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Crise des migrants : l’appel d’air en question

22 mai 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Crise des migrants : l’appel d’air en question

La théorie de l’appel d’air dans la crise migratoire actuelle est un sujet récurrent dans les médias. L’accueil et l’aide aux migrants inciteraient des étrangers à venir en France, alors qu’ils en seraient découragés sans moyens mis à leur disposition. Les médias peuvent avoir un double rôle en la matière : celui de dispenser des opinions sur le sujet et aussi celui de contribuer à l’appel d’air.

Les opinions sur l’appel d’air dans quelques médias

Libéra­tion pub­lie en juil­let 2015 une tri­bune d’Éric Pliez du Samu social. Il y indique que « crain­dre un appel d’air n’a pas de sens. Des mil­liers de per­son­nes sont prêtes à ris­quer leur vie en mer et à accepter, une fois par­v­enues en Europe, des con­di­tions de vie par­fois bien moins con­fort­a­bles que celles qu’elles ont quit­tées ».

Le jour­nal reprend cette posi­tion dans un arti­cle du 22 mars 2017 sur les arrêtés anti-repas pris à Calais. Le jour­nal estime en creux que les struc­tures et aides mis­es en place ne favorisent pas l’afflux de migrants, mais leur offrent des con­di­tions de vie digne. Sinon on est dans « la vieille logique de la crainte de l’appel d’air ». Idem pour les instal­la­tions de douch­es à Calais évo­quées dans un arti­cle du 24 févri­er 2017, freinées par la préfète du Pas-de-Calais, car « ne pou­vant que con­tribuer à créer un point de fix­a­tion à Calais, ce que nous voulons éviter ».

Pour L’Obs, la théorie de l’appel d’air « ne fait pas l’unanimité ». Le site de l’hebdo donne la parole le 10 jan­vi­er 2017 à Geneviève Jacques, prési­dente de la Cimade (asso­ci­a­tion d’aide aux migrants) : « ce n’est pas pour vis­iter les mon­u­ments qu’ils (les migrants) vien­nent à Paris ». Le jour­nal­iste est obligé de con­céder : « L’ou­ver­ture en novem­bre d’un cen­tre d’ac­cueil, porte de la Chapelle, devait con­tribuer à résoudre le prob­lème, en hébergeant les migrants avant de les ori­en­ter vers des foy­ers plus pérennes », « mais le dis­posi­tif refuse chaque jour des migrants », dont bon nom­bre sont des déboutés du droit d’asile en Allemagne.

Un jour­nal­iste de L’Obs donne la parole le 16 sep­tem­bre 2016, au « prési­dent Les Répub­li­cains (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes (qui) assure que ce pro­jet va créer un appel d’air énorme sur l’immigration clan­des­tine ». La con­clu­sion de l’article revient à quelques prési­dents social­istes de Régions pour qui cet argu­ment relève de « réac­tions out­ran­cières et manip­u­la­tri­ces ».

Un jour­nal­iste du Figaro reprend sans réserve la posi­tion du Pre­mier min­istre d’alors sur le sujet. L’article pub­lié le 8 avril 2016 est con­sacré à la ges­tion française et alle­mande de la crise des migrants : « Inter­rogée sur les cri­tiques con­tre sa poli­tique migra­toire – qui avait sus­cité un appel d’air -, for­mulées par Manuel Valls en févri­er depuis Munich, la chancelière a bot­té en touche, déclarant dans un sourire que les “cri­tiques” ou les “mots dif­fi­ciles” avaient ten­dance à la “stim­uler”, plutôt qu’à la “met­tre en colère”». Le quo­ti­di­en pub­lie le 6 juin 2016 une tri­bune d’Alexis Théas. Con­cer­nant le pro­jet d’installation de plusieurs cen­tres d’accueil à Paris, le juriste indique qu’ils con­stituent « un nou­v­el appel d’air dans une sit­u­a­tion déjà chao­tique ». « Ouvrir, dans un grand éta­lage osten­si­ble de bons sen­ti­ments un ou plusieurs cen­tres human­i­taires à Paris n’est qu’un piètre pal­li­atif qui aura pour effet de favoris­er un nou­v­el appel d’air et des arrivées sup­plé­men­taires. »

Après l’annonce de la créa­tion du camp de la Porte de la Chapelle, le jour­nal laisse la parole le 7 sep­tem­bre 2016 à dif­férents point de vue dans un arti­cle inti­t­ulé « Paris ouvri­ra mi-octo­bre son pre­mier cen­tre d’ac­cueil pour réfugiés ». La con­clu­sion de l’article est lais­sée à N. Kosciusko-Morizet (LR) pour qui « c’est un nou­veau San­gat­te à Paris et on a vu ce que cela don­nait. Créer un cen­tre de tran­sit, c’est créer un lieu de fix­a­tion, c’est créer un appel d’air ».

La chaine de télévi­sion Arte con­sacre l’émission 28 min­utes du 10 jan­vi­er à un débat sur la ques­tion : « L’ac­cueil des réfugiés encour­age-t-il l’ar­rivée de nou­veaux migrants ? ». Face à un uni­ver­si­taire pro immi­gra­tion et la respon­s­able du pro­gramme migrants de Médecins Sans Fron­tières, le temps impar­ti au fon­da­teur du site Atlanti­co pour dévelop­per des argu­ments accrédi­tant la théorie de l’appel d’air parait bien lim­ité. La séquence con­sacrée aux passeurs de la val­lée de la Roya (Alpes Mar­itimes) illus­tre le par­ti pris des jour­nal­istes : le sujet est présen­té comme illus­trant la sit­u­a­tion dans « la généreuse val­lée de la Roya ». « Tan­dis que plusieurs mem­bres de l’association Rio­ja citoyenne vien­nent en aide aux migrants, un député leur déclare la guerre : Éric Ciot­ti. Alors faut- il évac­uer Éric Ciot­ti ? ».

Les médias peuvent participer à l’appel d’air

Une spé­cial­iste libanaise des migra­tions, Najla Chah­da, indi­quait dans un débat organ­isé en novem­bre 2015, relayé par le quo­ti­di­en libanais l’Orient-Le jour, sur le thème « Les médias face à la crise des flux migra­toires » : « La ques­tion des réfugiés n’avait pas sus­cité d’in­térêt par­ti­c­uli­er jusqu’à cette pho­to de l’en­fant mort sur la plage qui a provo­qué la révolte ». Et d’a­jouter que cet intérêt coïn­cide avec « l’am­pleur » qu’a atteinte la crise human­i­taire. « En fil­mant les réfugiés dans leur par­cours, les médias ont encour­agé les réfugiés à pren­dre le chemin de l’Eu­rope ».

Cette affir­ma­tion est réfutée par Ben­jamin Barthes, Directeur du bureau du quo­ti­di­en Le Monde au Moyen-Ori­ent qui estime que « l’im­pact le plus fort était imman­quable­ment celui des réseaux sociaux ».

Le rôle des réseaux soci­aux comme out­il d’information dans les migra­tions actuelles a fait l’objet de nom­breuses études. Des travaux uni­ver­si­taires ont mis en avant le fait que les migrants sont hyper con­nec­tés et que « les con­tacts per­ma­nents entre eux jouent un rôle crois­sant dans leur vie ». Une chercheuse inter­rogée sur le sujet en mars 2017 par le men­su­el Sci­ences Humaines indique que « les migrants peu­vent recevoir des infor­ma­tions de per­son­nes déjà par­ties. Ils effectuent des recherch­es sur le chemin à emprunter, les obsta­cles à éviter et sol­lici­tent via les réseaux soci­aux des amis et rela­tions pour les aider. Ils sont donc mieux pré­parés et plus effi­caces dans leur pro­jet migra­toire. Cette com­mu­ni­ca­tion peut aus­si ren­forcer leur déci­sion de par­tir ».

Cas pratique

En août 2015, France Info informe que l’Allemagne se dit prête à accueil­lir 800 000 deman­deurs d’asile pour l’an­née 2015. L’annonce des autorités alle­man­des est large­ment relayée dans les médias.

Celle-ci entraine un afflux de migrants sans précé­dent : Europe 1 annonce le chiffre de 280 000 arrivées rien que durant le mois de sep­tem­bre. Des pre­mières mesures visant à faciliter les expul­sions et accélér­er l’ex­a­m­en des dossiers de deman­deurs d’asile sont pris­es. Le 13 sep­tem­bre, dépassée par le flux migra­toire qu’elle a sus­cité, l’Alle­magne décide de sus­pendre tem­po­raire­ment sa fron­tière avec l’Autriche, relaie notam­ment Le Midi Libre.

Les dif­férentes annonces du gou­verne­ment alle­mand auront été faites lors de con­férences de presse ou via des com­mu­niqués relayés dans les médias. Il importe alors pour les autorités alle­man­des non seule­ment de pren­dre des déci­sions mais surtout de les faire con­naitre à tous les can­di­dats au départ, qui ont été plus qu’attentifs au mes­sage ini­tial d’ouverture de la chancelière allemande.

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