Ojim.fr
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Coups de projecteur sur la participation citoyenne aux États Généraux de l’Information (3)

L’article que vous allez lire est gratuit. Mais il a un coût. Un article revient à 50 €, un portrait à 100 €, un dossier à 400 €. Notre indépendance repose sur vos dons. Après déduction fiscale un don de 100 € revient à 34 €. Merci de votre soutien, sans lui nous disparaîtrions.

21 avril 2024

Temps de lecture : 9 minutes
Accueil | Veille médias | Coups de projecteur sur la participation citoyenne aux États Généraux de l’Information (3)

Coups de projecteur sur la participation citoyenne aux États Généraux de l’Information (3)

Temps de lecture : 9 minutes

Ce troisième article poursuit le focus entamé dans le deuxième article du dossier que l’OJIM consacre à la recension du rapport sur les grands enseignements tirés par les auteurs du rapport du CESE de la participation citoyenne aux États généraux de l’information (EGI).

6 questions fermées

Il se focalise sur les 6 dernières ques­tions fer­mées qui ont trait suc­ces­sive­ment aux con­tenus préférés par les par­tic­i­pants, aux solu­tions cen­sées être les plus per­ti­nentes pour amen­er les médias à traiter des sujets qui intéressent davan­tage les citoyens, à celles cen­sées per­me­t­tre de lut­ter con­tre les manip­u­la­tions de l’information (y com­pris par des puis­sances étrangères), à celles cen­sées être les plus per­ti­nentes pour for­mer dès le plus jeune âge les citoyens de demain pour une « infor­ma­tion éclairée », et, enfin, aux solu­tions cen­sées être les plus per­ti­nentes pour lut­ter con­tre les « fake news » et la dés­in­for­ma­tion ; tous les solu­tions abor­dées ici étant elles préétablies par les organ­isa­teurs de cette consultation.

Les contenus

Trois types de con­tenus empor­tent la préférence des par­tic­i­pants, cha­cun mobil­isant plus de 50% des répon­dants. Arrivent en tête les arti­cles ana­ly­tiques longs (58%), les con­tenus visuels (55%) et les dépêch­es neu­tres et factuelles (50%). Les infor­ma­tions pos­i­tives et le jour­nal­isme de solu­tion affichent un taux de 44%, reflé­tant un intérêt sig­ni­fi­catif pour des nou­velles constructives.

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « Dossiers thé­ma­tiques pou­vant mêler dif­férentes formes (inter­view, arti­cles…) ou en plusieurs épisodes per­me­t­tant d’ap­porter des éclairages, don­nées, faits… sous dif­férents angles ou points de vue » 
  • « Emis­sion de radio, entretiens » 
  • « Pod­casts, entre­tiens avec des experts » 
  • « Reportages et enquêtes appro­fondies avec tra­vail d’in­ves­ti­ga­tion label­lisée par plusieurs médias. » 
  • « Inter­view thé­ma­tique de spécialiste » 
  • « Entre­tiens questions-réponses » 
  • « Débat experts et acteurs. Analy­ses his­toriques et géopolitiques » 
  • « Les arti­cles de syn­thèse qui met­tent en exer­gue les ten­ants et les aboutis­sants d’une infor­ma­tion afin de partager la dimen­sion sys­témique (mul­ti-dimen­sion) d’un événe­ment (idéale­ment sous la forme de car­togra­phies synthétiques) » 
  • « Les débats d’idées »

La production de l’information

Tout d’abord, des médias qui adressent les préoc­cu­pa­tions et l’intérêt des citoyens sont des médias qui pla­cent l’humain au cœur du dis­posi­tif de pro­duc­tion de l’information plutôt que de recourir à l’Intelligence arti­fi­cielle (soutenu par 63% des par­tic­i­pants). Ensuite, pour intéress­er davan­tage le citoyen, les médias doivent davan­tage co-con­stru­ire leurs sujets et con­tenus en recueil­lant les attentes de leurs lecteurs (44%) mais égale­ment être au plus près des citoyens et citoyennes, favorisant ain­si davan­tage une infor­ma­tion locale (42%) L’in­clu­sion de citoyennes et citoyens dans les comités édi­to­ri­aux ou les rédac­tions, est appuyée par 30 % des répondants

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « Tir­er des enseigne­ments des enquêtes d’opinion » 
  • « Dévelop­per l’in­ter­ac­tiv­ité dans cer­taines émissions » 
  • « Choix des sujets en fonc­tion du reten­tisse­ment de l’événement sur la vie du citoyen : direct ou indirect » 
  • « Avoir un jour­nal­isme de qual­ité, fondé sur des études en pro­fondeur et factuels sans sensationnalisme » 
  • « Équili­br­er les infor­ma­tions locales, nationales et uni­verselles sur un même sujet (vision glob­ale d’un problème) » 
  • « Veiller à don­ner une infor­ma­tion sur ce qui est le plus sig­ni­fi­catif en nom­bre, et non pas sur des sit­u­a­tions exceptionnelles » 
  • « Diver­si­fi­er l’in­for­ma­tion et arrêter les séquences “mono-sujet” (guerre en Ukraine puis guerre en Israël par exemple) ».

La lutte contre les manipulations, vérifications et IA

Les prin­ci­pales actions de lutte con­tre les manip­u­la­tions se con­cen­trent autour de la véri­fi­ca­tion (67% des par­tic­i­pants sou­ti­en­nent le fact-check­ing et la véri­fi­ca­tion des sources), l’éducation dès le plus jeune âge (62%) ou encore la trans­parence (61% sou­ti­en­nent la pub­li­ca­tion des déc­la­ra­tions de con­flits d’intérêt des experts et édi­to­ri­al­istes). Dans une moin­dre mesure, d’autres solu­tions recueil­lent le sou­tien des par­tic­i­pants telles que la label­li­sa­tion des infor­ma­tions non générées par une intel­li­gence arti­fi­cielle (35%), la mise en avant de comptes véri­fiés sur les réseaux soci­aux (26%) ou l’i­den­ti­fi­ca­tion de tiers de con­fi­ance (17%).

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « Je pense qu’une des meilleures manières de lut­ter con­tre les manip­u­la­tions de l’in­for­ma­tion seraient au max­i­mum crois­er les sources, cela pour­rait être sur les réseaux soci­aux par une propo­si­tion d’autres sources qui par­le du même sujet lorsqu’on lit un arti­cle sur un sujet » 
  • « Créer un direc­toire dans chaque média pour véri­fi­er les con­tenus édi­to­ri­aux et leur impartialité » 
  • « Prévoir les moyens de pour­suiv­re pénale­ment la dif­fu­sion de fauss­es informations » 
  • « Pos­si­bil­ité d’at­ta­quer en jus­tice avec aide juri­dic­tion­nelle les sources d’in­for­ma­tion manipulée » 
  • « Définir (et appli­quer) un proces­sus de val­i­da­tion de l’in­for­ma­tion “réal­isée par l’in­tel­li­gence artificielle” » 
  • « Inté­gr­er cette édu­ca­tion à l’in­for­ma­tion tout au long de la sco­lar­ité y com­pris en uni­ver­sité, et dif­fuser via les employeurs des notices rap­pelant les sites où véri­fi­er / analyser les infor­ma­tions » • « Dur­cir les con­di­tions d’ac­cès et de main­tien au statut de journaliste » 
  • « Ren­forcer les moyens éta­tiques pour lut­ter con­tre les influ­ences et main mis­es de pays étrangers sur les médias (cf. influ­ence Russie / péri­odes de vote) ».

Les manipulations étrangères

En matière de lutte con­tre les manip­u­la­tions de l’information par les puis­sances étrangères, près des deux tiers (65%) des par­tic­i­pants plébisci­tent la lutte con­tre les cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion. En sec­onde posi­tion appa­raît la mise en place d’un sys­tème d’alerte rapi­de au niveau européen (57%). Le ren­force­ment de la coopéra­tion entre États en matière de ren­seigne­ment obtient un solide appui de 48%. Enfin, le dur­cisse­ment des répons­es régle­men­taires et diplo­ma­tiques, ain­si que le ren­force­ment de la pro­tec­tion des jour­nal­istes au niveau européen, affichent des taux respec­tifs de 40%.

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « Dur­cisse­ment via la cen­sure de ce qui provient de pays non démoc­ra­tiques en ter­mes de lib­erté de la presse » 
  • « Neu­tralis­er les lob­bies qui con­trô­lent la publicité » 
  • « Inter­dire toute sub­ven­tion ou pro­priété étrangère. » 
  • « Exiger davan­tage de trans­parence de la part des plate­formes en ligne con­cer­nant les pub­lic­ités poli­tiques et les comptes opérés à l’étranger. » 
  • « Par­ler plus explicite­ment et plus régulière­ment des cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion dont nous avons les preuves qu’elles provi­en­nent de puis­sances étrangères ».

L’éducation à l’information

La néces­sité de for­mer les citoyens, notam­ment les élèves, à « l’at­ten­tion » et aux biais cog­ni­tifs reçoit un sou­tien mas­sif de 4/5ème des répon­dants, fig­ure la. La for­ma­tion des enseignantes et enseignants à l’éducation à l’information est égale­ment forte­ment val­orisée (71%). Arrivent ensuite la mise en place de parte­nar­i­ats entre jour­nal­istes, médias et écoles (54%) et la pos­si­bil­ité pour les indi­vidus de réguler eux-mêmes les algo­rithmes et bulles de fil­tres (35%).

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « For­mer à l’e­sprit critique » 
  • « Favoris­er l’émer­gence et la péren­nité des médias scolaires » 
  • « Don­ner plus de place aux pro­fesseurs doc­u­men­tal­istes qui sont les spé­cial­istes de l’EMI dans les étab­lisse­ments scolaires » 
  • « Créer un référent EMI dans chaque établissement » 
  • « Ren­forcer l’histoire et l’instruction civique à l’école, bases de la con­struc­tion du sens critique » 
  • « Inté­gr­er une for­ma­tion d’une heure par semaine à l’in­for­ma­tion et aux médias à par­tir du col­lège (avec exem­ples et exer­ci­ces à par­tir de dif­férents médias (pho­to, vidéo, écrit, réseaux sociaux …) » 
  • « Abon­ner des class­es entières à des jour­naux avec vis­ites des sièges de jour­naux et organ­i­sa­tion de jeux-con­cours avec par­tic­i­pa­tion des jour­nal­istes aux côtés des enseignants » 
  • « Prévoir des réu­nions pour les par­ents d’élèves sur les médias, organ­is­er des événe­ments inclu­ant les parents ».

Les désinformations

Le niveau des par­tic­i­pa­tions à la ques­tion rel­a­tive à la lutte con­tre les « fake news » et la dés­in­for­ma­tion reflète une impor­tance qua­si­ment équiv­a­lente de l’ensemble des solu­tions pro­posées. Légère­ment en tête (53%) fig­ure l’im­pératif d’ap­pren­dre à tous à repér­er les fauss­es nou­velles. Les solu­tions visant à ren­forcer les sanc­tions pour les plate­formes dif­fu­sant de fauss­es infor­ma­tions (50%) et à sanc­tion­ner plus sévère­ment les pro­duc­teurs de fauss­es infor­ma­tions (49%) révè­lent une atten­tion forte au pou­voir de la sanc­tion. D’autres idées sont men­tion­nées autour de la trans­parence des sources, telles que la général­i­sa­tion de la véri­fi­ca­tion des faits (49%) ou encore la garantie de la trans­parence des sources (27%).

Par­mi les ver­ba­tims for­mulés par les par­tic­i­pants à l’égard de cette ques­tion, le rap­port relève ceux-ci :

  • « Ren­forcer les sanc­tions pour les plate­formes dif­fu­sant des fauss­es informations » 
  • « Met­tre en place un sig­nal “véri­fiez l’in­fo !” ren­du oblig­a­toire sur tous les sites, réseaux soci­aux et plate­formes d’information » 
  • « Une des clés impor­tantes est de for­mer à l’e­sprit cri­tique. Mieux accul­tur­er le pub­lic aux enjeux de l’in­for­ma­tion et aux con­di­tions de la pro­duc­tion de l’in­for­ma­tion sert à dévelop­per l’e­sprit cri­tique des citoyenn-e‑s. »
  • « véri­fi­ca­tion des faits via l’IA »
  • « Ren­dre l’in­fo-doc­u­men­ta­tion et l’E­MI oblig­a­toires pen­dant la sco­lar­ité, dans l’emploi du temps des élèves et dis­pen­sés par les pro­fesseurs documentalistes » 
  • « Dévelop­per des médias publics de qual­ité (avec des moyens) dont on garan­tit l’indépen­dance et qui com­mu­niquent sur la “fab­rique de l’in­for­ma­tion”. Ren­forcer et val­oris­er l’éthique jour­nal­is­tique (sex­isme, par­ité, plu­ral­isme, indépen­dance des rédactions). » 
  • « Les réseaux soci­aux pos­sédés par des sociétés étrangères ne devraient pas dépen­dre d’une juri­dic­tion étrangère. Ils devraient avoir l’obligation de créer une fil­iale dans le pays avec un Con­seil d’Administration en par­tie for­mé de mem­bres nationaux. ».

S’achève ici la recen­sion abrupte des con­tenus des répons­es apportées par les par­tic­i­pants à ma con­sul­ta­tion publique aux 13 ques­tions fer­mées pro­posées par les organ­isa­teurs des EGI.

Les 2 arti­cles suiv­ants com­plè­tent cette recen­sion en se focal­isant sur les ques­tions ouvertes.

Patrice Car­dot

Vidéos à la une

Derniers portraits ajoutés