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[MàJ] Fausse mort de Martin Bouygues : deux démissions à l’AFP

6 mars 2015

Temps de lecture : 4 minutes
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[MàJ] Fausse mort de Martin Bouygues : deux démissions à l’AFP

À la suite de l’énorme bourde du 28 février annonçant par erreur la mort de Martin Bouygues, le directeur de la région France de l’AFP, Bernard Pellegrin, et le rédacteur en chef France, Didier Lauras, ont démissionné. Bernard Pellegrin serait remplacé par Philippe Onillon, anciennement adjoint de Michèle Léridon à la direction de l’information.

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Fausse mort de Bouygues : le PDG de l’AFP sous le feu des critiques

Après la boulette de l’annonce de la fausse mort de Martin Bouygues, l’AFP est en proie à une importante crise interne.

Same­di, l’a­gence annonçait à tort la mort de l’in­dus­triel Mar­tin Bouygues sur la seule déc­la­ra­tion d’un maire d’une petite com­mune de l’Orne. Com­ment cela a‑t-il été pos­si­ble ? Dans L’Obs, Mor­gane Bertrand nous con­te le fil des événe­ments. Alors que le matin même, le rédac­teur en chef France annonçait que l’ac­tu­al­ité du week-end allait être « mol­las­sonne », un « tuyau » fourni par un jour­nal­iste des infor­ma­tions locales a tout fait bas­culer en annonçant que le grand indus­triel était décédé dans sa rési­dence de La Roche-Mabile, dans l’Orne.

Sur cette base, « la rédac­tion en chef France met en bran­le les ser­vices con­cernés : le bureau de Rennes […] le poli­tique (en rai­son des ami­tiés poli­tiques de M. Bouygues) et l’éco sont sol­lic­ités, mais pas [le ser­vice] société (qui aurait pu utile­ment inter­roger TF1) ni les chefs du bureau de Rennes ». Soudain, la con­fir­ma­tion tant atten­due arrive : un jour­nal­iste de Rennes ayant inter­rogé le prési­dent de la com­mu­nauté d’ag­gloméra­tion en ques­tion assure que Mar­tin Bouygues est bien décédé. Cette source, aus­si faible soit-elle, va alors con­va­in­cre l’AFP de pub­li­er l’in­for­ma­tion sur son fil, caté­gorie « alerte ».

Et si l’a­gence affirme avoir égale­ment eu une con­fir­ma­tion des pom­piers, ces derniers répon­dent qu’ils enreg­istrent « tous (leurs) appels et aucun jour­nal­iste de l’AFP ne (les) a con­tac­tés pour avoir des infor­ma­tions sur le décès de same­di ». Reste l’aval pré­ten­du­ment don­né par la rédac­tion en chef France, qui s’en défend. « Le rédac­teur chef France n’était pas présent, mais le jour­nal­iste de Rennes a reçu l’ordre de pub­li­er son infor­ma­tion par un adjoint », explique Michèle Léri­don, direc­trice de l’in­for­ma­tion. Et d’a­jouter : « Des per­son­nes ont pen­sé qu’elles étaient habil­itées à pren­dre des déci­sions, elles ont cru bien faire. Elles auraient dû faire remon­ter l’in­for­ma­tion. »

Quoi qu’il en soit, cette erreur d’an­nonce d’une mort qui n’a jamais eu lieu, assez courante dans le monde des médias, a pour­tant ouvert à l’AFP une brèche dans laque­lle se sont invitées toutes les ten­sions internes qui rumi­naient en coulisse jusqu’à présent. Emmanuel Hoog, le PDG, a récem­ment annon­cé qu’une enquête interne allait être lancée. Mais du côté des jour­nal­istes, c’est bien le nom de M. Hoog qui est sur toutes les lèvres con­cer­nant cette respon­s­abil­ité.

« Pour l’affaire Kouachi, quand l’AFP a bal­ancé que le beau-frère était impliqué alors que c’était faux, vous croyez que Hoog se serait fendu d’un tweet d’excuses ? Sa crédi­bil­ité en tant que patron de presse est remise en cause. L’affaire le ridi­culise alors qu’il n’avait déjà pas le vent en poupe », explique un jour­nal­iste, en faisant référence à la can­di­da­ture prochaine de son PDG à la direc­tion de France Télévi­sions.

Mais out­re les excus­es offi­cielles de M. Hoog sur Twit­ter, jugées exces­sives, ses méth­odes sont égale­ment remis­es en cause. Lun­di 2 mars, un com­mu­niqué cinglant du SNJ-CGT AFP s’in­ter­ro­geait : « Mais à qui la “faute” en effet, M. Hoog ? Qui désor­gan­ise la rédac­tion de l’a­gence par sa ges­tion lam­en­ta­ble depuis des années ? Qui a éclaté la rédac­tion com­pli­quant les échanges entre les ser­vices ? Qui a dit il y a quelques semaines “ne soyez pas pris­on­niers de vos sources” dans une cri­tique à peine voilée du temps pris pour don­ner de source sûre le nom­bre de morts à ‘Char­lie Heb­do’ ? Qui a amené l’a­gence à une sit­u­a­tion finan­cière cat­a­strophique et tail­lé dans les moyens humains et tech­niques de l’AFP ? Qui a écarté des postes de respon­s­abil­ité des jour­nal­istes chevron­nés parce qu’ils osaient ne pas adhér­er totale­ment aux pro­jets con­testa­bles de la direc­tion ? » Car depuis la divi­sion de l’his­torique plateau de « desk » du 3e étage en deux bureaux, l’un place de la Bourse et l’autre rue de Vivi­enne, et la sépa­ra­tion de l’en­cadrement du pôle France et de la rédac­tion en chef, beau­coup en interne ont un sen­ti­ment de désor­gan­i­sa­tion et de dés­in­té­gra­tion. Autre grief à l’encontre de M. Hoog : avoir pressé sa rédac­tion de don­ner plus rapi­de­ment un nom­bre pré­cis de morts lors de l’at­taque con­tre Char­lie Heb­do, alors que celle-ci s’éver­tu­ait à recouper les sources. « Ne soyez pas pris­on­niers de vos sources ! », avait-il lancé. « i>Télé a don­né 10 morts, nous avons atten­du une source sûre pour don­ner 12 morts. On nous pousse à courir après les réseaux soci­aux et les chaînes d’information en con­tinu, alors que ce n’est pas notre rôle ! », peste Maria Car­mona, déléguée syn­di­cale SNJ-CGT. Plus que jamais, c’est bien M. Hoog qui pour­rait se voir retourn­er la respon­s­abil­ité de cette erreur alors même qu’il est à l’o­rig­ine de l’en­quête lancée en interne. C’est en tout cas ce qu’en pensent beau­coup de ses salariés…

Voir notre dossier « L’affaire Gourevitch, ou le pouvoir sans partage de l’AFP »

 

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