­tique à Julian Assange.

Geof­froy Antoine

Sources :

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