Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Le ministère de la Vérité « suspendu » en juin par l’administration Biden sévit encore sous un autre nom

5 janvier 2023

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Le ministère de la Vérité « suspendu » en juin par l’administration Biden sévit encore sous un autre nom

Le ministère de la Vérité « suspendu » en juin par l’administration Biden sévit encore sous un autre nom

5 janvier 2023

Temps de lecture : 5 minutes

Ce contenu est gratuit. L’Ojim vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 50 € revient à 17 €, un don de 100 € revient à 34 €.

Rapidement qualifié de « ministère de la Vérité » orwellien par les Républicains et même par une partie de la presse démocrate, le Conseil de gouvernance de la désinformation (Disinformation Governance Board, DGB), suspendu en mai, ne sévit pas, mais sa mission est de plus en plus réalisée par l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), rattachée comme le DGB mort-né au département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

Royaume-Uni/USA même combat

L’éphémère direc­trice du DGB, Nina Jankow­icz, a retrou­vé un emploi de ce côté-ci de l’Atlantique, au Roy­aume-Uni, au Cen­tre pour la résilience de l’information (CIR), une asso­ci­a­tion à but non lucratif qui se vante de « con­tr­er la dés­in­for­ma­tion, expos­er les vio­la­tions des droits humains et com­bat­tre les com­porte­ments en ligne pou­vant nuire aux femmes et aux minorités ». De ce fait, Jankow­icz a dû en novem­bre se déclar­er « agent étranger » auprès des autorités américaines.

Une CISA créée par Trump puis élargie

Quant à la CISA, elle avait été créée en 2018 par le prési­dent Don­ald Trump en tant qu’agence fédérale chargée de ren­forcer la cyber­sécu­rité et la pro­tec­tion des infra­struc­tures à tous les niveaux du gou­verne­ment et en coor­di­na­tion avec les États de la fédéra­tion améri­caine. Seule­ment depuis, sous l’administration Biden, son rôle sem­ble s’être beau­coup élar­gi ain­si que l’a dévoilé une enquête jour­nal­is­tique de l’Inter­cept pub­liée le 30 octo­bre dernier.

La CISA se con­cen­tre désor­mais davan­tage sur la « dés­in­for­ma­tion » après le rem­place­ment en jan­vi­er 2021 de son groupe de tra­vail chargé de con­tr­er les influ­ences étrangères par une équipe « Mis­in­for­ma­tion, Dis­in­for­ma­tion and Mal­in­for­ma­tion » (més­in­for­ma­tion, dés­in­for­ma­tion et malinformation).

« Infrastructures cognitives »

En novem­bre 2021, la nou­velle direc­trice de la CISA nom­mée par le prési­dent Biden, Jen East­er­ly, a déclaré lors d’une conférence :

« On pour­rait argu­menter que nous tra­vail­lons dans le domaine des infra­struc­tures cri­tiques. Or les infra­struc­ture les plus cri­tiques sont nos infra­struc­tures cog­ni­tives. Je pense donc que con­stru­ire cette résilience à la dés­in­for­ma­tion est extrême­ment impor­tant. »

Jen East­er­ly fait par­tie des respon­s­ables de l’administration Biden à laque­lle une cour de dis­trict avait ordon­né en octo­bre de venir dépos­er sous ser­ment dans le procès inten­té par les pro­cureurs généraux du Mis­souri et de la Louisiane con­tre les mem­bres de l’administration fédérale accusés de s’être enten­dus et d’avoir con­traint les entre­pris­es de médias soci­aux à « sup­primer les inter­venants, les points de vue et les con­tenus défa­vor­ables » ou ce qu’ils con­sid­éraient comme étant de la « dés­in­for­ma­tion » con­cer­nant la pandémie de Covid-19. Plus récem­ment, le 9 décem­bre, un juge fédéral a estimé qu’il n’était pas néces­saire qu’Easterly vienne dépos­er en per­son­ne et qu’elle pou­vait se con­tenter d’envoyer des dépo­si­tions écrites face à l’accusation qui qual­i­fie l’agence sous ses ordres de « cen­tre névral­gique de la cen­sure pilotée au niveau fédéral ».

Une expres­sion reprise fin novem­bre par le séna­teur répub­li­cain Josh Haw­ley, qui enquête sur le pro­jet avorté de Con­seil de gou­ver­nance de la dés­in­for­ma­tion (DGB) de Joe Biden.

CISA+Facebook+Twitter (l’ancienne version pour ce dernier)

Et de la même manière que ce DGB avait plan­i­fié, avant sa sus­pen­sion en mai, des réu­nions avec les dirigeants des entre­pris­es de médias soci­aux, la CISA a entretenu des rap­ports étroits avec les Face­book et autres Twit­ter. Le comité con­sul­tatif du départe­ment de la Sécu­rité intérieure pour la CISA avait en son sein des per­son­nal­ités comme Vijaya Gadde, la respon­s­able d’origine indi­enne de la poli­tique juridique, de la con­fi­ance et de la sécu­rité de Twit­ter qui a fait par­tie des dirigeants de Twit­ter immé­di­ate­ment remer­ciés par Elon Musk et dont on a aujourd’hui la con­fir­ma­tion, avec les « Twit­ter files » divul­gués par le nou­veau pro­prié­taire du média social, qu’elle avait joué un rôle clé dans la déci­sion de cen­sur­er le scoop sur le con­tenu de l’ordinateur portable de Hunter Biden pub­lié quelques semaines avant l’élection prési­den­tielle de 2020 par le New York Post.

En juin 2022, ce comité con­sul­tatif du départe­ment de la Sécu­rité intérieure a rédigé un rap­port à l’intention de la direc­trice de la CISA, dans lequel il pré­conise un rôle élar­gi de l’agence dans l’élaboration de l’« écosys­tème de l’information ». Comme l’écrivait l’Inter­cept à la fin du mois d’octobre, « ce rap­port demande à l’agence de sur­veiller étroite­ment “les plate­formes de médias soci­aux de toutes tailles, les médias grand pub­lic, les infor­ma­tions câblées, les médias hyper par­ti­sans, les radios de dis­cus­sions et débats et autres ressources en ligne”. Il a fait val­oir que l’agence devait pren­dre des mesures pour met­tre fin à la “dif­fu­sion d’informations fauss­es et trompeuses”, en met­tant l’accent sur les infor­ma­tions qui sapent “les insti­tu­tions démoc­ra­tiques clés, telles que les tri­bunaux, ou d’autres secteurs tels que le sys­tème financier, ou les mesures de san­té publique.” »

On sait aujourd’hui que, encore plus que le FBI, la CISA a eu de nom­breux échanges avec les médias soci­aux pour en faire cen­sur­er les contenus.

Orwell 2023

Mais la CISA n’est pas le seul instru­ment de cen­sure employé par l’administration Biden après l’échec du pro­jet de « Con­seil de gou­ver­nance de la dés­in­for­ma­tion ». Voici ce qu’on pou­vait lire le 9 juil­let dernier dans un édi­to­r­i­al pub­lié par le très respec­té média du Capi­tole, The Hill, sous le titre « Le dernier plan de l’administration Biden con­cer­nant les dis­cours en ligne est aus­si orwellien que le précé­dent. » :

« Le départe­ment de la Sécu­rité intérieure sem­ble déter­miné à créer un min­istère améri­cain de la Vérité. Sa pre­mière ten­ta­tive a eu lieu en avril lorsqu’il a annon­cé la créa­tion d’un con­seil de gou­ver­nance de la dés­in­for­ma­tion (DGB). Cet effort a été heureuse­ment “mis en pause” après trois semaines désas­treuses dans la presse. Sus­pendu, mais pas oublié. Un nou­v­el effort de l’administration Biden est en cours pour ressus­citer l’esprit du DGB de manière frag­men­taire et le faire pass­er par la grande porte. Le 16 juin, l’administration Biden a pub­lié un mémoran­dum sur le groupe de tra­vail de la Mai­son Blanche chargé de lut­ter con­tre le har­cèle­ment et les abus en ligne. Ce nou­veau groupe de tra­vail représente un autre parte­nar­i­at avec le départe­ment de la Sécu­rité intérieure et une douzaine d’autres départe­ments. (…) [Ce mémoran­dum] appelle à “éla­bor­er des pro­grammes et des poli­tiques pour lut­ter con­tre… les cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion ciblant les femmes et les per­son­nes LGBTQI+ qui sont des per­son­nal­ités publiques et poli­tiques, des dirigeants gou­verne­men­taux et civiques, des mil­i­tants et des jour­nal­istes” »

Les microagressions et les affronts contre les minorités

Et comme le gou­verne­ment com­mu­niste chi­nois, le gou­verne­ment fédéral améri­cain mise aus­si sur l’intelligence arti­fi­cielle pour con­trôler la parole. Le Wash­ing­ton Free Bea­con nous appre­nait ain­si le 21 décem­bre que « l’administration Biden s’apprête à octroy­er plus de 550 000 dol­lars de sub­ven­tions pour dévelop­per un mod­èle d’intelligence arti­fi­cielle capa­ble de détecter automa­tique­ment et de sup­primer les microa­gres­sions sur les médias soci­aux, selon les dossiers de dépens­es du gou­verne­ment. (…) Les chercheurs dévelop­pent des mod­èles d’apprentissage automa­tique capa­bles d’analyser les mes­sages des médias soci­aux afin de détecter les préjugés implicites et les microa­gres­sions, com­muné­ment défi­nis comme des affronts qui offensent les mem­bres de groupes mar­gin­al­isés. »

De même que le pro­jet de « Con­seil de gou­ver­nance de la dés­in­for­ma­tion » avant elle, cette sub­ven­tion est verte­ment cri­tiquée par les organ­i­sa­tions con­ser­va­tri­ces et de défense de la démoc­ra­tie et des lib­ertés, telle Judi­cial Watch dont le prési­dent Tom Fit­ton a déclaré qu’il s’agit là d’un « pro­jet visant à faciliter la cen­sure de la parole par leurs alliés gauchistes ».

Voir aussi

Cet article GRATUIT vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Vidéos à la une

Derniers portraits ajoutés