Accueil | Actualités | Médias | Assises du journalisme de Tours, maltraitance médiatique des quartiers populaires : clichés et clichés au carré
Pub­lié le 24 mars 2018 | Éti­quettes : ,

Assises du journalisme de Tours, maltraitance médiatique des quartiers populaires : clichés et clichés au carré

Une table ronde animée par John Paul Lepers (La TéléLibre) réunissait cinq personnalités le jeudi 15 mars 2018 autour du thème rebattu des « clichés et réalités des quartiers populaires », quartiers maltraités par les médias. Elle succédait à un autre atelier tenu un peu avant sur « informer sur les banlieues en Europe » à laquelle notre envoyé spécial n’a pu assister. Compte rendu du deuxième événement.

Les participants

Avec Ariane Chemin du Monde qui relatait son expérience à Trappes, Elodie Hervé jeune journaliste, Fabienne Keller ex maire de Strasbourg et ex LR, Edouard Zambeaux ex France Inter et documentaliste, le panel était complété par le vol annuel aux Assises du canard Bondy Blog représenté par sa directrice, Nassira El Moaddem.

Les méchants

Les médias sont globalement coupables et doivent accepter a minima une « responsabilité partagée » (Lepers). « Il n’y a pas assez de diversité dans les recrutements dans les rédactions » (El Moaddem). Edouard Zambeaux, plus mesuré, récuse une dichotomie trop facile : à la fois trop de « la banlieue est dangereuse » et de « la banlieue est merveilleuse ». Pour Ariane Chemin « chacun plaque ses fantasmes » et elle ne voit pas pourquoi engager des fixeurs pour enquêter sur les banlieues (sous entendu : banlieues de l’immigration). Pire, certains voient une corrélation entre immigration et délinquance « alors qu’il n’y en a aucune » ajoute John Paul Lepers (sic).

Les remèdes

Fabienne Keller a été recasée par le macronisme comme vice-présidente du « Conseil national des villes » et travaille avec le CSA sur une « évaluation annuelle des mesures en faveur des quartiers ». Avec le soutien de l’ex Datar pour « progresser dans une meilleure prise en compte des quartiers ». Le Bondy Blog, parfois organisateur de safaris de ministres, organise aussi une école préparatoire qui permet à 85% des élèves d’intégrer une école de journalisme. La mignonne Élodie – en résidence à l’école de journalisme de Tours – « forme les banlieues sur les violences policières ». Et rappelons le bien : il n’y a « pas d’équipements publics, pas d’activités » dans les banlieues (NB les travaux de Christophe Guilly ont démontré le contraire, mais passons).

Échapper au réel

Alors qu’Ariane Chemin se « passe de fixeurs », un participant souligne que « A Marseille il faut faire attention aux entrées d’immeubles » et un autre que, des fois « les médecins ne veulent plus y aller et les journalistes reçoivent des cailloux » « parfois bien mérités » (sic, c’est nous qui soulignons). On pourrait rappeler l’expérience de Bernard de la Villardière à Sevran ce qui lui a valu quelques soucis avec la bien-pensance.

Cette table ronde – présente sous des formes diverses à chacune des Assises du journalisme, est une sorte de mantra. Une vision culpabilisée devient culpabilisatrice. Il faut « déconstruire une image négative » et « permettre l’émergence d’un récit ». Surtout il faut oublier la réalité, conforter l’ordre moral, rester entre soi, sans contradicteurs, ce qui permettra de faire l’an prochain une autre table ronde – la même avec d’autres participants et un titre un peu modifié – Évitons le choc du réel, il est parfois rude.

Crédit photo : Wikimédia (cc)

Puisque vous êtes là, une minute d’attention s’il vous plaît…

Appels aux dons

…nous avons une petite faveur à vous demander. Vous êtes chaque jour plus nombreux à nous lire. Le travail de l’Observatoire du journalisme (Ojim) est unique. Chaque jour nous contribuons à « vous informer sur ceux qui vous informent », à nous battre pour la liberté d’expression, pour le pluralisme dans les médias, contre les censures.

Tout ceci se fait avec une petite équipe motivée, certains sont bénévoles mais la plupart sont des journalistes indépendants ou des étudiants en journalisme qui sont rémunérés. La majorité des rédacteurs, le webmestre, le manager des réseaux sociaux, l’infographiste, le vidéaste, le dessinateur sont rémunérés. Nous aider c’est préserver notre indépendance et conforter une voix attaquée en justice par Ramzi Khiroun, numéro 2 du groupe Lagardère, pour nous faire taire. Votre don est éligible à un reçu fiscal de 66%. Un don de 50 € ne vous coûtera que 16 €. Un don de 100 € vous revient à 33 €. Un don même minime est un encouragement, cela ne vous prend qu’une minute. D’avance merci !

Claude Chollet
Président de l'Ojim

Share This