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Assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, un récit

17 novembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, un récit

Jamal Khashoggi, journaliste saoudien, chroniqueur au Washington Post, a été assassiné puis démembré au consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre 2018. Un livre turc traduit en français en relate les détails. Précisons que le livre a sans doute été écrit ou réécrit (outre les journalistes turcs qui le signent) par la diplomatie et les services de renseignement turcs, bien placés pour connaître les dessous macabres de l’affaire.

Qui était Khashoggi ?

Né à Médine en Ara­bie Saou­dite le 13 octo­bre 1958, Jamal Khashog­gi a pour­suivi ses études supérieures aux États-Unis. De retour dans son pays il s’est lancé dans le jour­nal­isme avec l’appui (cer­tains dis­ent aus­si en échange de ser­vices récipro­ques) du prince Tur­ki qui a dirigé les ser­vices de ren­seigne­ment du pays pen­dant près de 30 ans. Exilé à Lon­dres entre 2003 et 2007 pour des cri­tiques sur les insti­tu­tions religieuses du pays, il ren­tre en Ara­bie saou­dite en 2007 pour s’installer aux États-Unis en 2017 et devenir chroniqueur au Wash­ing­ton Post.

Ce sec­ond exil est con­sé­cu­tif à la prise de pou­voir du pays par le nou­veau prince héri­ti­er Mohammed Ben Salman (alias MBS) en 2016, avec lequel les rela­tions de Khashog­gi étaient notoire­ment exécrables, le jour­nal­iste ayant soutenu un autre prince pour la suc­ces­sion du roi. Avant sa mort il aurait voulu met­tre en place une équipe de cyber infor­ma­tion (les Abeilles) pour con­tre­bal­ancer les trolls infor­ma­tiques de MBS (les Mouch­es), s’attirant l’animosité de MBS et de son entourage.

Les circonstances de sa mort

Elles sont par­faite­ment doc­u­men­tées dans le livre et pour cause, la prin­ci­pale source est con­sti­tuée par les ren­seigne­ments turcs eux-mêmes. Lorsque Khashog­gi se rend au con­sulat saou­di­en d’Istanbul c’est pour retir­er un cer­ti­fi­cat lui per­me­t­tant d’épouser une turque ren­con­trée un an aupar­a­vant. Il a pris ren­dez-vous quelques jours plus tôt et se présente accom­pa­g­né de sa fiancée qui l’attend à l’extérieur. Il ne ressor­ti­ra jamais.

La suite est un roman d’espionnage accom­pa­g­né d’un film d’horreur. Les ser­vices secrets turcs (à l’insu du con­sul saou­di­en) avaient placé des micros dans le con­sulat pour enreg­istr­er les con­ver­sa­tions. Les sys­tèmes de sur­veil­lance de l’aéroport ont fait le reste pour déchiffr­er toute l’opération.

Trois équipes saou­di­ennes sont arrivées à Istan­bul le 1er octo­bre ou dans la nuit du 1er au 2 octo­bre pour repar­tir le soir même ou dans la nuit du 2 en Ara­bie Saou­dite. Ces quinze hommes com­pre­naient des mem­bres des ser­vices de ren­seigne­ment saou­di­ens dont un médecin légiste de haut rang.

L’enregistrement

Il existe (ce sont les ser­vices turcs qui par­lent) plusieurs enreg­istrements de ce qui s’est passé au con­sulat. Les pré­pa­ra­tions, le con­gé don­né au per­son­nel turc ce jour-là, la mort par étouf­fe­ment puis le dépeçage du cadavre sont doc­u­men­tés. Un des Saou­di­ens ressem­blant au jour­nal­iste a endossé ses vête­ments (mais pas ses chaus­sures trop grandes ou trop petites, ce qui a per­mis de le con­fon­dre) puis est sor­ti pour faire croire que Khashog­gi avait quit­té le con­sulat. Le corps dépecé a sans doute été évac­ué dans une four­gonnette et trans­porté au domi­cile du con­sul saou­di­en. Le corps n’a jamais été retrouvé.

Les déclarations saoudiennes

Les saou­di­ens ont com­mencé par nier le meurtre, puis devant les infor­ma­tions habile­ment dis­til­lées par les ser­vices turcs ont fini par accepter une vis­ite du con­sulat préal­able­ment net­toyé de fond en comble. Dans un sec­ond temps ils ont invo­qué un « acci­dent ». On aurait pro­posé au jour­nal­iste de ren­tr­er au pays (en clair un enlève­ment), il se serait débat­tu et aurait trou­vé la mort dans la bagarre. Il est impos­si­ble de savoir si MBS en a don­né l’ordre ou l’a sug­géré ou si l’initiative vient de son entourage proche. Onze mem­bres du com­man­do ont été inculpés en Ara­bie Saou­dite, dont cinq sous peine de mort. Il est pos­si­ble qu’ils soient sim­ple­ment assignés con­fort­able­ment à rési­dence, et l’Arabie saou­dite n’extrade pas ses ressortissants.

Le tout sur fond de rival­ité entre la Turquie et l’Arabie saou­dite dans le monde musul­man. Les Turcs sou­ti­en­nent les Frères Musul­mans qui sont soit pen­dus soit empris­on­nés en Ara­bie Saou­dite. Le livre, très doc­u­men­té, assez touf­fu, se lit comme un roman polici­er. Les odes et dithyra­mbes au régime turc, au prési­dent Erdo­gan et à sa poli­tique, nuisent au réc­it et sont par­fois empreints de ridicule sans obér­er l’intérêt d’ensemble de l’ouvrage.

Sauvagerie diplo­ma­tique : l’Affaire Khashog­gi, Le Jardin des livres, 2020, 310 p., 24 €

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