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Dans la tête des gilets jaunes, médias et hiérarchie des informations

16 février 2019

Temps de lecture : 2 minutes
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Dans la tête des gilets jaunes, médias et hiérarchie des informations

En-dehors des récits des manifestations, de la répression massive (1800 arrestations, 9 mains arrachées, 4 énucléations, liste sous réserve d’inventaire), de certaines violences et des violences certaines , des réactions assez homogènes des médias dominants, peu a été écrit de manière ordonnée et scientifique sur les rapports des gilets jaunes à l’autorité, en particulier à l’autorité médiatique. Le livre Dans la tête des gilets jaunes de François-Bernard Huyghe (et alia) vient combler utilement un vide. Parcourons cet ouvrage juste paru chez VA éditeurs (Valeur Ajoutée, Média Group).

Rapport méfiance/humiliation

Quand Bernard Hen­ri Lévy dans Le Point du 13 décem­bre 2018 par­le de la « joie obscène » qu’éprouveraient Pou­tine ou Erdo­gan devant les man­i­fes­ta­tions des GJ, il invoque le nihilisme soit « une manière philosophique de dire que les man­ants sont méchants» ajoutent les auteurs. Méchants et mépris­ables. Car le mot qui revient en boucle c’est « mépris », On peut lire sur une pan­car­te « Bais­sez les prix et le mépris 

Un arti­cle de Serge Raffy dans L’Obs du 1’ décem­bre 2018 remar­que que seule­ment 6600 per­son­nes occu­pent les rond-points soit moins de 0,01% de la pop­u­la­tion, manière aimable de sig­ni­fi­er : cir­culez y’a rien à voir. ». Sur un plan plus glob­al, l’opposition chère au Prési­dent Macron entre pro­gres­sistes et pop­ulistes est soutenue par l’Union Européenne et « bien sûr par la majorité des rédac­tions ».

Mépris mais aus­si méfi­ance en par­ti­c­uli­er vis à vis des médias qui sont deux fois per­dants « Côté foules, on préfère les vérités alter­na­tives révélées par ses sem­blables », on ren­verse les règles et « l’intrusion du gueux est le cauchemar du com­men­ta­teur tout à l’idée de sa mis­sion péd­a­gogique ». Mis­sion péd­a­gogique est le mot, car le rôle du jour­nal­iste moyen (oui, il y a des excep­tions) n’est plus d’informer mais d’éduquer. Et côté élites « on s’indigne que l’on tende un micro à n’importe qui ».

Complotisme mon beau souci

Quand Jean-Michel Aphatie « démasque » trois coupables dans le mou­ve­ment des JG, un com­plo­tiste, un putschiste, un extrémiste ou quand le min­istre Mounir Mahjoubi dénonce sur France Inter le 24 décem­bre 2018 des « forces étrangères » qui influ­en­cent les GJ, ils ressus­ci­tent à leur corps défen­dant une nou­velle théorie du com­plot.

Les auteurs se livrent à une analyse quan­ti­ta­tive et qual­i­ta­tive de cer­tains médias anglo-sax­ons (The Times) qui ont ten­té de qual­i­fi­er une influ­ence étrangère sur les GJ et y ont ajouté leurs pro­pres cal­culs à par­tir de onze médias français et plus d’un mil­lion et demi d’occurrences sur les réseaux soci­aux qui leur sont liés. Résul­tat : zéro. « La ten­ta­tion d’expliquer les gilets jaunes au tra­vers du seul prisme de la guerre infor­ma­tion­nelle et de la manip­u­la­tion des réseaux soci­aux par des acteurs étrangers paraît peu opérante ».

Retour du tragique

La con­clu­sion ? Le con­flit, cher à Hér­a­clite (tout advient selon dis­pute et néces­sité) revient. « La phase soft s’achève, la bril­lante alliance du libéral­isme politi­co-économique et de la morale indi­vid­u­al­iste de com­pas­sion plus l’ouverture ont échoué. Le trag­ique débor­de de la scène ». Les médias le com­pren­dront ils ?

François-Bernard Huyghe, Xavier Des­mai­son, Damien Lic­cia, Dans la tête des gilets jaunes, 2019, VA éd, 128 pages, 14 €. Sig­nalons à l’éditeur que cer­tains graphiques sont si petits qu’ils en devi­en­nent illis­i­bles.

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