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Histoires d’une nation ou France 2 au pays des Soviets. Deuxième partie

20 octobre 2018

Temps de lecture : 6 minutes
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Histoires d’une nation ou France 2 au pays des Soviets. Deuxième partie

Sec­ond volet de notre série de décryptage du doc­u­men­taire « His­toires d’une nation ». Une analyse en cinq par­ties. Par­tie 2 : His­toires d’une nation, décryptage de l’épisode 1, Le pays où l’on arrive (1870–1927).

En une série de 5 articles, l’OJIM s’intéresse aux « Histoires (avec un « s ») d’une nation », série documentaire, en quatre épisodes, diffusée par France 2. Le lecteur pourra retrouver le décryptage consacré à la raison d’être et aux dessous de la série documentaire ici. L’épisode 1 a d’ailleurs pour fonction de confirmer les objectifs annoncés du documentaire, et en particulier de montrer que la France commence en 1870, après la défaite de Sedan et avec l’arrivée des premiers migrants italiens, belges et polonais.

Le ton est dramatique

L’épisode com­mence par un défilé d’images en accéléré de la con­struc­tion de la tour Eif­fel, fleu­ron de la révo­lu­tion indus­trielle et, dit-on, de l’image de la France après la dra­ma­tique péri­ode de la guerre de 1870 et de la défaite. Le son choisi et le ton du com­men­taire sont dra­ma­tiques à souhait. Pourquoi ? La tour Eif­fel est notre fierté et pour­tant… un homme est tombé. Et pas n’importe quel homme : un de ceux qui ont fait la tour Eif­fel, et par cela, de ceux qui ont fait la France, cette nou­velle France née en 1870, si l’on en croit le début du doc­u­men­taire. Une France dev­enue nation par ses immi­grés, et par­ti­c­ulière­ment par ses ouvri­ers, dont cet Ital­ien mort en tombant de la tour Eif­fel, immi­gré qui sym­bol­ise ce qu’est la nation France : une con­struc­tion par l’immigration. Une con­struc­tion dans la douleur, comme le sym­bol­is­erait la chute et la mort de cet ouvri­er ital­ien.

1870 ? Naissance de la France ! (paraît-il)

La France, en tant que nation, n’aurait pas existé avant la révo­lu­tion indus­trielle. Avant, il n’y aurait eu qu’un agré­gat de pop­u­la­tions diver­si­fiées, de com­mu­nautés avec cha­cune sa langue, le français n’étant qu’une sorte de sabir offi­ciel et loin­tain, une France com­posée d’une mul­ti­tude de « pays » et dont les « paysans » ne furent que des migrants de l’intérieur, con­duits vers les villes, les cen­tres indus­triels et sin­gulière­ment Paris par la grâce des usines et des chemins de fer se dévelop­pant. Pas de Français, donc, en 1870 mais des peu­plades aux mœurs var­iées, un mul­ti­cul­tur­al­isme général­isé auquel l’exode rur­al met­trait un terme quand Auvergnats, Bre­tons, Mor­van­di­aux etc… rejoignent les cen­tres et les usines, rejoignent les autres migrants, Ital­iens, Belges ou Polon­ais, immi­grés de l’extérieur, qui n’ont comme dif­férence que d’avoir dû tra­vers­er une fron­tière, et encore ; ce serait la même chose, un ensem­ble de migrants appelés à con­stru­ire la nation France, une nou­velle nation for­mée juste­ment de l’agrégation de ces divers­es com­mu­nautés et de leurs com­mu­nau­tarismes, de leurs langues. Langues ital­i­ennes, polon­ais­es, auvergnates et bre­tonnes, c’est du pareil au même, la preuve que la France n’existait pas, qu’elle allait naître, et même être enfan­tée par les immi­gra­tions du temps. C’est pourquoi les craintes de notre présent ne seraient que fari­boles, selon ce doc­u­men­taire et par ric­o­chet selon France 2, télévi­sion d’État. En 1870, c’est dit, pas de France mais des régions. L’histoire d’avant 1870 ? Rien. L’histoire de France d’avant les migra­tions des révo­lu­tions indus­trielles ? Rien.

La sémantique du documentaire

« Pas de fron­tières, pas encore de patrie »

« Dans un vil­lage sur qua­tre, per­son­ne ne par­le Français » (25 %, chiffre mag­ique devenu aus­si d’usage au sujet des per­son­nes issues de l’immigration en France aujourd’hui).

C’est après 1870 que « la France d’avant » aurait été « inven­tée », par l’école, un peu comme dans les colonies ensuite, la France « des gaulois », une France qui ne serait « qu’un mythe ».

Après 1870, aurait été décidé de « faire une nation et de faire des Français » (car ils n’existaient pas). Bien sûr, dans cette volon­té de con­stru­ire une France, de la fab­ri­quer, il y avait des méchants qui ne voulaient pas : « catholiques, bour­geois, roy­al­istes ». Le salut est venu de l’instauration du 14 juil­let comme Fête nationale. C’est que « la République se bat pour fab­ri­quer des Français ». Or, comme la France a besoin de bras, c’est la révo­lu­tion indus­trielle, il faut des ouvri­ers, alors « de nou­veaux acteurs entrent en scène : les immi­grés ». On croise d’ailleurs des pan­neaux indi­quant « inter­dit aux chiens et aux racailles », car cer­tains Français qui ne sont pas Français pour­tant et vivent dans une France qui n’est pas une nation, auraient ten­dance à rejeter les migrants. Le doc­u­men­taire dif­fuse nom­bre d’exemples de vio­lences, rix­es et autres agres­sions, toutes con­tre des immi­grés ital­iens, polon­ais ou belges. À aucun moment, jamais sem­ble-t-il, selon ces His­toires d’une nation, aucun, vrai­ment aucun, pas un immi­gré ne sem­ble avoir été coupable d’un acte délictueux, vio­lent, ni même d’un délit. En tout cas, le doc­u­men­taire n’en donne aucun exem­ple, dans une pro­fu­sion de cas con­traires (qui ne sont en fait que cou­ver­tures de presse à sen­sa­tion de l’époque) où l’immigré est une vic­time et un bouc émis­saire de tous les jours. C’est que le Français, qui pour­tant n’existe pas encore, est déjà « xéno­phobe ».

C’est pour lut­ter con­tre cette xéno­pho­bie que « les répub­li­cains pensent alors qu’il faut oblig­er les étrangers à devenir Français »: le droit du sol s’impose en 1889. Pour­tant, « les xéno­phobes ne désar­ment pas », et « per­son­ne n’échappe à la fureur nation­al­iste ». Et s’opposer « au droit du sol, c’est être con­tre la République »: qui n’est pas avec moi, totale­ment, en somme, est con­tre moi.

Alors survient le méchant Bar­rès, qui « emploie le mot race », « le mot est lâché » et la cri­tique du droit du sol est devenu xéno­pho­bie qui est dev­enue nation­al­isme, lequel devient syn­onyme de « racisme ». La France devient une sorte de Janus, le dieu aux deux vis­ages : la France des droits de l’Homme (le bien) con­tre la France de l’identité (le mal). Le moment est alors venu d’une petite digres­sion au sujet du pre­mier député noir élu à l’Assemblée Nationale, le « pre­mier du monde ». Quipro­quo ? Com­ment un pays raciste pour­rait-il être le seul au monde à avoir élu un député noir ? Il en va de même au sujet de la France d’aujourd’hui, accusée de racisme d’Etat et de néo-colo­nial­isme quand elle est très cer­taine­ment le pays le plus accueil­lant de la planète. C’est pour­tant l’occasion d’une pre­mière pique con­tre le colo­nial­isme, pique dont on imag­ine sans peine qu’elle aura des petites sœurs dans les épisodes à suiv­re : « les peu­ples colonisés ne sont ni citoyens ni étrangers, ils sont sujets » (de l’Empire colo­nial). Dif­fi­cile de saisir ce que les colo­ni­aux vien­nent faire dans ce pre­mier épisode d’un doc­u­men­taire con­sacré à l’immigration de la fin du 19e siè­cle, sauf à vouloir faire un amal­game et à pré­par­er les dis­cours des épisodes suiv­ants. Pour l’heure, la xéno­pho­bie est vain­cue par les faits « pas de métro sans les immi­grés et pas de baguettes sans les ital­iens ! » (On imag­ine si quelqu’un dis­ait : en Algérie et au Maroc, pas de routes ni d’écoles sans la coloni­sa­tion ?).

La ques­tion fuse alors : « Qui est Français ? ». Sous-enten­du sinon ceux qui ont con­stru­it le métro. D’ailleurs, la Grande Guerre le mon­tr­erait bien, « la IIIe République a gag­né son pari » et « la patrie existe main­tenant bel et bien ». Elle existe, avec « une armée peu­plée d’immigrés et de colo­ni­aux ». Les pre­miers sont Français, ne sont pas Français, on s’y perd un peu. Une pré­ci­sion : les sol­dats colo­ni­aux n’auraient pas été trau­ma­tisés par les tranchées mais par le fait de se voir couper cheveux et nattes en arrivant dans l’armée, laque­lle en sa grande dis­crim­i­na­tion por­tait ain­si atteinte à « leur iden­tité ». Pire, la France aurait alors osé « une immi­gra­tion choisie » et le « tri entre les migrants ».

Après la guerre ? « Plus que jamais la France a besoin de tra­vailleurs étrangers », et les méchants « patrons » « recru­tent en masse et tri­ent les tra­vailleurs ». C’est à ce moment-là que « la France devient le pre­mier pays d’immigration devant les États-Unis », avec « notre cen­tre de tri » (Toul). L’information est néan­moins intéres­sante : la France, dans laque­lle chaque écol­i­er apprend depuis 40 ans que l’immigration n’aurait pas aug­men­tée d’un iota depuis 1974, serait donc bel et bien un pays d’immigration mas­sive, plus encore que les États-Unis, et ce depuis l’entre-deux guer­res ? Il va fal­loir révis­er les manuels sco­laires et admet­tre le réel des rues. Pourquoi insis­ter sur la quan­tité ? C’est que « Partout, même dans les endroits les plus inat­ten­dus, les immi­grés repe­u­plent et recon­stru­isent, ils redonnent vie aux ter­ri­toires, appor­tent des tech­niques nou­velles qui dou­blent les récoltes » (à l’évidence, il s’agit plutôt d’un vœu pour l’avenir, le nôtre, qu’un regard sur le passé). Finale­ment ? « En 1924, le nom­bre d’étrangers est passé de un à trois mil­lions, et la France s’est relevée », dans les rues de Paris « la nou­velle France se des­sine »: « Paris, la ville cos­mopo­lite ».

Par­fois, des choses sur­prenantes échap­pent aux auteurs, en par­ti­c­uli­er à l’occasion des témoignages, tous élo­gieux quant à l’immigration :

« Je suis roman­tique, je suis une femme quand même » (Mar­lène Schi­ap­pa, un com­men­taire ?)

« Ma mère voit un grand noir, hein, balèze comme cela » (Emmanuel Macron, un com­men­taire ?)

La dif­fu­sion d’une inter­ven­tion de l’écrivain Hen­ri Troy­at, issu de l’immigration, est éton­nante : il par­le un français extra­or­di­naire, se prénomme Hen­ri… Un exem­ple d’intégration en effet, très loin, à l’évidence, de l’actuelle sit­u­a­tion.


His­toires d’une nation, au fond, c’est un doc­u­men­taire à charge con­tre la France des Français, une plongée dans la mytholo­gie issue de la décon­struc­tion des libéraux cul­turels, la manière dont ils se racon­tent l’histoire de France dont ils ont besoin pour fab­ri­quer le pays qu’ils veu­lent main­tenant et demain. De tout temps, cela a porté un nom : pro­pa­gande. La suite ne peut que promet­tre… Le téléspec­ta­teur ne peut que com­pren­dre ce que les immi­grés auraient apporté à la France (puisqu’ils l’auraient faite), sans que jamais rien ne soit dit de ce que la France a apporté aux immi­grés.

Un élé­ment cap­i­tal : jamais n’est sig­nalé le fait que les immi­grés belges, ital­iens ou polon­ais avaient un point com­mun essen­tiel avec les habi­tants d’une France (qui n’était pas la France paraît-il) : ils étaient européens et catholiques. Ce fac­teur n’est à aucun moment con­sid­éré comme un fac­teur fon­da­men­tal. De même un autre aspect de la France : la rural­ité. La France d’alors, pour­tant mas­sive­ment paysanne, est ignorée, comme si elle n’avait pas existé. La cam­pagne, les paysans, les sil­lons creusés dans la terre, rien de cela n’a fait la France, à en croire le doc­u­men­taire. Les paysans sont effacés de la pho­togra­phie de la famille. Reste que le pre­mier épisode se ter­mine sur une inquié­tude : l’assimilation sem­blait en marche mais « que se passera-t-il si la prospérité cède la place à la crise ? » Décryptage du prochain épisode sous peu.

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