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Le gouvernement et le parlement polonais saisis de la question de la censure par les médias sociaux américains

6 janvier 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Le gouvernement et le parlement polonais saisis de la question de la censure par les médias sociaux américains

Le gouvernement et le parlement polonais saisis de la question de la censure par les médias sociaux américains

On apprenait le 10 décembre dernier (2019) la création par des députés de droite d’un groupe parlementaire polonais « pour la défense de la liberté d’expression », avec notamment pour but de combattre le phénomène de censure préventive exercée par les grands médias sociaux américains. « Nous observons que la censure en Pologne est à sens unique et que c’est la gauche qui fait peser une menace sur la liberté d’expression parce que les idées fausses ne savent pas gagner autrement qu’en fermant la bouche de leurs opposants », a estimé le député Dobromir Sośnierz, député de la Confédération, coalition des nationalistes et des libéraux-conservateurs détenant 11 sièges à la Diète après avoir obtenu près de 7 % des voix aux élections du 13 octobre.

Procès intenté à Google

Cette annonce s’inscrivait dans la suite du procès inten­té à Google par le rédac­teur en chef d’un des prin­ci­paux heb­do­madaires du pays, Do Rzeczy, avec l’assistance des avo­cats de l’Institut Ordo Iuris, une asso­ci­a­tion d’avocats et juristes pro-famille et pro-vie. Ce procès con­cerne la cen­sure idéologique mise en œuvre en Pologne par le ser­vice de vidéo YouTube.

Présent le 10 décem­bre à la réu­nion qui s’est tenue à la Diète polon­aise à ce sujet, le rédac­teur en chef de la chaîne de télévi­sion Inter­net wRealu24 a par­lé du blocage infligé par YouTube en août dernier.

« Cette fois cela a con­cerné wRealu24.pl, mais il y a des tas de chaînes comme la nôtre. Je rap­pelle que nous avons 300.000 util­isa­teurs réels et voilà qu’un censeur veut nous dire ce qui est un ‘dis­cours de haine’ et ce qui n’en est pas un. Main­tenant nous avons reçu un nou­v­el aver­tisse­ment pour une émis­sion (…) sur les catholiques, la lib­erté, la défense de la civil­i­sa­tion latine. (…) Nous nous sen­tons dis­crim­inés. », a expliqué Marcin Rola, le rédac­teur en chef de wRealu24.

Revenus publicitaires coupés

Un représen­tant d’Ordo Iuris a con­fir­mé à la Diète que la cen­sure con­tre la chaîne con­ser­va­trice wRealu24 n’était pas un cas isolé. Il a aus­si racon­té aux députés com­ment Google coupait les revenus pub­lic­i­taires des médias de droite en démonéti­sant les vidéos qu’ils émet­tent, c’est-à-dire en les pri­vant de la pos­si­bil­ité d’insérer des pub­lic­ités dans ces vidéos.

« C’est aux tri­bunaux polon­ais de juger si cer­taines paroles ou si une émis­sion don­née enfreignent les droits de quelqu’un. Ce n’est pas à une multi­na­tionale de le faire sans avoir à en répon­dre devant quiconque. (…) Je ne sais pas s’il n’est pas temps de s’occuper de ces énormes com­pag­nies améri­caines qui ne tien­nent pas compte de la société dans les dif­férents pays » a déclaré un député du par­ti agraire PSL (30 députés) mem­bre du nou­veau groupe par­lemen­taire pour la pro­tec­tion de la lib­erté d’expression.

Pour le leader nation­al­iste Robert Win­nic­ki, « Les grandes sociétés infor­ma­tiques con­stituent la pire men­ace pour la lib­erté de parole au XXIe siè­cle », ce sont « les chars d’assaut d’un nou­veau type de marx­isme » qui com­bat­tent « l’identité nationale, l’identité religieuse et même l’identité sex­uelle ».

Voir aussi  Régionales : Estrosi accuse Jean-Jacques Bourdin d'avoir favorisé le FN

Font égale­ment par­tie de ce groupe par­lemen­taire de lutte con­tre la cen­sure idéologique pra­tiquée par les réseaux soci­aux aux mains de la gauche améri­caine un député du par­ti Droit et Jus­tice (PiS) aujourd’hui au pou­voir et un autre du par­ti libéral Plate­forme civique (PO), le prin­ci­pal par­ti d’opposition qui gou­ver­nait avec le par­ti agraire PSL de 2007 à 2015, ce qui mon­tre que la con­stata­tion de la men­ace qui pèse aujourd’hui sur la lib­erté d’expression est perçue bien au-delà de la frange la plus à droite de l’échiquier poli­tique polonais.

Lettre ouverte du CSA polonais et de journalistes

À la mi-novem­bre, plusieurs jour­nal­istes, artistes et hommes poli­tiques, par­mi lesquels un cer­tain Krzysztof Czabańs­ki, l’actuel dirigeant du Con­seil des médias nationaux, l’équivalent polon­ais du CSA, adres­saient au pre­mier min­istre polon­ais Mateusz Moraw­iec­ki une let­tre ouverte con­tre la cen­sure pra­tiquée par le géant améri­cain Google.

« Nous obser­vons avec une grande inquié­tude et une grande colère les pra­tiques lib­er­ti­cides que les puis­sants médias soci­aux met­tent de plus en plus sou­vent en œuvre en Pologne. Il y a eu ces derniers mois des actions de cen­sure qui n’avaient pas été vues dans la Pologne libre depuis 30 ans », se sont plaints les auteurs de cette let­tre qui voient ain­si eux aus­si un lien très clair entre la cen­sure actuelle et celle de la dic­tature com­mu­niste qui s’est effon­drée en 1989 en Pologne comme dans toute l’Europe de l’Est. Pour les auteurs de la let­tre au pre­mier min­istre polon­ais, les con­tenus cen­surés par Google et les autres médias soci­aux comme Face­book, lui aus­si nom­mé­ment cité, sont ceux « qui ne cor­re­spon­dent pas à la vision du monde servie par les milieux de gauche ». « Dans tous les cas », pour­suiv­ent les auteurs de la let­tre, « après avoir cen­suré des vidéos, les représen­tants des grandes sociétés Inter­net ont invo­qué un con­cept de ‘dis­cours de haine’ défi­ni de manière très vague. » Et ils met­tent en garde :

« Le total­i­tarisme con­tem­po­rain ne naît pas dans les bureaux des lead­ers poli­tiques. Nous ne le percevons pas non plus dans les dis­putes entre par­tis sou­vent injus­ti­fiées et manip­u­lant la vérité car ces con­flits publics sont le fonde­ment de la démoc­ra­tie. Para­doxale­ment, la men­ace qui pèse sur les lib­ertés civiques et le développe­ment civil­i­sa­tion­nel com­mence à nous arriv­er des puis­santes com­pag­nies du secteur de la com­mu­ni­ca­tion. (…) Aujourd’hui, l’action de sociétés comme Google, sous pré­texte de lut­ter con­tre ce qu’on appelle le dis­cours de haine, détru­it la lib­erté d’expression. Les com­pag­nies comme YouTube cherchent de cette manière à élim­in­er les opin­ions con­ser­va­tri­ces de l’espace pub­lic.»

Pho­to : cap­ture d’écran vidéo con­férence de presse du 10 décem­bre 2019 co organ­isée par Marcin Rola. Via YouTube

Voir aussi  Nomination de Delphine Ernotte : deux plaintes déposées contre le CSA

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