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Bobard : des collectivités locales anti-LGBT en Pologne ?
Publié le 

9 mars 2020

Temps de lecture : 7 minutes
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Bobard : des collectivités locales anti-LGBT en Pologne ?

« ‘Zone sans LGBT’: embarras face aux jumelages avec la Pologne » (Huffington Post, le 21/02/2020), « Zones anti-LGBT : une commune du Loiret suspend son jumelage avec une ville polonaise » (Le Parisien, le 20/02/2020), « Une ville du Loiret rompt ses liens avec sa jumelle polonaise devenue ‘Zone sans LGBT’ » (C‑News, le 18/02/2020), « Une commune du Loiret suspend son jumelage avec une municipalité polonaise après des arrêtés homophobes » (Le Figaro, le 19/02/2020), « Nogent-sur-Oise suspend son jumelage avec une ville polonaise, gênée par sa politique anti-LGBT » (France 3 Hauts-de-France, le 21/02/2020), « Non, Château-Salins n’est pas jumelée avec une ‘zone sans LGBT’ en Pologne » (Le Républicain Lorrain, le 23/02/2020), « ‘Zones sans LGBT’: le Centre-Val de Loire rompt avec une région polonaise » (Têtu, le 25/02/2020) : voilà quelques-uns des titres parus dans les médias français ces derniers temps à propos de prétendues « zones sans LGBT en Pologne ». Seul le quotidien Présent, à la moindre diffusion, a pris le parti des Polonais dans cette affaire, critiquant une sur-réaction de certaines collectivités locales hexagonales sans doute liée à l’approche des élections municipales, alors que les grands médias français défendent quasi-unanimement les revendications des organisations LGBT. Le quotidien qualifié « d’extrême droite » dans les grands médias (et jamais désigné, même par l’AFP, comme un quotidien national, ce qu’il est pourtant) consacrait en effet une page entière à cette affaire dans son numéro du 26/02/2020, avec deux articles : « Les vapeurs LGBT de Saint-Jean-de-Braye » pour le côté français et «Droits des familles et protection des enfants » pour le côté polonais.

De quoi s’agit-il ?

En févri­er 2019, le maire de Varso­vie, Rafał Trza­skows­ki, adop­tait une Charte LGBT+ par laque­lle il s’engageait à ne pas allouer de con­trats aux entre­pris­es qui ne font pas suff­isam­ment la pro­mo­tion des per­son­nes LGBT, et aus­si à avoir dans les écoles de la cap­i­tale polon­ais­es des activistes du mou­ve­ment LGBT chargés de défendre les droits des élèves non-hétéro­sex­uels. En out­re, et c’est ce qui a fait le plus polémique, le maire libéral (affil­ié au par­ti Plate­forme civique, PO), s’est engagé dans cette charte à met­tre en œuvre dans les écoles de la cap­i­tale polon­aise une édu­ca­tion sex­uelle con­forme aux « Stan­dards pour l’éducation sex­uelle en Europe » de l’OMS et du Cen­tre fédéral alle­mand pour l’éducation à la san­té (BZgA). Or ces stan­dards sont accusés (et on peut véri­fi­er dans le doc­u­ment don­né en lien ci-dessus) d’encourager la mas­tur­ba­tion des enfants dès le plus jeune âge, de banalis­er l’avortement et de famil­iaris­er les enfants et ado­les­cents avec les dif­férents types de sex­u­al­ité et d’identités sex­uelles.

En réac­tion, à par­tir de mars 2019, des col­lec­tiv­ités locales polon­ais­es (com­munes, comtés et régions) ont adop­té des réso­lu­tions par lesquelles elles s’auto-déclarent libres de toute idéolo­gie LGBT – une idéolo­gie qu’elles dénon­cent – et s’engagent à respecter le droit des par­ents à élever leurs enfants selon leurs pro­pres con­vic­tions et à ne pas impos­er aux entre­pris­es con­trac­tantes des critères tels que ceux mis en place à Varso­vie. D’autres col­lec­tiv­ités locales ont tout sim­ple­ment adop­té une Charte des droits des par­ents mise à leur dis­po­si­tion par l’organisation d’avocats et juristes con­ser­va­teurs Ordo Iuris.

Pour en savoir plus, voir la réso­lu­tion adop­tée par la ville de Tuchów, dont la tra­duc­tion en français (de qual­ité médiocre, mais très com­préhen­si­ble) a été mise en ligne par la ville de Saint-Jean-de-Braye, où le con­seil munic­i­pal a, mal­gré l’absence d’attaques ou de dis­crim­i­na­tions con­tre les per­son­nes LGBT dans cette réso­lu­tion, choisi de rompre un parte­nar­i­at vieux de 25 ans entre les deux com­munes.

Voir aus­si la ver­sion en anglais de la Charte des droits de la famille pour les col­lec­tiv­ités locales : Char­ter of the Rights of the Fam­i­ly.

Côté polon­ais, les mil­i­tants des organ­i­sa­tions LGBT et les médias qui les sou­ti­en­nent ne sont d’ailleurs pas pour rien dans ces rup­tures de jume­lages et dans les titres trompeurs des grands médias français. Expli­ca­tion du Viseg­rád Post, « Un ‘Atlas de la haine’ a été pub­lié en jan­vi­er pour recenser les col­lec­tiv­ités locales con­cernées par ces réso­lu­tions anti-idéolo­gie LGBT, qui a ensuite été relayé dans plusieurs médias étrangers accom­pa­g­né d’informations plus ou moins loufo­ques, allant jusqu’à pré­ten­dre qu’il s’agirait de zones inter­dites aux per­son­nes LGBT ou de zones où les per­son­nes LGBT n’auraient pas accès à cer­tains ser­vices. »

Confusion volontaire entre idéologie et personnes

D’une manière générale, les médias français entre­ti­en­nent la con­fu­sion entre idéolo­gie LGBT et per­son­nes LGBT pour tax­er d’homophobes toutes les déc­la­ra­tions polon­ais­es hos­tiles à une « idéolo­gie LGBT ». C’est ain­si par exem­ple que Jarosław Kaczyńs­ki, le leader du PiS, est accusé d’avoir qual­i­fié les homo­sex­uels de « men­ace pour l’identité polon­aise » alors qu’il avait en réal­ité évo­qué une idéolo­gie et non pas des per­son­nes. Exem­ple dans un arti­cle du Huff­in­g­ton Post : « Le par­ti PiS, ou Droit et jus­tice en français, actuelle­ment au pou­voir, prend régulière­ment les per­son­nes LGBTI pour cible pen­dant les péri­odes de cam­pagne. Le chef de file de la for­ma­tion con­ser­va­trice Jaroslaw Kaczyn­s­ki, n’hésitant pas à “dénon­cer” dans ses dis­cours ce qu’il con­sid­ère comme “une men­ace” pour l’identité polon­aise. »

De la même manière, et cela revient dans plusieurs médias à l’occasion de cette affaire de jume­lages, l’archevêque de Cra­covie qui avait qual­i­fié en août 2019 cette nou­velle idéolo­gie « néo-marx­iste » de « peste arc-en-ciel » en référence à la « peste rouge » du com­mu­nisme, est présen­té dans les médias français comme ayant qual­i­fiés les homo­sex­uels eux-mêmes de « peste arc-en-ciel ». C’est pourquoi le terme d’idéologie LGBT est sys­té­ma­tique­ment écrit entre guillemets dans les arti­cles cités plus haut, ce qui sous-entend qu’une telle idéolo­gie n’existe pas et que toute cri­tique de l’idéologie LGBT est for­cé­ment une cri­tique des per­son­nes en fonc­tion de leur ori­en­ta­tion sex­uelle. C’est d’ailleurs aus­si la lec­ture que sem­ble en avoir fait le con­seil munic­i­pal de Saint-Jean-de-Braye quand il a décidé de rompre ses rela­tions avec la com­mune polon­aise de Tuchów à cause d’une réso­lu­tion qui s’en prend à l’idéologie LGBT (et pas aux per­son­nes LGBT).

Ce glisse­ment séman­tique, égale­ment opéré par la mil­i­tance LGBT en Pologne, est par­faite­ment illus­tré dans l’explication de Têtu : « Depuis jan­vi­er 2019, des comtés, munic­i­pal­ités et voïvodies (équiv­a­lents des régions français­es) ont mis en place des réso­lu­tions qui pré­ten­dent s’en pren­dre à ‘toute idéolo­gie LGBT’ , qual­i­fiées par les mil­i­tants de ‘zones sans LGBT’ . ‘L’atlas de la haine’ en recense 88, soit une moyenne de 7,3 nou­velles zones par mois. 31 % de la pop­u­la­tion polon­aise vivrait désor­mais dans une ‘zone anti-LGBT’. Comme le mon­tre la carte, ce n’est prob­a­ble­ment qu’un début : dans plusieurs dizaines de local­ités, des actions de lob­by­ing sont en cours pour inciter les autorités locales à aller dans le même sens. »

Les sources des médias français : les militants LGBT

La plu­part des arti­cles sur ces « zones sans LGBT » (pour repren­dre la ter­mi­nolo­gie des médias français) par­tent d’un texte du Huff­in­g­ton Post (« Les zones “sans idéolo­gie LGBT” en Pologne s’é­ten­dent de manière inquié­tante ») du 31 jan­vi­er, qui tire une large part de ses infor­ma­tions d’un mil­i­tant LGBT polon­ais. Cet arti­cle a ensuite servi de base à un papi­er de Têtu (« Pologne : une carte recense l’inquiétante pro­gres­sion des ‘zones sans LGBT’ ») qui a inspiré la Femen Inna Shevchenko sur le site de Char­lie Heb­do (« La Pologne ouvre la chas­se aux gays »). Ces trois médias sont ensuite cités par plusieurs autres comme source d’information, tel Le Parisien qui écrivait le 20 févri­er : «  Comme le rap­pelle l’ac­tiviste ukraini­enne Inna Shevchenko dans Char­lie Heb­do, la Pologne fait par­tie des six pays de l’UE qui n’ont pas légal­isé le mariage homo­sex­uel. »

La mil­i­tante d’ul­tra-gauche écrivait en effet dans son arti­cle du 19 févri­er : « La Pologne fait par­tie des six pays de l’UE qui n’ont pas légal­isé le mariage homo­sex­uel (avec la Bul­gar­ie, la Roumanie, la Slo­vaquie, la Litu­anie et la Let­tonie), et les dis­crim­i­na­tions et agres­sions à l’encontre des per­son­nes LGBT n’y sont même pas con­sid­érées légale­ment comme des crimes de haine. »

En réal­ité, en Pologne comme en France, les dis­crim­i­na­tions à rai­son de l’orientation sex­uelle sont stricte­ment inter­dites et le car­ac­tère raciste ou homo­phobe d’une agres­sion est un fac­teur aggra­vant au regard de la loi. Mais aus­si, en ce qui con­cerne les pays de l’UE qui n’ont pas de mariages entre per­son­nes du même sexe, la « sex­trémiste » ukraini­enne pub­liant dans un jour­nal classé à l’extrême gauche a oublié l’I­tal­ie, la Hon­grie, la Tchéquie, la Croat­ie, la Grèce… Mais tout cela n’empêche pas le jour­nal­iste du Parisien de repren­dre son affir­ma­tion comme faisant autorité !

Autre exem­ple du sourçage des infor­ma­tions des médias français dans cette affaire, l’article du Répub­li­cain Lor­rain cité plus haut, dans lequel il est écrit : « Tout part d’un recense­ment réal­isé par les mil­i­tants polon­ais du site Atlas of hate, repris et ‘véri­fié’ par Têtu , recen­sant les villes, départe­ments et régions de France qui dis­posent d’un jume­lage ou d’un accord de coopéra­tion avec des local­ités polon­ais­es qual­i­fiées de « zones sans LGBT », dans lesquelles des ser­vices privés peu­vent être refusés à des per­son­nes LGBT pour des motifs religieux. Dans ce pays européen où le mariage des cou­ples de même sexe est illé­gal, la com­mu­nauté LGBT a en effet vu ses droits men­acés depuis le retour au pou­voir, en 2015, du par­ti ultra­con­ser­va­teur Droit et jus­tice (PiS), très lié à l’Église catholique. »

Le PiS dans le Camp du Mal

On notera aus­si que le par­ti Droit et Jus­tice (PiS) qui gou­verne la Pologne depuis 2015 (et a recon­duit sa majorité absolue aux élec­tions d’octobre 2019) est unanime­ment désigné comme le grand coupable d’une sup­posée « chas­se aux gays » nationale (pour repren­dre les mots de Char­lie Heb­do). Pour­tant, les con­seillers PiS ne sont pas les seuls à vot­er ces réso­lu­tions con­tre l’idéologie LGBT ou ces chartes des droits de la famille dans les col­lec­tiv­ités locales polon­ais­es, avec la pré­ten­tion de défendre juste­ment les lib­ertés et les droits civiques (lib­erté de con­science et d’expression, droit d’élever ses enfants selon ses con­vic­tions, etc.). C’est ain­si que le jour­nal polon­ais Gaze­ta Wybor­cza, très hos­tile au PiS et très favor­able aux reven­di­ca­tions des organ­i­sa­tions LGBT, recen­sait le 6 févri­er 2020 un total de 838 con­seillers du PiS, 437 con­seillers des comités locaux et 133 con­seillers du par­ti agraire PSL (qui a gou­verné la Pologne avec les libéraux de la PO de 2007 à 2015 et qui est affil­ié au Par­lement européen, comme la PO, au Par­ti pop­u­laire européen) ayant voté ce type de réso­lu­tions déjà adop­tées selon Gaze­ta Wybor­cza dans 93 col­lec­tiv­ités locales polon­ais­es.

Mais, comme l’explique Shevchenko dans Char­lie Heb­do, dont le point de vue ne se démar­que pas par­ti­c­ulière­ment sur ce dossier de celui des grands médias français : « Le gou­verne­ment con­ser­va­teur du PiS a déjà porté atteinte à l’indépendance de la jus­tice, refusé de respecter les quo­tas de réfugiés fixés par l’Union européenne et s’est bat­tu pour restrein­dre davan­tage encore le droit à l’avortement dans le pays. Il tente désor­mais de pro­téger ‘ l’identité chré­ti­enne’ de la nation polon­aise en créant des zones ‘ LGBT free’ (sans LGBT) à tra­vers le pays. »

Un montage militant repris comme officiel

Comme d’autres médias (tel Le Répub­li­cain Lor­rain cité plus haut), l’Ukrainienne reprend à son compte un bobard que cer­tains poli­tiques et jour­nal­istes ont fait cir­culer à ce pro­pos : « Pologne 2020, un pays mem­bre de l’UE, pos­sède main­tenant ce genre de pan­neaux “LGBT free zone”. Une des Faces émergées des LGBT-pho­bies qui touchent, ne soyons pas naïfs, le monde entier. »

Expli­ca­tion du Viseg­rád Post : « Protes­tant lui aus­si con­tre les réso­lu­tions adop­tées par ces col­lec­tiv­ités locales, un activiste gay polon­ais [celui inter­rogé par le Huff­in­g­ton Post et égale­ment cité dans l’article de Char­lie Heb­do, NDLR] a pho­tographié un pan­neau qu’il avait lui-même instal­lé à l’entrée de cer­taines des villes con­cernées avec la men­tion ‘Zone libre de LGBT’ en polon­ais, anglais, français et russe. Tous n’ont pas com­pris son action, et cer­tains politi­ciens et jour­nal­istes occi­den­taux ont relayé la pho­to en s’imaginant que ce pan­neau avait été instal­lé par les col­lec­tiv­ités locales pour inter­dire l’accès des homo­sex­uels à leur ter­ri­toire. »

Une telle cou­ver­ture médi­a­tique serait ris­i­ble si elle ne nui­sait à ce point à la coopéra­tion et à la bonne com­préhen­sion entre Européens. Un esprit malin pour­rait dire que le manque de plu­ral­isme et de rigueur des médias français en deviendrait presque dangereux…ou bien l’est déjà.

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