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Il n’y a pas de zones libres de LGBT en Pologne, a reconnu le grand journal de la gauche LGBT en Pologne avant de supprimer l’article en catastrophe

14 octobre 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Il n’y a pas de zones libres de LGBT en Pologne, a reconnu le grand journal de la gauche LGBT en Pologne avant de supprimer l’article en catastrophe

Rarement un bobard médiatique aura connu un tel développement, et il fallait que le terreau fût propice. Ces « zones sans LGBT » ou « zones libres de LGBT » inexistantes avaient déjà mis à mal au début de l’année plusieurs jumelages de villes polonaises avec leurs partenaires françaises. Tout est parti de l’action combinée d’un « Atlas de la haine » recensant les collectivités locales polonaises ayant adopté des résolutions en faveur des familles et du « happening » organisé par un militant LGBT qui fixait des panneaux « Zones sans LGBT » à l’entrée de certaines communes concernées pour prendre des photos diffusées ensuite sur les réseaux sociaux (voir ici l’explication du Visegrád Post).

Ursula von der Leyden Bobard d’or

Le bobard est arrivé au som­met en sep­tem­bre à l’occasion du dis­cours sur l’état de l’Union de la prési­dente de la Com­mis­sion européenne Ursu­la von der Leyen. Dans son dis­cours, celle-ci a en effet qual­i­fié ces « zones sans LGBTQ » de « zones sans human­ité » qui « n’ont pas leur place dans l’UE », ce qui nous a valu des titres de presse comme celui-ci dans L’Obs : « ‘Zones sans LGBTQ’ en Pologne : Ursu­la von der Leyen tape du poing sur la table ». Après la prési­dente de la Com­mis­sion, le can­di­dat démoc­rate à la prési­dence des États-Unis, Joe Biden, a lui aus­si repris à son compte le bobard des « zones sans LGBT+ » en Pologne : « Lais­sez-moi être clair : les droits des per­son­nes LGBT+ sont des droits humains — et les zones “sans LGBT” n’ont pas leur place dans l’U­nion européenne ou n’im­porte où dans le monde ». Le mag­a­zine LGBT Têtu, effec­tive­ment très têtu, cite donc désor­mais Von der Leyen et Biden à l’appui de ce bobard qu’il s’entête à dif­fuser encore et encore en dépit de l’évidence.

Aveu puis censure chez les libéraux libertaires

On imag­ine donc bien que, lorsqu’un jour­nal­iste du jour­nal polon­ais Gaze­ta Wybor­cza, grand pro­mo­teur en Pologne et à l’étranger de cette « fake news » de dimen­sion mon­di­ale, s’est per­mis de pub­li­er un arti­cle dénonçant le men­songe de ces fameuses « zones sans LGBT », cela pou­vait causer quelques remous dans la rédac­tion. Si bien que l’article en ques­tion, pub­lié le 25 sep­tem­bre sous le titre ironique « Allons plus loin : Piotrków libre de juifs et skatepark libre d’handicapés », a été retiré presque immé­di­ate­ment du site de Gaze­ta Wybor­cza avec inter­dic­tion pour les jour­nal­istes du jour­nal de com­menter ce fait où le con­tenu de l’article cen­suré. C’est en tout cas ce qu’affirme le site polon­ais Wirtu­alne Media spé­cial­isé dans l’actualité des médias qui a ten­té d’en savoir plus auprès de l’auteur de l’article Piotr Głu­chows­ki, auprès de la rédac­trice en chef du site Wyborcza.pl et auprès de l’entreprise pro­prié­taire Ago­ra (dont George Soros est action­naire par l’intermédiaire d’une de ses fon­da­tions). L’article pub­lié sur le site de Gaze­ta Wybor­cza a été défini­tive­ment sup­primé le jour même de sa pub­li­ca­tion après un tweet enragé de l’activiste LGBT, bour­si­er de la Fon­da­tion Oba­ma, Bar­tosz (Bart) Staszews­ki à l’origine de ces pho­tos de pan­neaux « zone libre de LGBT ». Un tweet dans lequel il promet­tait un procès à Gaze­ta Wybor­cza, même si, à la lec­ture de l’article de Głu­chows­ki, on se demande bien sur quel fonde­ment. Mais les cri­tiques avaient égale­ment fusé au sein même de la rédac­tion de la part de jour­nal­istes jugeant le texte de leur col­lègue « homo­phobe ».

Obscurantisme LGBT ?

Głu­chows­ki, qui est un jour­nal­iste de longue date de Gaze­ta Wybor­cza et qui a dirigé dans le passé cer­taines rédac­tions régionales de ce jour­nal de référence de la gauche lib­er­taire polon­aise (qui a aus­si longtemps été la prin­ci­pale source d’informations sur la Pologne de la presse française), n’a pas retourné sa veste. Il dénonçait dans son arti­cle du 25 sep­tem­bre, auquel l’Obser­va­toire du Jour­nal­isme a pu avoir accès mal­gré sa sup­pres­sion, les réso­lu­tions, motions et autres déc­la­ra­tions de col­lec­tiv­ités locales con­tre « la pro­mo­tion de l’idéologie des mou­ve­ments LGBT » et aus­si l’opposition (perçue par Głu­chows­ki) de ces col­lec­tiv­ités locales à « l’éducation, qu’elle soit sex­uelle, citoyenne ou écologique ». L’auteur qual­i­fi­ait même de « pur obscu­ran­tisme » l’attitude de ces col­lec­tiv­ités locales recen­sées sur « l’Atlas de la Haine » mis au point par des mil­i­tants LGBT.

Néan­moins, affir­mait le jour­nal­iste de Gaze­ta Wybor­cza en début de son arti­cle cen­suré par sa rédac­tion, « en Pologne il n’y a pas de ‘zones libres de LGBT’, c’est-à-dire de ter­ri­toires où les gays et autres per­son­nes non hétéronor­mées ne pour­rait pas résider ou séjourn­er. Il y a des ter­ri­toires cou­verts par des réso­lu­tions des col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales, prin­ci­pale­ment la Charte des droits de la famille des col­lec­tiv­ités locales [voir ici la tra­duc­tion de cette charte en anglais, NDLR]. Son adop­tion n’a pas d’effets juridiques, son car­ac­tère est unique­ment sym­bol­ique ». Głu­chows­ki analyse ensuite cette charte et s’étonne qu’elle ait fait autant de bruit, n’y voy­ant aucune inci­ta­tion à la dis­crim­i­na­tion des per­son­nes LGBT. « Vous recon­naîtrez qu’on est bien loin des ‘zones libres de gays’ », se moque le jour­nal­iste après avoir décrit le con­tenu du doc­u­ment adop­té par les col­lec­tiv­ités locales, « et pour­tant l’Europe et les USA ont exprimé ces derniers jours leur préoc­cu­pa­tion pour cette charte ».

Un pompier pyromane

Głu­chows­ki dénonce ensuite l’action de l’activiste Bar­tosz Staszews­ki dont les pan­neaux « cherchent à éveiller des con­no­ta­tions hideuses, en clair avec les pan­neaux qui inter­di­s­aient aux juifs l’entrée dans des com­munes ou des espaces de loisir ‘raciale­ment purs’». « L’action de Staszews­ki ne me plaît pas du tout », explique cet auteur de gauche, « parce qu’elle ren­force l’image de notre pays comme nation obscu­ran­tiste et presque nazie, ce qui s’inscrit très bien dans la poli­tique (pas unique­ment russe) visant à faire porter aux Polon­ais la faute de la Sec­onde Guerre mon­di­ale et de la Shoah. Nous vivons, mal­heureuse­ment, dans un pays gou­verné par des pop­ulistes nationaux-con­ser­va­teurs (tant pis, le peu­ple a choisi), mais pas dans un pays regorgeant d’initiatives anti-humaines et motivées par la haine, ni dans un pays rem­pli de racaille xéno­phobe imprégnée du désir d’opprimer les gens qui pensent et s’aiment autrement. La Pologne n’est pas ain­si, mais elle est désor­mais par­fois perçue de cette manière ».

Le jour­nal­iste cen­suré de Gaze­ta Wybor­cza, pour démon­tr­er l’absurdité de ces pho­tos de pan­neaux « Zone libre de LGBT », fai­sait ensuite remar­quer qu’on pour­rait de la même manière appos­er des pan­neaux « Entrée inter­dite aux juifs, aux musul­mans et aux athées » à l’entrée des com­munes ayant adop­té des réso­lu­tions par lesquelles elles ont con­fié la col­lec­tiv­ité locale à la Vierge Marie ou à Jésus Christ, ou encore met­tre des pan­neaux « Zone libre de per­son­nes hand­i­capées physique­ment » à l’entrée des skateparks. « Pour résumer », con­clu­ait l’auteur à la fin de son arti­cle, « il n’y a pas de zones libres de LGBT et la Charte des droits de la famille ne men­tionne même pas les per­son­nes LGBT ».

En fait, cette réal­ité est bien con­nue à la Com­mis­sion européenne, et c’est sci­em­ment que cer­tains mem­bres de la Com­mis­sion, y com­pris sa prési­dente, relayent ce qui n’est rien d’autre qu’une fake news, un bobard médi­a­tique. En effet, même Věra Jourová, la très sorosi­enne vice-prési­dent de la Com­mis­sion chargée des valeurs et de la trans­parence, le recon­nais­sait dans un entre­tien avec le quo­ti­di­en polon­ais Rzecz­pospoli­ta pub­lié le 7 octo­bre : « Les déc­la­ra­tions des col­lec­tiv­ités locales n’ont pas, il faut le soulign­er, d’effets juridiques, et il est donc dif­fi­cile à la Com­mis­sion de les remet­tre en ques­tion et d’appliquer à leur encon­tre des procé­dures de vio­la­tion du droit. » Cepen­dant, ajoute cette mil­i­tante des droits LGBT, « c’est une ten­dance inquié­tante, nous allons observ­er la sit­u­a­tion en Pologne. Nous avons déjà pris des mesures con­cer­nant le finance­ment de cer­taines com­munes en Pologne. » Autrement dit, Jourová recon­naît que ces « zones sans LGBT » sont un bobard, mais elle assure que la Com­mis­sion réag­it quand même en menaçant de couper les vivres de cer­taines com­munes… 

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