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Le Washington Post compare le rôle des États-Unis au Yémen à la guerre de la Russie en Ukraine

14 juin 2022

Temps de lecture : 5 minutes
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Le Washington Post compare le rôle des États-Unis au Yémen à la guerre de la Russie en Ukraine

14 juin 2022

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« Alors que les bombardements russes d’une maternité et d’autres cibles civiles en Ukraine ont suscité l’indignation générale en tant que crimes de guerre, des milliers de frappes similaires ont eu lieu contre des civils yéménites », écrivait le Washington Post le 4 juin.

Bombardements aveugles

« Les bom­barde­ments aveu­gles sont devenus une car­ac­téris­tique de la guerre au Yémen, atti­rant l’attention de la com­mu­nauté inter­na­tionale sur les pays par­tic­i­pant à la cam­pagne aéri­enne et sur ceux qui les arment, notam­ment les États-Unis. Le sou­tien des États-Unis à l’effort de guerre saou­di­en, qui a été cri­tiqué par les groupes de défense des droits de l’homme et cer­tains mem­bres du Con­grès, a com­mencé sous l’administration Oba­ma et se pour­suit par à‑coups depuis sept ans. »

Si l’article détail­lé du Wash­ing­ton Post sur la respon­s­abil­ité des États-Unis dans les pertes civiles au Yémen ne sem­ble pas avoir été beau­coup repris par les médias améri­cains, le jour­nal est suff­isam­ment impor­tant pour que ce papi­er ne passe pas inaperçu, et le par­al­lèle entre ce que fait la Russie en Ukraine et ce que font les alliés des Occi­den­taux au Yémen, avec le sou­tien notam­ment des États-Unis, n’est pas si courant que cela dans les grands médias français, étant plus sou­vent réservé aux médias alter­nat­ifs, en par­ti­c­uli­er ceux qui regar­dent la Russie d’un œil favorable.

Crimes de guerre ?

Mais cette fois c’est donc le Wash­ing­ton Post qui le dit dans un arti­cle détail­lé et doc­u­men­té inti­t­ulé « Les frappes aéri­ennes menées par l’Arabie Saou­dite au Yémen ont été qual­i­fiées de crimes de guerre. Beau­coup se sont appuyées sur le sou­tien améri­cain. » Le titre est suivi du chapô : « Une analyse con­jointe du Wash­ing­ton Post révèle pour la pre­mière fois que les États-Unis ont soutenu la majorité des escadrons d’avions impliqués dans la cam­pagne aéri­enne de la coali­tion saou­di­enne, qui dure depuis des années. »

L’analyse du jour­nal a été menée en col­lab­o­ra­tion avec le Secu­ri­ty Force Mon­i­tor (« moni­teur des forces de sécu­rité », SFM) de l’Institut des droits de l’homme de la Colum­bia Law School, la fac­ulté de droit de l’université Colum­bia à New York. Sur le site du SFM, on peut lire que « le Secu­ri­ty Force Mon­i­tor sou­tient les chercheurs en droits de l’homme, les avo­cats et les jour­nal­istes d’investigation qui s’efforcent de ren­dre les forces de sécu­rité de l’État plus respon­s­ables. Nous sommes un groupe de recherche à but non lucratif qui analyse des mil­liers de doc­u­ments publics afin de créer une base de don­nées sim­ple et con­sultable sur les com­man­dants et les struc­tures de com­man­de­ment, les emplace­ments et les zones d’opérations des unités des forces de sécu­rité et d’enquêter sur leurs liens poten­tiels avec des vio­la­tions pré­sumées des droits de l’homme. »

Or, ain­si que l’écrit le Wash­ing­ton Post, l’analyse réal­isée con­join­te­ment par les deux insti­tu­tions dévoile qu’« une part impor­tante des raids aériens [au Yémen] ont été effec­tués par des avions dévelop­pés, entretenus et ven­dus par des sociétés améri­caines, et par des pilotes for­més par l’armée améri­caine. »

Contrats de « maintenance »

Et même si l’administration Biden a annon­cé en 2021 vouloir met­tre fin au sou­tien améri­cain en faveur des « opéra­tions offen­sives » réal­isées par la coali­tion menée par l’Arabie saou­dite con­tre les rebelles chi­ites houthis soutenus par l’Iran et la Corée du Nord, et si les États-Unis ont effec­tive­ment sus­pendu cer­taines ventes de muni­tions, « les con­trats de main­te­nance réal­isés par l’armée améri­caine et les entre­pris­es améri­caines pour les escadrons de la coali­tion effec­tu­ant des mis­sions offen­sives se sont pour­suiv­is, selon l’analyse du [Wash­ing­ton] Post. »

Pour par­venir à leurs con­clu­sions, « le [Wash­ing­ton] Post et le SFM ont exam­iné plus de 3 000 images, com­mu­niqués de presse, reportages et vidéos acces­si­bles au pub­lic, iden­ti­fi­ant pour la pre­mière fois 19 escadrons d’avions de com­bat ayant pris part à la cam­pagne aéri­enne menée par l’Arabie saou­dite au Yémen. » Ces recherch­es ont mon­tré que « plus de la moitié des escadrons qui ont par­ticipé à la guerre aéri­enne prove­naient d’Arabie saou­dite et des Émi­rats arabes unis, les deux pays qui ont effec­tué la majorité des raids aériens et qui reçoivent une aide sub­stantielle des États-Unis. » En effet, con­tin­ue le Wash­ing­ton Post, « une analyse des annonces de con­trats publics mon­tre que les États-Unis ont fourni des armes, une for­ma­tion ou un sou­tien à la main­te­nance à la majorité des escadrons d’avions de com­bat util­isés dans cette cam­pagne. Le [Wash­ing­ton] Post a décou­vert que pas moins de 94 con­trats améri­cains ont été attribués à dif­férents escadrons saou­di­ens et émi­ratis depuis le début de la guerre. »

Con­crète­ment, « l’analyse a révélé que 39 escadrons des États mem­bres de la coali­tion dirigée par l’Arabie saou­dite pilotaient des avions dotés de capac­ités de frappe aéri­enne. La majorité de ces unités pilotaient des avions de com­bat dévelop­pés et ven­dus par des entre­pris­es améri­caines. » Sur ces 39 escadrons, le Wash­ing­ton Post et le SFM en ont iden­ti­fiés 19 dont il est cer­tain qu’ils ont pris part aux bom­barde­ments du Yémen avec du matériel améri­cain depuis 2015. Pour d’autres escadrons, il existe seule­ment une cer­taine dose de prob­a­bil­ité. En out­re, « les États-Unis ont par­ticipé à des exer­ci­ces con­joints avec au moins 80 % des escadrons qui ont effec­tué des mis­sions de frappes aéri­ennes au Yémen. Au moins qua­tre fois, ces exer­ci­ces ont eu lieu sur le sol améri­cain. »

En 2018, les États-Unis avaient retiré sur déci­sion de Don­ald Trump leurs avions rav­i­tailleurs en car­bu­rant de l’opération menée par l’Arabie saou­dite, nous apprend le Wash­ing­ton Post, et des for­ma­tions étaient dis­pen­sées depuis 2016 aux armées de l’air des pays mem­bres de la coali­tion pour réduire le nom­bre de vic­times civiles, mais cela ne sem­ble pas avoir eu d’effet sig­ni­fi­catif sur le terrain.

Violations du droit international

« Depuis 2015, les groupes de défense des droits de l’homme qui enquê­tent sur les frappes aéri­ennes en ont iden­ti­fié plus de 300 qui vio­laient ou sem­blaient vio­l­er le droit inter­na­tion­al, selon l’enquête du [Wash­ing­ton] Post et de SFM sur les rap­ports et doc­u­ments acces­si­bles au pub­lic. Bien que des escadrons indi­vidu­els n’aient jamais été publique­ment impliqués dans des frappes aéri­ennes spé­ci­fiques, qui sont tou­jours décrites comme étant menées par la coali­tion, le chef du Com­man­de­ment cen­tral des États-Unis de l’époque, le général Joseph Votel, a con­fir­mé dans un témoignage de 2019 que les États-Unis avaient accès à une base de don­nées détail­lée des frappes aéri­ennes de la coali­tion au Yémen. (…) L’existence de cette base de don­nées sug­gère que cer­tains respon­s­ables améri­cains avaient une meilleure con­nais­sance des armes util­isées et des escadrons ayant par­ticipé aux frappes aéri­ennes ayant causé des dom­mages aux civils que ce qui a été dit au pub­lic et aux mem­bres du Con­grès. »

Or, explique ensuite le Wash­ing­ton Post, la loi améri­caine inter­dit aux États-Unis de fournir une assis­tance à des unités de forces de sécu­rité étrangères quand il existe des infor­ma­tions crédi­bles sur des vio­la­tions graves des droits de l’homme de leur part. Seule­ment les admin­is­tra­tions suc­ces­sives ont tou­jours inter­prété cette loi comme ne s’appliquant qu’aux four­ni­tures d’armes et d’assistance financées par l’argent pub­lic améri­cain. L’Arabie saou­dite et l’es Émi­rats arables unis, eux, payent pour les matériels et for­ma­tions, et l’on ne s’intéresse donc pas de savoir s’ils utilisent cette assis­tance améri­caine pour com­met­tre des vio­la­tions grossières des droits de l’homme en bom­bar­dant des objec­tifs civils.

Le Wash­ing­ton Post note que « dès mars 2015, des respon­s­ables améri­cains se sont inquiétés de ce que les frappes aéri­ennes de la coali­tion aient pu vio­l­er les règles de la guerre. Des doc­u­ments internes du départe­ment d’État, rédigés entre la mi-mai 2015 et févri­er 2016 et pub­liés dans le cadre d’une demande sous le régime de la loi Free­dom of Infor­ma­tion Act par Reuters, ont révélé l’inquiétude du départe­ment d’État con­cer­nant les frappes aéri­ennes de la coali­tion dirigée par l’Arabie saou­dite et les impli­ca­tions juridiques pour les respon­s­ables améri­cains. »

Complicité avec les crimes de guerre saoudiens

« Tant que les vio­la­tions du droit human­i­taire inter­na­tion­al par les Saou­di­ens et les ventes améri­caines des­tinées à soutenir ces opéra­tions se pour­suiv­ent, il existe de sérieuses inquié­tudes quant à la com­plic­ité des États-Unis dans les crimes de guerre saou­di­ens qui en résul­tent », a expliqué au Wash­ing­ton Post Oona Hath­away, pro­fesseur de droit et de sci­ences poli­tiques à la Yale Law School.

Les révéla­tions du Wash­ing­ton Post déno­tent un net sou­tien du jour­nal à un pro­jet de loi intro­duit par les démoc­rates à la Cham­bre des représen­tants en févri­er dernier, qui inter­di­rait tout sou­tien améri­cain aux opéra­tions aéri­ennes de la coali­tion menée par l’Arabie saou­dite en ter­ri­toire yéménite.

L’article pub­lié le 4 juin 2022 se ter­mine par un tableau détail­lé des pays de la coali­tion, leurs escadrons, les types d’avions améri­cains pour chaque escadron impliqué dans les bom­barde­ments au Yémen, avec les con­trats four­ni­ture de matériel ou de main­te­nance cor­re­spon­dants ain­si que les for­ma­tions, le tout com­plété par des liens aux sources publiques util­isées par le Wash­ing­ton Post et le Secu­ri­ty Force Monitor.

Voir aus­si : Ukraine : les États-Unis respon­s­ables du con­flit, un arti­cle du NYT

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