Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Éléments, le magazine des idées, mis à l’index par Le Monde

11 août 2019

Temps de lecture : 3 minutes
Accueil | Veille médias | Éléments, le magazine des idées, mis à l’index par Le Monde

Éléments, le magazine des idées, mis à l’index par Le Monde

Pre­mière dif­fu­sion le 13/05/2019

La revue Éléments, devenue bimestrielle il y a quelques années, connaît un bel épanouissement avec une jeune rédaction sous la direction du tandem François Bousquet/Pascal Eysseric. Éléments, publié dans discontinuer depuis 1972, veut « gagner le combat culturel » (éditorial du numéro 176, février/mars 2019). De quoi provoquer des aigreurs dans le monde libéral-libertaire dont le quotidien du soir est un des dignes défenseurs. Décryptage.

Argument d’autorité

Pour atta­quer une idée, un mou­ve­ment, une per­son­ne, un des angles est le « recours à l’expert ». Qu’importe la qual­i­fi­ca­tion de « l’expert », seule l‘étiquette compte et non le con­tenu. En l’espèce prenez un fort obscur poli­tiste enseignant à Per­pig­nan (que mes amis de Per­pig­nan ne voient là nul signe d’ostracisme, nous aimons la ville et ses habi­tants, mais Per­pig­nan n’est pas encore con­sid­éré comme un cen­tre inter­na­tion­al de sci­ences poli­tiques) alias Jean Jacob, Gégé pour les intimes. Dans la rubrique Opin­ion, Gégé pub­lie une tri­bune le 9 mai 2019 sous le titre « L’allure plaisante de la revue Élé­ments dis­simule son réel ancrage à l’extrême droite ». Diantre, l’affaire est sérieuse et mérite exa­m­en.

Concurrence déloyale

Après quelques com­pli­ments de forme, « allure plaisante », « a su attir­er de nom­breux intel­lectuels de pre­mier plan », le rideau est levé, la revue « dis­simule ». Ses débuts furent extrêmes, nous citons « pos­ture héroïque, éloge des dif­férences con­tre l’égalitarisme niveleur, rap­pel des indé­pass­ables déter­min­ismes géné­tiques, révo­lu­tion con­ser­va­trice, grande Europe ». On voit mal pourquoi l’éloge des héros (Homère), celle des dif­férences, la sim­ple évi­dence de cer­tains déter­min­ismes géné­tiques, la révo­lu­tion même con­ser­va­trice ou le souci d’une grande Europe (Luc Fer­ry, vient de faire référence à une « Europe puis­sance » dans un numéro récent du Figaro) seraient signes de rad­i­cal­ité, mais glis­sons puisque l’ami Gégé ne les sig­nale qu’au passé.

Le vrai péché est ailleurs, celui de curiosité intel­lectuelle, fac­teur aggra­vant, une curiosité con­tem­po­raine, curiosité du monde tel qu’il est au XXIème siè­cle. La revue aurait abor­dé des domaines nou­veaux que l’on devine inter­dits aux intrus, enten­dez par là tout intel­lectuel n’appartenant pas au monde libéral-lib­er­taire. Par exem­ple abor­der « la marchan­di­s­a­tion du monde, les rav­ages du cap­i­tal­isme, se souci­er d’écologie et dénon­cer les hypocrisies con­tem­po­raines au prof­it de la recherche d’un monde moins égoïste ». Il y a de quoi décon­cert­er un chercheur, même sous le beau soleil de Per­pig­nan. Et de voir là une sorte de con­cur­rence déloyale dans des domaines réservés jusqu’ici à la gauche con­formiste. Quand un mono­pole est attaqué, il défend ses parts de marché en s’indignant de la nou­velle con­cur­rence, déloyale par essence puisque marchant sur des plate ban­des jusque là soigneuse­ment bal­isées.

Cordon sanitaire

Et l’ami Gégé de se lamenter, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Antoine Com­pagnon, Pierre Manent, Jacques Jul­liard, Mar­cel Gauchet, Bernard Lan­glois (fon­da­teur et ancien directeur de l’hebdomadaire Poli­tis), Serge Latouche, le théoricien réputé de la « décrois­sance mais aus­si Nat­acha Polony, Olivi­er Rey ou encore Christophe Guil­luy se sont exprimés dans Elé­ments ou ont fait l’objet d’un entre­tien. Toutes per­son­nal­ités que « le fait de con­vers­er avec la nou­velle droite ne sem­ble guère rebuter ». Rap­pelons le titre de la tri­bune «  ancrage à l’extrême-droite », Gégé fait retomber bru­tale­ment le rideau qu’il avait levé : le terme dia­bolisant « extrême-droite » fonc­tionne comme un exor­cisme. Le cer­cle de feu doit être établi autour du pos­sédé. Au fond Gégé ne regrette qu’une chose, que le débat ne puisse s’établir comme avant, comme tou­jours, entre gens qui parta­gent les mêmes opin­ions et les mêmes intérêts.

Fricoteur et marotte

Le Lit­tré indique pour frico­teur, « Celui qui aime à fricot­er, mau­vais cuisinier » et pour marotte « Attrib­ut de la Folie, c’était celui des fous des rois ». Pour appuy­er ses pro­pos le doux Gégé a sa marotte et son fricot. La marotte c’est de lire entre les lignes et de voir par exem­ple dans la revue l’apologie d’un « monde … mû par la force brute qui jail­lit de la vie ». Cita­tion de la tri­bune du Monde que l’on aurait du mal à retrou­ver dans la revue, mais la « force brute » ne peut qu’inquiéter. Le fricot c’est de débus­quer un entre­tien de 2007 d’Alain de Benoist dans une revue iden­ti­taire puis de trou­ver une men­tion du philosophe douze ans plus tard dans la même revue en y adjoignant une cita­tion peu com­préhen­si­ble sur le slo­gan « CRS=SS ».

Le mieux pour par­ler d’une revue intel­lectuelle serait sans doute de la lire sérieuse­ment. Gégé tout à son fricot se laisse emporter par sa pas­sion réduc­trice, mais à force de réduire sa sauce tourne et devient aigre. Le plat est ren­voyé en cui­sine : immange­able.

Élé­ments pour la civil­i­sa­tion européenne (“Le mag­a­zine des idées”), numéro 177, avril-mai 2019, dossier sur Éti­enne Chouard et les 36 familles du pop­ulisme, 96 p, 6.90 €. Site inter­net : revue-elements.com

Procès Ramzi Khiroun contre Ojim/Claude Chollet : première audience le 7 octobre 2020

L’Observatoire du journalisme (OJIM), créé en 2012 par Claude Chollet et quelques amis, rentre dans sa neuvième année d’existence. En 230 portraits publiés, 30 infographies et plus de 4500 articles nous n’avions eu — jusqu’à présent — aucune plainte en justice. À la suite d’un article de 2018 où nous parlions du groupe Lagardère et de manière incidente sur deux lignes du porte-parole du groupe, Monsieur Ramzi Khiroun, ce dernier a porté plainte pour « injures publiques ». La première audience est fixée au 7 octobre 2020 à 13h30. Lire la suite

 

Derniers portraits ajoutés

Taha Bouhafs

PORTRAIT — À la croisée des mou­ve­ments soci­aux et com­mu­nau­taires, le jeune Bouhafs mène habile­ment sa bar­que en rêvant de ses lende­mains qui chantent à lui, un soulève­ment des ban­lieues sous la ban­nière du crois­sant islamique. Et il ne recule ni devant les fake news éhon­tées, ni devant une vio­lence ver­bale peu com­mune sur les réseaux soci­aux.

Rudy Reichstadt

PORTRAIT — Omniprésent dans les médias, l’ambitieux Reich­stadt sait se ren­dre indis­pens­able, fort de l’expertise qu’il s’auto-attribue. Au même titre que celle des Décodeurs du Monde, dont il est le pen­dant, sa parole est d’or (c’est du plaqué) dès lors qu’il s’agit de sépar­er le bon grain de l’ivraie et d’éduquer les généra­tions futures…

Alexandre Adler

PORTRAIT — Véri­ta­ble caméléon poli­tique, Alexan­dre Adler a été tour à tour com­mu­niste, social­iste puis néo-con­ser­va­teur, favor­able à la guerre en Afghanistan et en Irak, par­ti­san du oui au référen­dum sur la con­sti­tu­tion européenne et sou­tien de Nico­las Sarkozy en 2007.

Lucie Soullier

PORTRAIT — C’est la jour­nal­iste « spé­cial­iste de l’extrême droite » qui monte au Monde. Comme ses com­pères Tris­tan Berteloot (Libé), Ivanne Trip­pen­bach (L’Opinion) ou Camille Vigogne (L’Express), Lucie Soul­li­er ne sem­ble pas avoir de l’appétence pour son sujet, mais au con­traire, un dégoût qui peut con­fin­er à la haine.

Laure Adler

De sa thèse d’histoire sur le fémin­isme aux nom­breuses biogra­phies qu’elle a con­sacrées, tout au long de sa car­rière, à des grandes fig­ures féminines, Lau­re Adler n’aura cessé d’être fascinée par les glo­rieux des­tins de femmes et, à sa manière, en aura incar­né un.