Affaire Bolloré Vivendi Havas, à qui profite le crime ?

Télécharger en PDF

Nous avons rendu compte le 24 avril 2018 de la mise en garde à vue de Vincent Bolloré, propriétaire d’Havas et de nombreux intérêts en Afrique, soupçonné d’avoir utilisé son agence pour favoriser ses affaires dans des concessions portuaires au Togo et en Guinée. Bolloré qui est aussi un homme de médias à travers Vivendi qui contrôle Canal+, et CNews.

Après 60 heures de garde à vue l’homme d’affaires a été mis en examen le 25 avril pour corruption d’agent public étranger, complicité d’abus de confiance, faux et usage de faux. Il a été laissé en liberté sans contrôle judiciaire.

Les concurrents chinois

La présence de Bolloré en Afrique est massive et requiert de lourds investissements : ports aménagés pour recevoir des maxi conteneurs sous régime de la concession. Sur le plan ferroviaire Bolloré rénove et construit la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou-Cotonou, 1200 kms de voies à construire, 1800 kms à rénover. Un projet estimé autour de 3 milliards d’euros et bloqué depuis 2016 par le Bénin. En mars 2018 Patrice Talon, Président du Bénin, a clairement indiqué sa préférence pour un projet porté par les chinois.

En parallèle GVA (Group Vivendi Africa) veut construire un vaste réseau de fibre optique suivant la voie ferrée, apportant le haut débit à l’intérieur du continent africain. Là aussi les groupes chinois sont à l’affût. Dans le cadre du projet de la route de la soie, la Chine veut arrimer le continent à la route de la soie maritime par le biais des côtes somaliennes mais aussi par le canal de Suez. Et la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures ne déplaît pas aux africains.

Les Américains en embuscade

Barack Obama avait annoncé le 21 septembre 2016 un nouveau plan d’investissement de 9 milliards de dollars pour l’Afrique. Cette annonce avait été faite lors du Forum d’affaires Afrique États-Unis, à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. Il avait précisé que les investissements privés américains en Afrique se montaient à 15 milliards de dollars pour les deux années précédant le Forum. Obama s’était bien gardé de citer les montants de l’USAID où la NSA et la CIA sont comme des poissons dans l’eau : 10 milliards de dollars par an sans oublier le plan Power Africa d’électrification de l’Afrique subsaharienne. Sans oublier non plus que les États-Unis disposent dans le continent d’une soixantaine de bases, camps et autres installations de défense.

Si la diplomatie de Trump semble plus dirigée vers l’Asie, l’Amérique latine ou le Moyen-Orient, ce serait une erreur de croire que l’Afrique est délaissée. Le 20 septembre 2017 Trump recevait plusieurs chefs d’État africains à la Trump Tower. Parmi ces derniers, le Président guinéen Alpha Condé. Celui là même que les juges soupçonnent d’avoir été acheté par Havas pour favoriser les affaires de Bolloré dans son pays. Début mars 2018, le secrétaire d’État américain de l’époque Rex Tillerson, entreprenait un voyage d’une semaine visitant le Nigéria, le Tchad, le Kenya et l’Ethiopie.

Si Bolloré chute en Afrique, les remplaçants sont tout trouvés, Américains et Chinois doivent se frotter les mains. Nous reviendrons sur l’impact médiatique de cette arrestation et sur les conséquences possibles pour les médias de Vivendi dont l’action a chuté de 6% en un jour avant de récupérer ses pertes ensuite.