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Google en campagne pour Biden avec son moteur de recherche

30 octobre 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Google en campagne pour Biden avec son moteur de recherche

Temps de lecture : 5 minutes

Que Google ait un penchant à gauche, libéral au sens américain du terme (c’est-à-dire progressiste, libertaire), tout le monde le sait déjà, notamment grâce à des fuites et à l’action de quelques lanceurs d’alerte depuis l’intérieur de la compagnie. Ce dont on ne se rend pas forcément compte, c’est jusqu’où va la capacité du géant américain de l’Internet à faire pencher la balance en faveur des démocrates sans que les électeurs ne s’en aperçoivent.

Project Veritas dévoile le pot aux roses

Le média Project Ver­i­tas, qui se spé­cialise dans l’utilisation de caméras cachés pour dévoil­er l’envers du décor et notam­ment le par­ti-pris gauchiste des grands médias améri­cains, a récem­ment pub­lié de nou­velles vidéos pour expos­er la manière dont l’entreprise cal­i­forni­enne Google LLC exploite son mono­pole afin d’influencer les électeurs améri­cains à l’approche de l’élection prési­den­tielle du 3 novem­bre où s’affronteront le prési­dent sor­tant Don­ald Trump, soutenu par les répub­li­cains, et l’ancien vice-prési­dent de Barack Oba­ma, le démoc­rate Joe Biden. La nou­velle de ces vidéos n’a bien enten­du été relayée que par les sites con­ser­va­teurs ou pro-vie, cer­tains blogs et encore par le média russe RT, mais pas par les grands médias d’information améri­cains dont le cœur penche majori­taire­ment dans le même sens que celui de Google.

Trump = Moins, Biden = Plus

C’est ain­si que l’on peut voir par exem­ple ces vidéos repris­es et décrites sur le site catholique et pro-vie cana­di­en Life Site News. La pre­mière vidéo fait appa­raître un cer­tain Ritesh Lakhkar, présen­té comme Tech­ni­cal Pro­gram Man­ag­er pour le Cloud chez Google, et son col­lègue Par­trick Markan, ingénieur chez Fit­bit, une entre­prise en cours de rachat par Google. Le jour­nal­iste de Project Ver­i­tas demande aux deux hommes pourquoi une recherche Google sur les mots clés « Don­ald Trump » ne donne que des résul­tats à con­no­ta­tion néga­tive alors qu’une recherche sur les mots clés « Joe Biden » affiche au con­traire unique­ment des résul­tats à con­no­ta­tion pos­i­tive. Les deux inter­locu­teurs de Ver­i­tas répon­dent sim­ple­ment que les résul­tats sont volon­taire­ment ori­en­tés par les pro­prié­taires des algo­rithmes de recherche. Lakhkar explique ensuite, dans une autre con­ver­sa­tion dis­crète­ment filmée, que Google « joue à Dieu », mais de manière sélec­tive, et que « si Trump dit quelque chose, donne une fausse infor­ma­tion, on l’efface sous un quel­conque pré­texte parce que c’est illé­gal. Si un leader démoc­rate dit une telle chose, on le laisse tel quel ». Lakhkar con­firme aus­si au jour­nal­iste que c’est la même chose pour YouTube, pro­priété de Google, tout en exp­ri­mant son malaise face à ces pra­tiques. « Sur le plan moral et éthique, je ne suis pas d’accord », explique-t-il sans savoir qu’il est filmé, affir­mant : « c’est une des raisons pour lesquelles j’étouffe chez Google ».

Les employés aussi

La deux­ième vidéo met en lumière une autre forme de cen­sure à l’œuvre chez Google, pas for­cé­ment cette fois par la volon­té des dirigeants de la com­pag­nie mais en rai­son des préférences idéologiques et poli­tiques de la très gross­es majorité de ses employés. Cette fois il s’agit d’une con­ver­sa­tion con­duite dans un pub avec un cer­tain Adri­ano Amaduzzi, respon­s­able de la pub­lic­ité Google. Amaduzzi se vante d’avoir blo­qué des pub­lic­ités en faveur du Brex­it quand un représen­tant du Par­ti con­ser­va­teur bri­tan­nique l’avait con­tac­té. Il rit et explique, tou­jours sans savoir qu’il est filmé : « Vous dites à un Ital­ien vivant à Lon­dres que vous voulez pro­mou­voir le Brex­it. Vous trou­vez ça sérieux ? ».

Cela ne serait pas si grave si Google n’avait pas une telle dom­i­na­tion sur le marché des moteurs de recherche. Le Départe­ment de la Jus­tice des États-Unis vient d’ailleurs de lancer une procé­dure antitrust pour met­tre fin à ses pra­tiques abu­sives en matière de recherche en ligne et de pub­lic­ité, ain­si qu’informait l’agence Asso­ci­at­ed Press le 20 octo­bre 2020. Mais pour l’élection du 3 novem­bre, c’est un peu tard.

Pour Clinton déjà…

Il y a un an, un chercheur améri­cain, le doc­teur Robert Epstein, spé­cial­iste de la psy­cholo­gie à l’American Insti­tute for Behav­ioral Research and Tech­nol­o­gy, avait expliqué sur la chaîne Fox News le fonc­tion­nement et la portée des manip­u­la­tions de Google au moyen de son moteur de recherche. Epstein avait voulu étudi­er la par­tial­ité ou non de trois grands moteurs de recherche – Google, Bing et Yahoo – et l’influence que cette par­tial­ité peut avoir sur le vote des électeurs. Tra­vail­lant sur des échan­til­lons d’Internautes qui avaient accep­té que soient col­lec­tées les don­nées con­cer­nant leurs recherch­es sur ces trois moteurs, Epstein et son équipe sont arrivés en 2016 à la con­clu­sion qu’il y avait « un par­ti pris très net dans les résul­tats de recherche de Google. Pas sur Bing et Yahoo, unique­ment sur Google », et que ce par­ti pris était « en faveur d’Hillary Clin­ton » dont le chercheur était par­ti­san à titre per­son­nel. Selon Epstein, « ce niveau de par­ti pris était suff­isant, selon mes cal­culs, pour avoir fait gag­n­er à Hillary quelque part entre 2,6 et 10,4 mil­lions de votes sans que per­son­ne ne se soit ren­du compte de ce qui se pas­sait ». Ceci au moyen des sug­ges­tions de recherche qui appa­rais­sent pen­dant que l’utilisateur tape ses mots clés et aus­si par le biais du classe­ment des liens appa­rais­sant en tête des résul­tats de la recherche, car « 50 % de nos clics con­cer­nent les deux pre­miers résul­tats ».

Parti pris libéral

« Leurs dirigeants et leurs employés ont un par­ti pris libéral avec lequel je sym­pa­thise », recon­naît Epstein, « mais je n’aime pas le fait que ce par­ti pris s’exprime en faisant obsta­cle à une élec­tion libre et loyale ».

En 2018, pour les élec­tions de mi-man­dat au Con­grès, Epstein et son équipe se sont penchés sur trois comtés tra­di­tion­nelle­ment acquis aux répub­li­cains. « Nous avons mesuré un par­ti pris sig­ni­fi­catif dans le moteur de recherche Google, mais pas sur Bing et Yahoo. (…) Ce niveau de par­ti pris pou­vait très facile­ment expli­quer les marges de vic­toire [des candi­dats démoc­rates] dans ces dis­tricts. (…) Cela se passe de manière sub­lim­i­nale, sans que les gens le sachent. Les gens ne voient pas ce par­ti pris dans les résul­tats des recherch­es ».