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Franceinfo : analyse politique lunaire de Renaud Dély et Marc Fauvelle

7 février 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Franceinfo : analyse politique lunaire de Renaud Dély et Marc Fauvelle

Franceinfo : analyse politique lunaire de Renaud Dély et Marc Fauvelle

Le 4 février 2021, l’inquiétude politique régnait sur Franceinfo, dans les journaux du matin : la gauche est moribonde, avec un parti socialiste englué dans un plan social organisé contre ses nombreux permanents et des candidats probablement multiples lors des prochaines présidentielles. De quoi consacrer un éditorial politique qui mérite d’être signalé.

Marc Fau­velle et Renaud Dély ne sont pas des per­dreaux de l’année du jour­nal­isme, au con­traire, ils nav­iguent un peu partout depuis des années. Actuelle­ment, les deux jour­nal­istes, claire­ment et ouverte­ment de la gauche libérale lib­er­taire, offi­cient sur la radio publique Fran­ce­in­fo, elle-même claire­ment ori­en­tée à gauche du spec­tre poli­tique, une gauche social-démoc­rate, ten­dance écol­o­giste, avec un zeste de souhaits « rad­i­caux » (pour frémir).

Inquiétudes philosophiques sur la « gauche »

La sit­u­a­tion est grave, selon Renaud Dély. D’après une enquête Fran­ce­in­fo-IPSOS, aucun can­di­dat de gauche ne pour­rait se qual­i­fi­er pour le sec­ond tour, sans excep­tion, y com­pris Anne Hidal­go. Même le chef de file des écol­o­gistes, Jadot. Il y aurait un remake de 2017 qui serait large­ment gag­né par Macron. La cause de cette faib­lesse de la gauche ? La divi­sion ? Une expli­ca­tion qui ne suf­fit pas, même si les social­istes con­sid­èrent que Mélen­chon est un « diviseur ». Une expli­ca­tion super­fi­cielle, selon Fran­ce­in­fo.  Où est le prob­lème alors ?

Un souci général : la gauche n’atteindrait que 30 % en France, toutes gauch­es con­fon­dues. Ce ne serait pour­tant pas un prob­lème de divi­sion entre courants mais un prob­lème de « pro­jet de société que pro­pose la gauche ». La diver­sité, l’absence d’union, la mul­ti­plic­ité pos­si­ble des can­di­dats, ou même leur absence (qui va y aller, au vu de sondages don­nant de l’ordre de 8 % à des can­di­dats de type par­ti social­iste), tout cela ne joue pas de rôle. Le souci provient, selon l’analyse de Dély et Fau­velle, du fait que le pays n’est plus à gauche, sinon pour env­i­ron 30 % des sondés.

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Absence d’analyse de fond

Les deux jour­nal­istes ne le voient pas mais leur con­clu­sion pose une pre­mière ques­tion : com­ment se fait-il que dans un pays où l’écrasante majorité des milieux médi­a­tiques, édu­cat­ifs et cul­turels (des médias aux écoles en pas­sant par les librairies, les médiathèques, les théâtres, le ciné­ma, la télévi­sion…), une majorité des électeurs ne soient pas de gauche ? À qui les médias, l’école et la cul­ture sub­ven­tion­née par­lent-ils ? À tous : c’est le principe même de la pro­pa­gande de masse.

Ce n’est cepen­dant pas le plus impor­tant. Renaud Dély et Marc Fau­velle pro­posent en fait une analyse lunaire en con­sid­érant que la gauche serait minori­taire et la droite (non définie lors de cet édi­to­r­i­al poli­tique) majori­taire de fait. S’ils pensent cela c’est parce qu’à leurs yeux Emmanuel Macron, LREM et affidés seraient de droite et non de gauche. Aucune expli­ca­tion n’est don­née à ce qui con­fine à une croy­ance et à un argu­ment d’autorité, éloignés à la fois de tout esprit cri­tique et de toute déon­tolo­gie médiatique.

Pourquoi ? La ques­tion est celle de ce qu’est le « macro­nisme ». Une ques­tion que Dély et Fau­velle ne posent évidem­ment pas en direct.

De quoi le macronisme est-il le nom ?

Le macro­nisme ? Un homme, Emmanuel Macron, pris sous son aile puis propul­sé en poli­tique par Jacques Attali. Un ancien min­istre, ensuite, à l’époque de l’homme de la gauche libérale du par­ti social­iste François Hol­lande. Macron est un pur pro­duit du social libéral­isme et des milieux libéraux lib­er­taires. Or, ce courant poli­tique a une his­toire. Dans les années 60, 70 et au début des années 80 du 20e siè­cle, le par­ti social­iste de François Mit­ter­rand, asso­cié au PCF en une union de la gauche, a gag­né en puis­sance et s’est finale­ment imposé en mai 1981. Une date con­sid­érée par les milieux médi­a­tiques, cul­turels et édu­cat­ifs comme une sorte de vache sacrée. En 1981, Jacques Attali était dans l’ombre de François Mitterrand.

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À par­tir de 1983, cette gauche est dev­enue gauche de gou­verne­ment, a engagé la France dans la mon­di­al­i­sa­tion, le libéral­isme, l’Union Européenne, les réformes de société libérales lib­er­taires, entre autres. Une gauche qui est celle des médias de grand-chemin actuels, celle de Fran­ce­in­fo.

Elle n’existe plus dans le paysage poli­tique ? Si l’analyse de Renaud Dély et de Marc Fau­velle est à ce point lunaire, c’est parce que c’est tout le con­traire : elle est juste­ment au pou­voir. La gauche social-démoc­rate et libérale lib­er­taire s’est muée en macro­nisme. Si les jour­nal­istes cherchent une cause à la faib­lesse de par­tis tels que le Par­ti social­iste, ils pour­raient aisé­ment la trou­ver sans que l’OJIM prenne le temps de les aider : cette gauche, leur gauche, est au pou­voir, elle est l’autre nom du macro­nisme. Et c’est pour cette rai­son que l’écrasante majorité des médias, dont Fran­ce­in­fo, comme des jour­nal­istes, dont Fau­velle et Dély, ont ample­ment con­tribué à la vic­toire de Macron en 2017. La vic­toire de la gauche qu’ils incar­nent : bobo, sociale libérale, mon­di­al­iste, libérale lib­er­taire, pré­ten­du­ment écol­o­giste. Gageons qu’en 2022 ils n’agiront pas autrement et défendront bec et ongles la gauche, leur gauche, autrement dit Emmanuel Macron ou un ersatz y ressemblant.

Rappel des troupes

Fran­ce­in­fo com­mence ain­si, déjà, quinze mois avant la prési­den­tielle, le rap­pel des électeurs à leur devoir, selon la radio publique : vot­er pour la gauche libérale lib­er­taire. Pour les jour­nal­istes de Fran­ce­in­fo, aucun autre choix n’est imag­in­able en réal­ité. Cela dépasse même leur enten­de­ment : vot­er pour des idées con­ser­va­tri­ces ou nation­al­istes ou iden­ti­taires ou sou­verain­istes, vot­er pour l’Europe donc con­tre l’Union Européenne, tout cela con­cerne l’extrémisme pour Fran­ce­in­fo. À gauche, pour des jour­nal­istes comme Dély ou Fau­velle, il n’y a pas d’extrémisme, ce dernier n’existerait que dans la droite, « extrême » ou « rad­i­cale ». Le 4 févri­er, Macron était « à droite » à en croire les stu­dios. En 2022, il sera l’homme de gauche libérale sauvant la gauche lib­er­taire (con­tre le Mal). Tou­jours dans les mêmes studios.

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