Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Atteintes à la liberté d’expression : le palmarès 2019 du Point

3 janvier 2020

Temps de lecture : 3 minutes

Accueil | Veille médias | Atteintes à la liberté d’expression : le palmarès 2019 du Point

Atteintes à la liberté d’expression : le palmarès 2019 du Point

Accueil | Veille médias | Atteintes à la liberté d’expression : le palmarès 2019 du Point

Atteintes à la liberté d’expression : le palmarès 2019 du Point

3 janvier 2020

Le Point proposait, dans son numéro du 19 au 26 décembre 2019, un intéressant ensemble intitulé : « Ils ont abîmé la liberté d’expression en 2019 ». Soucieux de la défense de cette dernière, l’OJIM est allé y voir de plus près.

Notons que Le Point n’est pas le seul à s’intéresser aux âner­ies qui se racon­tent dans les médias et aux cen­sures. Pour les médias, il y a par exem­ple Les Bobards d’or, un moment de haute volée. Pour leurs dix ans, ces bobards ont même été rassem­blés dans un livre à la drô­lerie iné­galée, mal­heureuse­ment est t’on ten­té de dire.

Pour Le Point, ce sont des « bâil­lons d’or » décernés à « ceux qui ont cen­suré des con­férences, des pièces, des dis­cours, des films ou des arti­cles ».

Festival de Cannes et autres

« En 2019, une péti­tion a exigé l’annulation de l’hommage du Fes­ti­val de Cannes à Alain Delon, un « acteur raciste, homo­phobe et misog­y­ne ». Un film sur l’affaire Drey­fus a été dépro­gram­mé dans plusieurs salles du fait d’accusations de viol, remon­tant aux années 70, con­tre son réal­isa­teur. Mais c’est dans les uni­ver­sités, lieux par excel­lence de la con­fronta­tion des idées et de la lib­erté académique, que les atteintes à la lib­erté d’expression ont été les plus choquantes. En févri­er, des nation­al­istes polon­ais ont per­tur­bé un col­loque organ­isé à l’Ecole des hautes études en sci­ences sociales sur « la nou­velle école polon­aise d’histoire de la Shoah », au cours duquel ils ont tenu des pro­pos anti­sémites. En mars, des asso­ci­a­tions antiracistes — la Ligue de défense noire africaine, la Brigade anti-négro­pho­bie et le Con­seil représen­tatif des asso­ci­a­tions noires — ont empêché la représen­ta­tion de la pièce d’Eschyle Les Sup­pli­antes pour cause de « black face »….

Le Point essaie donc de garder de la mesure : un méchant dans chaque camp. Un nation­al­iste et un antiraciste. L’idée est séduisante. Sauf que les pré­ten­dues asso­ci­a­tions noires antiracistes n’ont d’antiracistes que le nom : elles sont surtout activistes, racial­istes pro-noires et pra­tiquent sou­vent une forme de racisme (non recon­nu légale­ment, ce qui est étrange, et anti blanc). Le mag­a­zine note cepen­dant que dans la majeure par­tie des cas les con­férences ou réu­nions annulées le sont car elles sont sup­posées être des atteintes aux droits LGBT ou des minorités dites post-colo­niales. C’est donc bien le « mâle blanc, hétéro et européen » qui est visé. La présen­ta­tion insiste sur le fait que la pra­tique vient des États-Unis, avant de don­ner ses résultats.

Les lauréats

  • La CGT et surtout Lau­rent Brun, secré­taire général de la sec­tion cheminot, dont « la mous­tache a fré­mi de plaisir quand il a men­acé d’empêcher les Français de pren­dre le train à Noël ».
  • Sol­idaires étudiant.e.s, les anti­dé­bat : le syn­di­cat qui empêche les per­son­nal­ités ne lui con­venant pas de s’exprimer lors d’une con­férence uni­ver­si­taire prévue, con­traig­nant les direc­tions des uni­ver­sités à annuler (par lâcheté et absence de sou­tien de l’Etat).
  • Le CSA, min­istère du Bien : « clowner­ie », écrit Le Point, qui sub­stitue « l’argument d’autorité à l’argument tout court ». Le CSA fait même le con­traire de la lib­erté d’expression, util­isant le mot « censeurs ».
  • Gérard Cosme, accusa­teur en chef : Après un con­seil munic­i­pal houleux, ayant vu des fémin­istes agiter leurs sou­tiens-gorges, le prési­dent PS de l’établissement pub­lic ter­ri­to­r­i­al Est Ensem­ble, qui regroupe neuf com­munes du 93, dépro­gramme le J’accuse de Polan­s­ki. Cela con­cerne six ciné­mas mais… leurs directeurs refusent la cen­sure. Du coup, marche arrière ! Notons que dans la plu­part des cas, les dépro­gram­ma­tions de ce film sont le fait de com­munes PS ou PCF, ce qui est dom­mage vu que le film racon­te l’affaire Dreyfus.
  • Loi Avia, pri­vati­sa­tion de la cen­sure : un seul inter­naute sig­nalant un con­tenu suf­fi­ra pour que les opéra­teurs de plate­formes en ligne soient exhortées à retir­er un con­tenu… Et ce sans inter­ven­tion préal­able d’un juge, autrement dit en dehors des habi­tudes d’un Etat de droit. C’est une loi en passe d’être exam­inée par le Sénat. En France. La lib­erté d’expression à donc du mouron à se faire, encore plus main­tenant que l’on con­naît la com­po­si­tion du comité qui va con­seiller le CSA en la matière, autrement dit indi­quer ce qui est licite ou pas (cet arti­cle, par exem­ple). Dif­fi­cile de croire en l’impartialité de ce comité.
  • Le bâil­lon d’or étranger est décerné à Erdo­gan pour sa plainte déposé con­tre Le Point en octo­bre 2019.

Suit un intéres­sant entre­tien avec l’avocat de Roman Polan­s­ki qui déclare que « s’il vivait aujourd’hui, Coluche serait en prison », une phrase choc. Voilà un dossier qui a du car­ac­tère, comme on le dit d’un excel­lent fro­mage, et une fois n’est pas cou­tume l’on ne peut que con­seiller la lec­ture de ce numéro du Point.

Voir aussi

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Derniers portraits ajoutés