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Pub­lié le 8 septembre 2014 | Éti­quettes : , , , , ,

Dossier : le JT de 20h de TF1 en juillet, un journal certifié sans vague

Entre Plage et football, conflit israélo-palestinien et crashs aériens, le JT de Tf1 a donné en juillet l’impression de coller à l’actualité, livrant beaucoup de détails descriptifs et redondants mais très peu d’analyse. De nombreux sujets, et pas des moindres, ont pourtant tout simplement été passé sous silence. Ils dressent en négatif l’arrière plan idéologique d’un JT prétendument neutre que l’Ojim a décrypté pour vous.

S’il y a bien une chose que l’on aura appris pendant le mois de juillet en regardant le journal de TF1, c’est que l’équipe de France de football s’est réconciliée avec ses supporters. Le reste de l’actualité peut bien être relégué au second plan ou passé sous silence. L’essentiel est dit.

Finis les « caïds immatures », comme les avait surnommés Roselyne Bachelot, et qui avaient choqué la France entière depuis l’Afrique du Sud.

Du 1er au 3 juillet, les Bleus portent toutes les qualités et tous les espoirs d’un pays qui ne semble plus en avoir beaucoup : 18 minutes leur sont accordé en trois jours, soit presque un quart du temps d’antenne.

À la veille du match contre l’Allemagne qui signera la fin de l’aventure, « les enfants terribles sont devenus des gendres idéaux », précise le reporter au terme de quelques minutes consacrées à la métamorphose des joueurs qui ont abandonné leurs écouteurs pour aller discuter avec les supporters…

Mais l’essentiel semble résider ailleurs : ils sont enfin « fiers d’être Français, de porter ce maillot et c’est là le plus important » : c’est du moins ce que martèle Didier Deschamps en conférence de presse le 3 juillet, extrait que TF1 choisit même de repasser le lendemain.

Le 4 juillet, la défaite est amère mais le discours patriotique autorisé se poursuit. Avant le match contre l’Allemagne, « une marseillaise chantée à tue-tête », insiste le commentateur sur des images qui n’en disent pas tant et qui stoppent étrangement le plan serré avant l’arrivée sur Karim Benzema, pourtant butteur héroïque, mais qui met un point d’honneur à garder les lèvres serrés durant l’hymne (et qui avait du reste déjà confié n’être pas tant attaché que cela à la France). Dehors, l’envoyé spécial est « avec les supporters déçus de l’équipe de France », le plan se resserre instantanément lorsque c’est un drapeau algérien qui apparaît en premier… Les drapeaux français prennent le relai, Denis Brogniard affirme a deux reprises que l’on a « enfin retrouvé notre équipe de France ».

L’aventure s’arrête là et la France « black-blanc-beur » ne fera pas autant rêver qu’en 1998. Mais l’épisode d’une équipe de voyous est oublié et le foot peut recommencer à faire rêver. Rendez-vous est pris pour l’euro 2016.

Rien ne vaut le football

Malgré la défaite de l’équipe de France, le football restera un sujet majeur pour la rédaction du 20h de TF1 puisqu’il sera évoqué chaque jour jusqu’au 15 juillet (deux jours après la finale) avec un total de 80 minutes.

Du 1er au 15 juillet, le traitement du football sera donc l’équivalent de presque 20% du temps d’antenne du journal de 20h.

Il est très clair que l’on tente de recréer l’ambiance de 98 sans grand succès. Une façon également de faire oublier les soirées de violences qui ont suivi chacun des matchs de l’équipe d’Algérie, en France ?

Le 2 juillet, pas un mot sur la soirée « animée » de la veille, ni sur la manifestation organisée à Lyon contre des supporters-casseurs. Lorsque la ville de Lyon affirme le 10 juillet que la facture de ces soirées algériennes sera « non négligeable », pas un mot non plus.

Bref, 20% du temps d’antenne entre supporters déchaînés aux quatre coins du monde, interviews interminables de joueurs pourtant peu réputés pour la pertinence de leur analyse, de « spécialistes » qui répètent tous la même chose, saluent l’équipe ressuscitée lorsqu’elle gagne, l’encourage à « gagner en maturité » le cas contraire. Sans compter les reportages sur les coupes de cheveux des joueurs ou la couleur de leurs chaussures !

Le 4 juillet, un supporter confie que « pour une fois que la France fait la fête, on en profite ». Cela semble également être le point de vue de TF1 : tout faire pour envoyer du « message positif ». Deux exemples de hiérarchisation de l’information le montrent : le 1er juillet, Gilles Bouleau entame le journal par cette phrase : « Nous allons revenir plus tard sur cette affaire Sarkozy (après avoir précisé en ouverture que la garde-à-vue d’un ex-président de la République constituait une première dans l’histoire contemporaine) mais commençons par le football ».

Le 4 juillet, c’est Claire Chazal, après 31 minutes de reportage sur la Coupe du Monde (!) qui enchaîne « Nous allons tout de même voir, et c’est très important, le reste de l’actualité ». Elle enchaîne sur le meurtre d’une jeune institutrice à Albi…

Conflit israélo-palestinien : TF1 compte les morts

Pendant ce mois de juillet entre crème solaire, alertes orange et barbecues, l’actualité internationale a eu cependant la belle part dans le journal de TF1, mais une actualité très spécifique. Un sujet a été fortement traité : le conflit israélo-palestinien. Le reste du monde a été regardé par le biais de deux crashs d’avions : en Ukraine et au Mali.

Le conflit israélo-palestinien a été évoqué 20 jours sur 31, avec un total de 41 minutes. Une couverture presque quotidienne et assez peu diversifiée : le conflit dure depuis des dizaines d’années et ne le traiter quotidiennement qu’en nombre de morts d’un côté ou de l’autre (lorsque des milliers de morts ailleurs dans le monde sont ignorés) n’a que peu d’intérêt. C’est pourtant ce que font et refont chaque jour les envoyés spéciaux en Israël ou à Gaza. Rien sur le Hamas lui-même ou sur l’histoire de l’opposition palestinienne. Rien sur la position d’Israël au fil des époques. Aucun retour sur l’histoire de ces affrontements ou sur la place des pays occidentaux ou arabes dans le conflit. Bref, rien qui puisse éclairer, aux yeux du téléspectateur, une situation décidément complexe. Mais à la place, un vulgaire compte-rendu quotidien qui finit évidemment par lasser les meilleures volontés. Ce traitement est d’autant plus lourd qu’il occulte le reste de l’actualité internationale, pourtant chargée d’évolutions aussi « nouvelles » que ce conflit est interminable, et dont personne ne semble décidé à vouloir la fin.

Aucun mot sur la Syrie en un mois, pays pourtant ravagé par une guerre sans fin et par l’arrivée de nombreux djihadistes. La question de la participation à cette guerre des « djihadistes français » sera pourtant traitée deux fois dans le mois, le 8 et le 22 juillet, avec le démantèlement d’une cellule de recrutement à Albi et la description des mesures prises ici et là pour tenter d’enrayer le phénomène. Il n’y avait certes pas de « rebondissements » dans ce conflit syrien et c’est peut-être la raison de ce silence. Mais celui sur l’Irak est en revanche nettement moins compréhensible.

Le 10 juin, Mossoul et la plaine de Ninive tombaient aux mains des djihadistes de l’État Islamique, le 17 juillet, ces derniers proclamaient un « califat » et obligeaient les Chrétiens à « choisir » entre « la conversion, l’acquittement d’une taxe ou la mort par le glaive » après avoir marqué leurs maisons d’un signe spécifique.

Cette menace d’épuration (voire d’extermination) d’un peuple présent depuis 2000 ans sur cette terre ne devait pas suffire à TF1 qui ne dit alors pas un mot sur la situation. Le 22, Julien Arnaud reçoit Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, et ne lui pose pas une seule question sur la situation irakienne.

La persécution des chrétiens ? Quelle persécution des chrétiens ?

Ce tragique rebondissement dans un Irak dévasté aurait pourtant été l’occasion de revenir également sur la Syrie puisque l’État islamique y fait son œuvre depuis déjà plusieurs mois. Il était également l’occasion de revenir sur la stratégie américaine dans la région puisque sa responsabilité dans le chaos irakien n’est plus un secret pour personne… Aucun envoyé spécial sur place, aucun relai des nombreux témoignages qui affluaient depuis le 20 juillet, à commencer par celui d’un patriarche affirmant que la ville de Mossoul ne comptait désormais plus de Chrétiens.

Aucun envoyé spécial non plus en France lors des manifestations de soutien organisées les 8 et 22 juillet devant l’Assemblée Nationale. Pas un mot jusqu’au 27 juillet, au lendemain des manifestations organisées à Lyon et Paris. Une seule évocation du drame irakien dans le mois et une erreur jamais corrigée par la suite : le journaliste affirme qu’Anne Hidalgo était présente lors de la messe de clôture de la manifestation à Notre-Dame de Paris, ce qui est faux.

Pas un mot non plus sur les Chrétiens persécutés ailleurs, ce qui aurait pu être l’occasion de préciser qu’ils étaient la première communauté persécutée au monde.

Silence sur ceux du Nigéria ou du Kenya : entre le 5 et le 7 juillet, une trentaine de Kenyans étaient tués parce que Chrétiens, tandis qu’au Nigéria 27 personnes étaient assassinées pour la même raison la semaine précédent le 21 juillet, et que que le 27, une bombe posée à la sortie d’une église faisait cinq morts.

Le cas de Meriam, jeune soudanaise condamnée à mort à cause de sa foi chrétienne, est également passé sous silence, alors même que cette dernière réussit à fuir son pays pour le Vatican où elle rencontrait le pape François grâce à la mobilisation et à la pression internationale, après avoir accouché enchaînée dans sa prison.

Silence également lorsque le 23 juillet, le Soudan annonce interdire la construction d’églises… La liste est interminable, le silence de TF1 d’autant plus gênant.

Ce silence provoque un malaise compte tenu du traitement du conflit israélo-palestinien, mais également en raison de la place accordée aux deux crashs de la Malaysia Airlines en Ukraine et d’Air Algérie au Mali.

Deux crashs : aucune réponse

Le crash de l’avion de la Malaysia Airlines (sans aucun Français à son bord) a été traité pendant 7 jours et plus de 60 minutes. La majeure partie du temps consacré aux envoyés spéciaux commentant la situation sur place, au pillage des débris dans la zone non sécurisée ou au blocage des pro-russes à l’accès du site. Mais aucune information ne pouvant être vérifiée, c’est surtout 60 minutes de commentaires descriptifs qu’a offert le journal.

Le parti-pris du traitement réside dans les questions non-posées et les commentaires à charge contre la Russie que fait l’envoyée spéciale à Moscou à plusieurs reprises.

Accuser la Russie, pourquoi pas ? Mais pourquoi ne pas poser la question d’une éventuelle responsabilité de l’Ukraine voire même des États-Unis afin de maintenir un équilibre déontologique sur une situation bien obscure, de l’aveu même des reporters ?

À défaut de réponses, d’analyses ou d’hypothèses un peu avancées, le sujet devient rapidement insipide et répétitif. Pas une seule fois la situation même de l’Ukraine n’est évoquée, ni même celle des territoires en proie à la guerre civile.

Même scénario pour le crash d’Air Algérie, à ceci près qu’une cinquantaine de Français se trouvaient à bord. Normal donc que le drame soit suivi de près, mais même constat que précédemment : six jours de couverture médiatique, 72 minutes de pure description à grands renforts d’envoyés spéciaux.

Des reportages, interminables d’indécence, auprès des familles en larmes chez elles, à Ouagadougou, sur le lieu du drame… et de nombreuses suppositions d’experts en tous genres, incapables de fournir le moindre début d’élément. Aucune enquête, en somme : TF1 se contente de relayer les interventions politiques, nombreuses sur le sujet.

Pourtant, d’autres informations ont circulé sur internet et les réseaux sociaux. Dès lors, n’est-il pas le rôle d’un journaliste d’enquêter et de reprendre ces informations pour les relayer ou les démentir ?

La presse algérienne affirmait par exemple que des militaires français se trouvaient dans l’avion. Étant donné la situation au Mali, la présence de troupes françaises dans le pays et la récente entrée de l’Algérie dans le conflit, la question méritait d’être posée.

Mais outre les conflits qui ravagent tant de pays dans le monde, il y a une autre actualité que TF1 a totalement passée sous silence alors même qu’elle concerne des sujets qui préoccupent les Français.

Le fait que Snowden annonce le 21 Juillet se lancer dans la création de programme anti-surveillance mondial après ses très nombreuses révélations au sujet de l’espionnage américain ou encore le fait que Facebook reconnaisse avoir espionné près de 700 000 de ses utilisateurs par exemple. À l’heure ou la surveillance sur internet inquiète de nombreux utilisateurs et alors que les révélations de Snowden avaient provoqué un séisme politique, l’information aurait mérité d’être soulevée.

Surtout lorsque quelques jours plus tôt, le 8 juillet, le gouvernement français alourdissait l’arsenal « anti-terroriste » en présentant un projet de loi incluant notamment le renforcement de la répression sur internet sur lequel nous reviendrons.

Aucun mot non plus le 21 juillet lorsque la Grande-Bretagne menace de quitter l’Union Européenne d’ici à deux ans si cette dernière ne change pas sa gouvernance. Quelques semaines après le vote eurosceptique d’une majorité de Français aux élections européennes, voilà un sujet qui aurait également mérité de trouver une place.

Silence également le 30 juillet lorsque l’on apprend que des bases militaires libyennes sont aux mains des djihadistes et que la situation s’envenime dramatiquement à Tripoli, quelques années après que la France se soit engagée à « libérer le peuple libyen » de l’oppression…

Les casseurs pro-palestiniens ? L’extrême-droite !

Si le sujet du conflit israélo-palestinien a été si longuement traité, c’est évidemment aussi en raison de ses implications politiques sur le plan national. Tous les journalistes de TF1 ont d’ailleurs systématiquement opéré une juste transition en annonçant : « et maintenant les conséquences en France ».

Les manifestations pro-palestiniennes ont été largement traitées : dix journaux les ont abordées, pour un total de plus de 40 minutes.

Un traitement qui a donné toute sa part aux « débordements » et aux violences commises sans pourtant aborder le fond du problème.

Le 21 juillet, lors de la cinquième évocation de ces manifestations, et au lendemain d’un week-end marqué par des affrontements violents à Barbès et à Sarcelles, Julien Arnaud pose enfin la question : « nous tenterons de comprendre qui sont ces casseurs ». Question intéressante s’il en est.

Las, le reportage commence par vanter le « multiculturalisme » de Sarcelles qu’il semble impensable de remettre en cause malgré une réalité qui le met à rude épreuve. Au terme d’une description très objective des dégâts causés dans la ville, le journaliste insiste : « Comment expliquer ces violences, qui sont ces casseurs ? » S’ensuit alors une formidable entreprise de confusion dont le but semble bien être… de ne surtout pas répondre à la question.

Les organisateurs sont interrogés, dont le président de France-Palestine Solidarité qui s’empresse de répondre : « Nous refusons d’être assimilés aux casseurs qu’ils soient d’extrême-droite ou islamistes radicaux ». Réussir à mêler l’extrême-droite à ces affrontements communautaires était osé… cela reste pourtant sans commentaires de la part du journaliste.

Le reportage se poursuit sur la réception organisée par François Hollande des représentants de toutes les religions. Un moyen de ne pas les différencier, alors même que les représentants des religions chrétiennes ne sont pas concernés par le sujet. Une manière également pour le président de la République de se défausser d’une incompétence politique. Mais rien de tout cela n’est relevé par TF1.

Que les casseurs soient en marge de la manifestation soit, mais ils n’étaient pas une poignée, les vidéos et les traces de leur passage le prouvent. Pour répondre sans faux-semblant à la question posée, il fallait évidemment parler de ces « enfants de l’immigration » qui avaient fièrement arboré les drapeaux de leurs pays d’origine pendant l’après-midi, musulmans pour la plupart si l’on en croit les cris de « Allah Akbar » gravés sur plusieurs films.

Mais on le sait, on entre ici dans le tabou : à aucun moment de ce reportage (et de tous les autres diffusés en juillet sur le sujet), la question de l’immigration et la question de l’islam ne seront abordées…

Le flou est total : il s’agit de casseurs en majorité issus de l’immigration et la problématique pour beaucoup d’entre eux est religieuse… À ne vouloir aborder ces deux questions, on se condamne à ne rien comprendre. Pire : on condamne le téléspectateur à ne pas voir les enjeux en cause. La désinformation est ici flagrante.

Les propos de François Hollande affirmant que « le conflit ne peut s’importer en France » sont par deux fois relayés le 19 et le 20 juillet. Aucun journaliste pour aller parler à ces jeunes casseurs et conclure que le conflit n’avait pas besoin d’être importé puisqu’il s’était de fait étendu. Aucun commentaire sur ces propos lénifiants de François Hollande à l’heure où le conflit faisait déjà des dégâts considérables sur le sol Français. Il aurait alors été du rôle des journalistes de s’interroger sur les raisons de ces violences commises au sujet d’un conflit étranger. Pas une seule fois n’ont été évoquées les politiques successives pro-israéliennes de la France conjuguées à une immigration massive majoritairement musulmane. Sans qu’il y ait besoin d’émettre un jugement moral, il s’agit pourtant là d’une grande partie de la réponse à la question « qui sont-ils ?  » finalement restée sans réponse.

Éviter autant que possible la question de l’islam et de l’immigration semble d’ailleurs être une constante, à moins bien entendu d’en parler d’une manière positive. TF1 consacre un reportage de 2 minutes à l’islam le 28 juillet, lors de la rupture du ramadan. La question de l’immigration n’est donc abordée qu’une seule fois, malgré l’actualité objectivement chargée sur la question (manifestations pro-palestinienne, départ au djihad…) et de manière résolument positive.

Deux minutes de reportage le 23 juillet, jour où le gouvernement annonce une simplification des procédures de la demande d’asile. On sait la question sensible chez les Français en raison des sondages récurrents et des résultats aux dernières élections, mais le sujet est volontairement traité sans l’ombre d’une polémique : un reportage dans les locaux de la Ligue des Droits de l’Homme ou l’employée se plaint de procédures trop longues et de risques d’expulsions… Il ne s’agit clairement pas d’un reportage impartial mais au contraire orienté de manière à appuyer le gouvernement dans sa décision.

Réinsérer les djihadistes par l’émotion…

En revanche lorsque la question du djihad se pose, les 8 et 22 juillet, c’est le grand silence sur l’origine religieuse des candidats à la guerre sainte. Le problème que représentent les départs de « djihadistes Français » est traité sous un seul angle : celui de la lutte prétendument acharnée du gouvernement. Le 8, le sujet est évoqué lorsque Bernard Cazeneuve dépose un projet de loi visant à renforcer la lutte contre le terrorisme. Un acharnement qui prévoit une possible confiscation de la carte d’identité et un durcissement de la répression sur internet. Ce deuxième volet aurait pu poser la question de la censure « pour votre sécurité » puisque rien ne précise ce qui relève ou non du « terrorisme » d’une part, et que les candidats au djihad ne discutent pas nécessairement de leurs dates de départ sur internet d’autre part. Ces propositions gouvernementales en réponse à un problème de plus en plus sérieux ne sont jamais ni commentées ni critiquées, en un sens comme un autre. Sur ces sujets comme sur beaucoup d’autres, le compte-rendu est bien fait, mais pourrait aussi bien être celui d’une agence de communication gouvernementale.

Le 22 juillet, deuxième reportage parce qu’une cellule djihadiste est démantelée à Albi. L’occasion d’une intervention pour le moins grotesque de Dounia Bouzar, chargée de la réinsertion des djihadistes « par l’émotion », qui propose de « refaire les gâteaux qu’ils aimaient à cinq ans »… N’y avait-il vraiment rien d’autre à dire sur le sujet ?

Si nous parlions précédemment d’une lutte « prétendument » acharnée c’est en raison d’autres évènements non relayés par l’équipe du journal de 20h de TF1. Comment prendre à sa juste mesure le problème des « djihadistes Français » sans préciser que le drapeau qu’agitent les terroristes de l’État Islamique se retrouve flottant dans Paris lors de manifestations « de soutien à la Palestine » (voir le paragraphe 8). Comment relayer les actions du gouvernement sans parler de ces livres prônant le djihad en vente libre dans des supermarchés français pendant le Ramadan ?

TF1 ne relaie ni le fait, ni le commentaire étonnant du ministère de l’Intérieur, en plein plan anti-djihad, au sujet de ces livres appelant au meurtre des hérétiques et des homosexuels : « On ne peut pas interdire des livres dès qu'ils sont choquants (…) Ce n'est pas un délit de prôner le djihad, ce n'est pénalement pas répréhensible ».

Pourquoi taire par ailleurs que cette lutte anti-jihad vient télescoper une autre information révélée par le New York Times au sujet du financement d’Al Qaïda. Cette étude affirme en effet que le versement de rançon est la première source de financement de l’organisation terroriste et que la France est la triste championne avec 58 millions de dollars versés depuis 2008, sur les 125 millions versés par les pays d’Europe. Les Français auraient sans doute aimé le savoir, eux à qui le gouvernement répète ne jamais payer de rançon.

Les faits divers qu’on ne verra jamais sur TF1

Un triste fait divers a également été longuement relayé, celui de l’accident d’un minibus provoquant la mort de cinq enfants. Un accident tragique traité pendant trois jours pour un total de plus de 31 minutes.

La rédaction est nettement plus frileuse lorsqu’il s’agit d’évoquer des faits divers nettement plus significatif qu’un accident, aussi dramatique soit-il.

Deux autres de ces faits-divers sont traités dans le mois : le meurtre d’une jeune institutrice à Albi le 4 juillet et la mort du témoin d’un braquage le 29 juillet à Dolomieu. Chacun de ces drames est traité sur deux jours avec respectivement deux et trois minutes. D’un côté comme de l’autre, place au reportage de terrain.

Dans le premier cas, Benoît Hamon est sur place et précise que « la mixité n’a jamais posé de problème dans cette école » avant que le journaliste n’ajoute que la meurtrière avait été placée en hôpital psychiatrique. Fin de l’histoire. Dans le deuxième cas, le micro est laissé aux habitants et à leurs commentaires peu équivoques puisqu’ils espèrent tous voir le braqueur en prison « pour toujours ». Voilà qui est dit, et diffusé.

Mais d’autres faits divers assez révélateurs d’une ambiance délétère sont passés sous silence, alors même qu’ils sont significatifs d’une barbarie en passe de devenir commune. Le 20 juillet, deux agressions passées sous silence : celle de joueurs de rugby agressés à la machette à la sortie d’une discothèque, ainsi que celle d’un tram attaqué au cocktail Molotov à Brest. Les signes d’une violence urbaine particulièrement inquiétante dans les zones dites « sensibles » que sont souvent les banlieues. Une violence que subissent nombre de Français si l’on en croit les chiffres de la délinquance en constante augmentation.

Aucun mot non plus sur le calvaire d’une famille d’agriculteurs prête à cesser ses activités après une quinzième attaque gratuite sur ses animaux par de jeunes roms.

Quelques semaines après le vote d’une réforme pénale contestée, une jeune femme était agressée et violée par un récidiviste relâché quelques jours plus tôt. Silence de TF1 également.

La question n’est pas de relayer des faits divers quotidiennement, ce qui serait parfaitement impossible. Mais peut-être serait-il parfois intéressant de sacrifier quelques minutes d’un reportage sur le prix de la crème solaire pour parler d’un fait divers significatif qui permettrait l’analyse ou l’enquête sur les actions du gouvernement ou celles sur les lois déjà en place. Taire le phénomène n’empêche pas les Français de le subir, ne pas l’analyser revient à abandonner sa vocation de journaliste.

PMA, GPA : une discrétion touchante

S’il est bien un sujet qui a passionné les Français pendant cette première partie de quinquennat, c’est celui de la famille avec les questions de mariage homosexuel, de la PMA, de la GPA et du « Gender ».

Pas un mot pourtant le 1er juillet sur le retrait des ABCD de l’égalité par le ministère de l'Education Nationale pour en faire un dispositif global appliqué à toute la France. Pas un mot non plus le 8 juillet lorsque le tribunal de Nanterre accorde trois adoptions d’enfants nés par PMA alors même que la loi l’interdit.

Silence toujours lorsque des hommes et des femmes de gauche signent une tribune contre la GPA dans le quotidien Libération le 16 juillet. Il serait dès lors intéressant de se demander à quel public est destiné ce journal de 20h, et si c’est bien aux Français, savoir pourquoi les sujets qui les intéressent ou les préoccupent directement sont ainsi occultés…

Il est un autre sujet que TF1 s’est gardé de commenter, c’est celui de l’avis négatif rendu par le CSA au sujet d’un film diffusé à l’occasion de la journée mondiale de la Trisomie 21. Celui-ci présentait des enfants trisomiques s’adressant à la future mère de l’un d’entre eux pour la rassurer…

Dans un pays ou les mots « lutte contre les discriminations », « égalité » et « respect des différences » sont dans toutes les bouches, cet avis a de quoi surprendre.

Or, ce n’est pas la critique du CSA qui fait peur à TF1, puisqu’il consacrait plus de 8 minutes de reportages et d’interviews à cet exercice le 29 juillet, alors que le CSA venait de refuser la gratuité de LCI. Certes TF1 est nécessairement impliqué dans le sauvetage de LCI et 250 emplois sont menacés, mais sans y consacrer autant de temps, l’évocation d’une telle décision aurait été faite si elle avait porté sur n’importe quelle autre discrimination plus à la mode, nul doute n’est permis.

Questionner la Justice ?

Dès le 1er juillet, un dossier judiciaire est ouvert, « une première en France » comme le rappelle Gilles Bouleau : la garde à vue de Nicolas Sarkozy. L’affaire est traitée de manière très factuelle. Le lendemain, plus d’une demi-heure est consacrée à ce sujet avec l’interview exclusive de l’intéressé. Le surlendemain, retour sur cette interview en quelques minutes. Une belle couverture mais peu d’informations. Le compte-rendu de l’affaire est en effet répétitif, l’interview équilibrée : les journalistes sont tatillons, Sarkozy sait se défendre.

La partialité du syndicat de la magistrature pointée du doigt par l’accusé est une vraie question depuis l’affaire du « mur des cons ». Les entorses de la justice aux procédures établies ne sont un secret pour personne, encore moins pour Nicolas Sarkozy. Une des questions de l’affaire était ainsi ce que dénonçait Sarkozy : l’instrumentalisation de la justice à son égard (mais aussi à l’égard de tout autre, sous ce gouvernement comme sous les précédents). C’est ce point précis qui intéresse des Français, partisans ou non de l’ancien président de la République. Elle les concerne directement puisque les victimes d’une justice instrumentalisée, si tant est qu’elle le soit, ont rarement l’occasion de venir se défendre au 20h de TF1, simples mortels qu’ils sont. C’est donc ce sujet qui aurait pu être creusé, et la meilleure façon de le faire aurait été de suivre l’actualité judiciaire de ce mois de juillet.

Quand TF1 ferme les yeux

La suivre objectivement aurait pu permettre de relever des incohérences flagrantes. Quelques jours plus tard survenait en effet l’affaire Anne-Sophie Leclère, cette jeune femme condamnée à 9 mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende pour avoir relayé sur Facebook un montage comparant Christiane Taubira à un singe. Certes, ce montage d’un goût douteux était difficile à défendre. Il n’empêche que le verdict n’en a pas moins choqué par sa dureté. Mais même traitement que pour Nicolas Sarkozy : on livre l’information sans aucune analyse. Pas une minute pour tenter de répondre aux nombreux Français intrigués par la dureté de cette condamnation. Il aurait pourtant été intéressant de comparer le délit de cette jeune femme à d’autres condamnés à la même peine. C’est ce qu’a fait Laurent Obertone, livrant des comparaisons ahurissantes qu’il aurait été pertinent de relayer.

D’autres exemples d’une justice étonnante ont ponctué le mois de juillet sans que TF1 n’en relève aucun. Le procès des Femen par exemple, le 9 juillet, à la suite de leur incursion à Notre-Dame en février 2013. Elles étaient poursuivies pour avoir dégradé l’une des cloches exposées dans la nef de la cathédrale. L’action avait largement choqué, notamment la communauté catholique, le verdict tombe : une amende de 1500 euros est requise. Un procès qui aurait pu être comparé à celui des Homen qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt, au sujet de leur action à Rolland Garros. Aucune dégradation n’avait été commise et il ne s’agissait nullement d’un endroit religieux ou sacré. Le procureur avait pourtant requis 12 mois de prison avec sursis contre les quatre protagonistes plus 6 mois fermes pour l’un d’entre eux… L’accusation de porter une arme par destination avait été retenue les concernant (un fumigène) mais non pour les Femen et leurs bâtons. La différence des peines requises aurait mérité d’être relevée, les deux groupes jugés étant emblématiques de l’année qui venait de s’écouler.

En guise de conclusion

Impossible de décortiquer plus encore les centaines de sujets traités par TF1. Le mois de juillet est traditionnellement un mois de vacances et la rédaction de TF1 n’y a pas échappé : à défaut d’en profiter, elle a choisi d’en faire le fil conducteur de ses programmes. Chaque jour ou presque de longues minutes consacrées à des vacanciers, des « bons plans vacances », des endroits charmants ou magnifiques, des spectacles époustouflants ou féériques, mais également l’inévitable barbecue, la crème solaire, les sports nautiques et les meilleurs équipements...

Ces sujets sont de saison, mais ils auraient pu être rognés de quelques minutes s’il avait fallu faire quelque place aux nombreux sujets non-traités.

Le journal de TF1 est finalement assez limpide : il se contente de traiter assez objectivement des sujets précédemment choisis. C’est dans ce choix que la ligne éditoriale est clairement affirmée et le maître mot semble être : ne pas faire de vague et rester dans les sentiers battus. Ce qui implique, malheureusement pour l’intérêt du journal, de ne surtout pas pousser trop loin l’analyse, si tant est qu’elle soit même entamée.

Crédit photo : Daniel Rodet via Wikipedia (cc by sa 3.0)

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